Antonella Della Roca, alias Tang He Pao, orpheline d’un couple d’Italiens établis en Chine, est l’unique détentrice des invincibles secrets — en matière d’art martial — du fameux Moine fou. Elle tente de rejoindre Geladandong, au Tibet afin de se faire soigner de la blessure contractée lors du combat qui l’opposa avec les dangereux brigands de la Confrérie des mendiants (voir tome précédent). Cet album vient clore le premier cycle des Voyages de He Pao et marque les vingt-cinq ans de l’univers du Moine fou, débuté en 1983 dans les pages de Charlie Mensuel [une édition spéciale anniversaire est d’ailleurs annoncée pour le second semestre 2008]. S’il contentera pleinement les amateurs des séries de Vink, ce tome pourra cependant désorienter quelque peu les néophytes.
Dans un tel cas, il est fortement recommandé de relire les dix chapitres du Moine fou et les trois précédents opus de la série Les Voyages de He Pao. Alliant scènes d’action, riches en combats d’arts martiaux, et moments plus poétiques flirtant avec le fantastique (où l’introspection du personnage prend une dimension caractéristique de l’imaginaire de Vink), le récit de ce quatrième tome, délicatement nommé Neige blanche, chemin d’antan, permet à l’auteur de donner toute la palette de ses talents de conteur, de dessinateur et de coloriste… et d’inscrire définitivement ses créations dans une case à part du monde du 9e art. Brieg F. Haslé
Charles Berbérian : À la base, il y a cette histoire de quinze pages écrite par Jean-Claude pour un collectif financé par le métro toulousain [Correspondances, paru chez Albin Michel en 2003]. Comme nous aimions son univers et ses personnages, nous avions eu envie de retravailler avec lui.
Philippe Dupuy : C’était intéressant de laisser libre champ à un autre scénariste en nous limitant à la partie graphique.
JC Denis : En ce qui me concerne, c’est un peu la position symétrique. J’ai toujours eu envie d’écrire avec cette possibilité de voir des mises en images faites par d’autres. Comme j’étais ravi de cette première collaboration, j’ai en effet exprimé ma volonté de continuer cette histoire.
Rencontre artistique logique quand on voit la proximité de vos univers réciproques ? JC Denis : Il est clair que nous avons des terrains de prédilection en commun. Nous partageons, par exemple, ce même intérêt pour le quotidien avec un zeste de dérapage vers l’imaginaire. Si j’ai vite arrêté d’utiliser la notion de rêve dans les histoires de Luc Leroi [Casterman], eux ont continué à le faire…
Charles Berbérian : Ce qui me plaît dans les scénarios de Jean- Claude, ce sont leurs orientations obliques. Alors pour le sujet d’Un peu avant la fortune, qui est en gros « j’ai le ticket gagnant et que vais-je faire de tout cet argent ? », j’ai savouré la direction du récit. Son scénario est basé sur ce climax. Je me suis refusé de le lire jusqu’au bout, histoire de garder du recul sur sa cohérence mais aussi pour le plaisir de la lecture…
Philippe Dupuy : Son écriture est graphique et ses dialogues sont très écrits ce qui est rare dans une BD. Cela donne une couleur…
Charles Berbérian : Nous nous sommes rendu compte, lors des serrages de boulons finaux, que bien souvent nous occultions la négation dans nos dialogues. Par exemple, nous n’écrivons jamais « Je ne suis pas là… », mais « J’suis pas là ! ». Cela hérissait le poil de Jean-Claude. Alors, nous les rajoutions. Il fallait respecter la musique de Jean-Claude.
Philippe Dupuy : C’est un peu plus complexe que cela. Certains de nos personnages, en fonction de leur appartenance sociale, marquent la négation. Cela amène du sens sur ce qu’ils sont et sur leurs niveaux d’éducation.
JC Denis : Dans ce livre-là, tout le monde parle de la même manière. Comme j’avais fait le choix de mettre la négation dès le début, j’ai été très attentif sur leur rendu.
Aviez-vous établi une sorte de cahier des charges entre vous ? Philippe Dupuy : Nous avons une série de plusieurs bordereaux très précis qui doivent être validés par plusieurs commissions de pré-scénario…
(Rires.) Charles Berbérian : Nous avons très peu parlé de cela, ce qui nous a d’ailleurs posé problème lors de la scène de carambolage de voitures. Il nous a fallu dessiner des bagnoles sous toutes les coutures, or nous détestons cela… Pour autant, Jean-Claude ne nous a pas donné de direction de mise en scène comme peuvent le faire certains autres scénaristes de bande dessinée. Nous n’aurions pas aimé cela.
Philippe Dupuy : C’est une évidence. Je crois même que j’aurais refusé si cela avait été le cas. Le plaisir de la mise en scène aurait disparu… C’est important que chacun puisse s’approprier le travail de l’autre
JC Denis : Un peu comme en musique. On propose quelque chose d’ouvert pour que l’autre puisse y trouver sa place et donner son interprétation.
Allons enfants. On est en 1914. La France éternelle, jamais à court d’idées de génie qui vont lui permettre de décrocher la timbale, a inventé le combattant de l’an 2000 : un petit gars survitaminé à la robotique bien huilée. L’homme qui valait son pesant de francs-or en cette veille de premier conflit mondial est le chef-d’oeuvre d’un clone des docteurs Mabuse et Frankenstein réunis, du lourd et du violent. Et d’un colonel drapé dans le drapeau tricolore sur lequel déteint, en larges flaques, son ambition et le sang de ses cobayes humains. Un poilu indestructible est donc le héros de cette nouvelle série. Un brave type qui a inventé une pile à l’énergie illimitée se retrouve sans bras ni jambes après avoir pris un obus mal placé en partant à l’assaut. D’une pierre deux coups.
Il devient le poilu au masque de fer, un Superman avant la lettre, charcuté par un toubib cinglé et protégé par un sergent qui a fait les colonies. Pour cette nouvelle série, Dorison a mis la dose maximum dans le scénario qui mélange allégrement les genres sans exclusive. Fantastique, romance à deux sous, Grand-Guignol dégoulinant d’hémoglobine (ce qui pour l’époque est de mise) et même un brin de nationalisme qui donne une impression d’alibi … On a un sentiment de malaise au final de ces pages dont on attendait autre chose au départ. Le dessin n’y est pour rien. Breccia assure, même s’il en fait parfois un peu trop dans le regard figé ou grimaçant sur la ligne bleue des Vosges. Finalement, peut-être est-ce le sujet, la guerre de 14-18, qui n’est pas évident à manipuler, en particulier en surfant sur une dérive aussi violemment fantastique… Emprunter les chemins de l’Histoire n’est pas sans danger. Jean-Laurent Truc
Comment l’idée est-elle née ? Yves Sente : Nous avions commencé avec Le Thermomètre en 2006 à Angoulême. C’était pour nous un simple support promotionnel qui avait la forme d’un vrai-faux journal que nous offrions au public. Quand Casterman a sorti, quelque temps après, un support de forme similaire pour prépublier et annoncer L’Étrangleur de Tardi et que nous avons découvert qu’ils le vendaient et que cela marchait (Rires.), nous avons commencé par saluer l’intelligence de notre collègue éditeur qui avait amélioré la formule et nous nous sommes donc penchés une seconde fois sur la question du journal vendu « comme un album ». Nous avons alors décidé de lancer l’idée d’un journal d’humour de 24 pages dénommé Le Strip qui ne serait vendu par nos représentants que dans les points de ventes spécialisés. Et nous allions profiter des premières planches du prochain Little Kevin de Coyote qui sortira chez nous [Les premiers tomes sont parus chez Fluide Glacial], pour le lancer. Il sera complété par des dessins de Jannin, Boucq, Maëster, Nix, Mix & Remix, MoCD, sans oublier des planches de Mister President de Clarke et consorts. L’idée est de faire connaître à un maximum de lecteurs nos albums d’humour ado-adulte. Notre volonté est aussi dictée par une contrainte du marché : la difficulté de trouver un public en humour, sans passer par les contraintes de la presse « classique » [NMPP, régie de presse, taux de retour importants…].
Comment cela va-t-il se passer côté distribution ? Ce n’est pas complètement arrêté mais, comme je vous l’ai dit, il est plus que probable qu’il sera livré directement par notre distribution aux librairies. Dans un premier temps, il n’y aura pas de réassort de notre part. Nous sim- plifions au maximum. Le Strip sera vendu comme un livre et non comme une revue. Cela évitera les lourdeurs et les coûts importants d’une distribution en kiosque.
N’est-ce pas aussi une réponse à tous ces auteurs qui ont, pour la plupart, connu Fluide Glacial comme support à leurs travaux ? Ils nous le réclamaient à cor et à cri. Ces auteurs ont un réel besoin, comme l’éditeur d’ailleurs, de se frotter aux lecteurs plus régulièrement qu’en sortant un album par an. La réponse du Strip permet de satisfaire ce besoin sans devoir subir les lourdes contraintes financières d’un support de presse classique.
Pour tout vous avouer, j’ai longtemps repoussé cette rencontre avec Alexandro Jodorowsky. Je ne me sentais pas prêt… Persuadé que j’étais, de ne jamais pouvoir être à la hauteur du Maître pour mériter un tel entretien. Puis, actualité aidant, je me suis enfin lancé dans cette aventure que je devinais déjà forte et inoubliable. Les deux heures qui m’ont été accordées pour discuter de la sortie de Mégalex, la suite d’Alef Thau, et du coffret DVD qui comprend l’intégralité de ses films ont vite laissé place à un goût d’inachevé. Prenant mon courage à deux mains, j’ai donc demandé à Alexandro de compléter ses premiers propos et ai profité de ses bonnes dispositions pour compléter ce trop cours entretien.
Il a joué le jeu à fond en nous livrant, par étapes successives, un entretien passionnant de bout en bout. Je suis très fier du résultat. Même Violaine, ma toute nouvelle secrétaire de rédaction y est allée de son compliment en me disant «qu’elle aimerait bien rencontrer», je cite, «ce grand homme». Alors pour le remercier de cette immense générosité dont nous ne doutions pas, François-Régis Houel, mon collaborateur, a eu l’idée d’appeler son vieux complice Mœbius pour qu’il réalise une illustration originale pour notre couverture. Jodorowsky ayant une gueule comme on dit, nous avons vite opté pour un portrait. L’idée a plu à Mœbius : «Ce sera l’occasion de le revoir» nous a-t-il dit. Vous avez le résultat devant les yeux et j’espère que vous serez aussi enthousiastes que nous en le découvrant ! Comme on dit, un bonheur n’arrive jamais seul…
Frédéric Bosser
Pascal Rabaté a désormais un concurrent de taille en la personne de Benoît Springer. Fini le monopole des petits vieux qui cherchent un peu de réconfort dans une fin d’existence monotone. Envolée l’exclusivité de la sexualité des septuagénaires ! Terminé le règne quasi absolu des chroniques du terroir ! Le dessinateur de Volunteer [Delcourt] s’invite également à la campagne chez un charmant papi accro au tiercé. Dans ce one-shot en noir et blanc, l’auteur charentais multiplie les cases de scènes de la vie courante pour nous montrer combien le temps s’écoule lentement dans ce village, même si la Camarde rôde dès les premières pages. Bien qu’on sache d’emblée que la grande faucheuse est l’une des héroïnes de cette BD, vu le titre Les Funérailles de Luce, on ne sait pas dans quelle mesure elle va bouleverser le destin de chacun des personnages.
On a beau surtout suivre la petite Luce en vacances chez son grand-père, Springer ne néglige aucun de ses protagonistes : tous sont traités avec la même tendresse. Et le premier parti vers l’au-delà, un copain de bistrot du pépé, sorte de Mister Magoo à béret basque souffrant de solitude malgré la sollicitude de ses voisins, n’est pas seulement un prétexte pour que Luce commence à s’interroger sur la mort. C’est parce qu’on s’attache à ce brave type, toujours dans l’attente des visites éclairs de son fiston, que le drame prend corps. C’est à partir du décès de ce chic type que les visions de la gamine deviennent effrayantes. Rien à voir avec les vampires assoiffés de sang deVolunteer, ici le fantastique se glisse discrètement dans la quiétude d’un village qui semble d’une autre époque. Quand la môme aperçoit pour la première fois ce grand échalas nu tenant par la main une fillette recouverte d’un voile noir, elle est au marché avec son grand-père, perdue dans ses rêves. Ces mystérieuses apparitions ne sont pas encore des cauchemars.
La question de la mortalité humaine ne l’a pas encore taraudée. Et le chagrin ne l’a pas encore atteinte. Toutes ces longues plages de détente, de moments passés à regarder les personnages vivre simplement, renforcent la rapidité de la disparition. On se met, à ces instants précis, dans la peau de cette enfant qui ne comprend pas le pourquoi du comment. Rien de larmoyant cependant dans ce récit émouvant mais jamais pathétique. Pas besoin de sortir une boîte de mouchoirs pour suivre avec bienveillance l’éveil à la vie d’une fillette qui entre dans l’âge de raison. Inutile d’acheter des antidépresseurs pour accompagner les derniers moments de bonheur de ces retraités croyant encore à la beauté de l’existence malgré leurs déconvenues. Benoît Springer réussit cet étonnant tour de force de nous faire apprivoiser la mort grâce à des dialogues simples mais pas simplets, de nombreux gros plans sur des visages ridés qui sourient encore et grâce à l’enchaînement de nombreuses vignettes représentant ces petits riens qui nous rendent humains. Jusqu’au grand saut final. Frédérique Pelletier
Deux ans après Métal Hurlant, la machine à rêver [Denoël] par Christian Marmonnier et Gilles Poussin, Serge Clerc signe son grand retour à la BD avec sa propre vision du magazine qui transforma le paysage propret du neuvième art dès 1975. Le créateur de Phil Perfect n’a pas perdu en chemin son second degré légendaire, ni sa ligne claire tendance rock élégant. C’est avec un réel plaisir que l’on se plonge dans les débuts chaotiques de Métal. Les premières planches montrant un Jean-Pierre Dionnet qui entend Dieu devant le pilier sud de Notre- Dame de Paris sont un pur moment de délice. Quand la voix divine intime en plus à François Mauriac qui se trouve dans le coin de fonder un journal de bandes dessinées et au jeune Dionnet d’écrire des romans analysant le conflit entre le bien et le mal, le délire est à son apogée. Surtout que l’auteur de Génitrix est mort en 1970.
Dommage que ce démarrage en fanfare n’augure pas d’une suite aussi cocasse. En 230 pages, Serge Clerc réussit l’exploit de ne jamais dessiner Philippe Druillet et seulement un tout petit peu Moebius alors qu’il dresse un pont d’or à JP et à Phil Man, alias Philippe Manoeuvre. Pourtant tous ont participé à la création du magazine de science fiction. Bien que sous-titré « une histoire vraie », Le Journal apporte la vision personnelle donc partielle du dessinateur espion qui, en revanche, n’hésite pas à se dessiner à longueur de pages. Alors parlons plutôt d’autobiographie, tantôt hilarante tantôt répétitive. Frédérique Pelletier
Parlez-nous un peu de l’I.M.P.S… Nous sommes une petite PME, nous employons environ 25 personnes, dont une quinzaine pour la partie graphique et le reste pour l’administratif. Avec toutes ces figurines et « ces verres à moutarde », mon père a fait rêver des millions d’enfants et je trouve dommage de ramener sans cesse le succès de tout ce qu’il a pu inventer… à des chiffres. Il a été, et nous sommes toujours, très fier de tout ce qui a été « produit ». Un puriste de BD dirait que nous avons vendu notre âme au diable mais qu’importe. Après, dans tous les pays, nous avons des agents indépendants qui défendent nos droits. L’édition est gérée par des maisons d’éditions indépendantes, dont Le Lombard. Cette partie ne représente que 10% de notre chiffre d’affaire.
Même si je comprends votre attitude visant à défendre l’oeuvre artistique, force est de constater que les Schtroumpfs sont devenus, avec le temps, un petit empire… chose rare dans le monde de la bande dessinée… C’est une vraie success-story. Même les Américains admettent que nous sommes dans le top 5 mondial. Même Tintin n’a pas cette reconnaissance internationale. Au départ, les Schtroumpfs n’étaient que des personnages secondaires dans un épisode de Johan et Pirlouit. Les gens ont tout de suite accroché et mon père les a fait revenir régulièrement. Puis le journal Spirou lui a commandé, dans les années 60, des mini-récits qui ont eu beaucoup de succès et c’était parti… L’histoire a vraiment commencé avec une commande de la société Kellogg’s [en 1964] de 5 petites figurines. À la fin de l’opération, le fabricant a voulu continuer à exploiter les moules. Nous en sommes à plus de 600 aujourd’hui… Comme les premières n’ont pas été réédités, je regarde d’un oeil amusé, la « collectionnite » aiguë qui s’est développée depuis.
Aujourd’hui, qui possède les droits ? Mon père a travaillé seul, ou presque, jusqu’aux années 70. Puis le succès grandissant du merchandising autour des Schtroumpfs l’a obligé à créer un studio. Jusqu'alors, c’était la SEPP, chez Dupuis, qui exploitait les droits dérivés. Suite à de nombreux conflits, mon père a peu à peu récupéré les droits. Il a été le premier parmi les auteurs de l’époque à faire cette démarche. Beaucoup d’auteurs sont venus lui demander des conseils.
Le Bois des vierges, un titre ambigu, composé de deux mots forts en symboles…
Le bois, lieu mystérieux par excellence, est un personnage à part entière dans les contes, comme Blanche Neigeou La Belle au bois dormant… La virginité, elle, en appelle à la symbolique du passage de l’adolescence à l’âge adulte. C’est une connotation très forte, montrant l’innocence d’un personnage face au monde adulte qui l’entoure. Les deux mis côte à côte amènent forcément à un monde fantastique avec des références clairement marquées. Nous avons aussi pensé à un titre plus proche de l’esprit du livre comme «Poils et Peaux», mais nous avons trouvé qu’il serait moins poétique ou évocateur dans l’esprit d’un nouveau lecteur.
Qu’est-ce qui vous a plu dans les propositions de Jean Dufaux ?
L’univers fantastique avant tout. J’apprécie beaucoup le côté conte du récit. C’était un projet que Jean a adapté en fonction de mon univers.
Pourtant, l’animalier n’était pas votre marque de fabrique…
C’est un univers que je n’avais jamais exploré et que je n’avais pas forcément envie d’aborder. Mais à la manière dont l’histoire était amenée, tout m’est venu naturellement. En le lisant, tout coulait de source et mon dessin semblait s’emboîter parfaitement à cette histoire. J’ai abordé ces animaux comme des êtres mythologiques. Les loups, les renards et les lynx sont comme des animaux magiques et non des animaux humanisés.
Sa voix est classée patrimoine mondial de l’humanité. Son lieu de naissance demeure encore aujourd’hui source de polémique. Serait-il né à Toulouse en 1890 ou en Uruguay en 1887 ? Les avis divergent, bien que la première théorie l’emporte. Élevé par sa mère, une couturière très protectrice, Carlos Gardel est mort tragiquement dans un accident d’avion à Medellin, lors d’une tournée en Colombie, le 24 juin 1935. Cet homme qui popularisa le tango à travers le monde symbolise l’Argentine mais aussi l’insouciance des années folles, une certaine forme de libéralisation des moeurs. Après tout, cette danse suggestive fut interdite par l’Église catholique. De quoi plaire à José Muñoz et Carlos Sampayo, les deux rebelles argentins de la BD.
Après une biographie très personnelle de Billie Holiday, les deux compères se frottent à cet autre mythe musical. Là encore, ils unissent leurs forces pour redonner vie au « Zorzal Criollo », le rossignol chanteur, qui hanta les ondes radios de leurs enfances.
Carlos Sampayo n’opte pas pour un récit linéaire chronologique mais laisse entendre au lecteur un orchestre à deux voix : un sociologue et un spécialiste du chanteur sont invités sur un plateau télé pour tenter de savoir si Carlos Gardel était « l’Argentin idéal ». Ce débat permet de dévoiler les diverses facettes d’une figure légendaire que José Muñoz représente avec une pureté du trait très raffinée. Le président du festival d’Angoulême 2008 a mis plus de blanc que d’habitude dans son noir, comme pour rendre la grâce de cet homme à la voix d’or. Frédérique Pelletier
À la recherche de la solution de l’énigme posée par la réapparition des cosmonautes Neil Amstrong et Buzz Aldrin plus de soixante-cinq ans après leur voyage sur la Lune, Hélène Freeman et son équipe se dirigent vers Mars. Mars où, d’après un vieux message russe saisi dans les débris de la capsule Apollo XI, mystérieusement retrouvée comme si elle n’était jamais revenue sur Terre, se trouve la clef de l’incroyable mystère. Mais loin de répondre aux questions, ce qu’ils vont découvrir sur la planète rouge ajoute à la confusion. Pendant ce temps sur Terre, Sofia, la fille d’Hélène, s’enfonce dans la dépression et le ressentiment contre cette mère qui, d’après elle, l’a abandonnée… Alors que le premier volume de cette trilogie était plein de promesses, semant à loisir de nombreuses pistes, cette suite est plutôt décevante.
Que le mystère s’épaississe, soit ! Que l’invraisemblable soit la règle, pourquoi pas ? Mais ici les évènements les plus abracadabrants se succèdent sans cohérence avec les réactions des personnages, provoquant le détachement du lecteur. Les membres de l’équipage disparaissent sans que leurs collègues n’y donnent suite ; un cosmonaute passe dix ans (ou soixante-cinq, selon le référent admis) dans son scaphandre sans même que sa barbe ne pousse ; dans une base à l’atmosphère viable, certains gardent casques et scaphandres alors que d’autres vivent à demi nus… Ce ne sont que des détails, certes, mais qui donnent à l’ensemble un air un peu bâclé fort préjudiciable à une série par ailleurs extrêmement originale et inventive dans le concept. Espérons que la suite et fin de cette trilogie ramènera l’ensemble à plus de cohérence. Eric Adam
Nous voici à la fin du premier cycle des voyages d’He Pao… Elle va quitter la Chine et prendre le chemin de l’Europe via la route de la soie. Cela va se faire tout doucement. Il y a un parallélisme entre ma propre situation et la sienne. Je viens de l’Est, je vis en Occident et j’ai tout le temps envie de rentrer. Mais comme mon épouse est belge et que je suis moi-même naturalisé…
Pourquoi être venu en Europe ? C’était en 1969. Mon pays, le Viêt-nam, était en pleine guerre et j’étais le seul garçon en âge d’être enrôlé dans l’armée. Alors mes parents m’ont envoyé, tout seul, à Liège.
C’est un cycle long de vingt-cinq ans qui se clôt… Cette aventure a pris sa source avec le premier tome du Moine fou chez Dargaud [première publication dans le magazine Charlie en 1983]. He Pao est une jeune Italienne que ses parents emmènent au XIIe siècle en Chine, bien avant l’arrivée de Marco Polo. Après leur disparition accidentelles, elle est recueillie par un couple de Chinois. Jamais à cette époque, je ne pensais pouvoir continuer à raconter son histoire tant d’années après. Au début, je ne pensais faire que deux tomes. En définitive il m’en a fallu dix pour finir le premier cycle du Moine fou ! (Rires.)
Comment avez-vous appris que l’album La Terre sans mal [scénario Anne Sibran] était retenu au sein des rééditions commémorant les vingt ans de la collection Aire Libre ?
Tout simplement par le nouveau directeur de la collection, José Louis Bocquet, qui souhaitait, m’a-t-il dit, retenir certains albums qu’il considérait comme «emblématiques» de la collection qui, avec le temps, avaient été un peu oubliés.
Avec le recul, quel regard portez- vous sur cet album paru en 1999 ?
La terre sans malest sans doute mon livre le moins cérébral, le plus illustratif, le plus jubilatoire graphiquement. Il marque un changement de cap dans ma démarche. J’ai eu besoin de passer à autre chose. J’ai eu conscience que la voie prise avec Névé exigeait toujours plus d’abnégation, de savoir, de maîtrise du dessin réaliste mais que je n’en avais pas les capacités. Je voulais me mesurer aux maîtres du noir et blanc, mais sans avoir les moyens de développer quelque chose de vraiment percutant. J’ai fait le choix de partir vers autre chose et la couleur directe s’estimposée. Je prenais beaucoup de plaisir à faire des aquarelles en voyage et j’ai essayé de réinvestir ce plaisir dans la bande dessinée. J’ai cherché à trouver une réponse graphique sans tomber dans l’illustratif.
Quelles furent les conditions de la création de La terre sans mal en compagnie de votre scénariste ?
Ce fut une collaboration passionnelle. Nous avons beaucoup rêvé ce livre avant même de le commencer. Trop peut-être… Grâce à Michel Plessix, j’ai d’abord connu le scénario avant de rencontrer Anne. J’en ai conçu immédiatement un immense enthousiasme. J’ai senti une telle puissance ! Comme si l’auteur avait mis toute sa vie là-dedans, comme si c’était un livre unique. Une foule d’images sont nées tout de suite… Ce livre était d’abord prévu chez Casterman, mais cette maison d’édition était alors en pleine déliquescence… Du coup, de guerre lasse, nous l’avons proposé à Dupuis. Bien nous en a pris ! Ce fut le rêve !...
Grièvement blessé, le Big Boss est plongé dans un profond coma, mais son esprit demeure en éveil grâce aux pouvoirs hérités d’une vieille prêtresse brésilienne qui lui permettent de vivre dans d’autres corps. Après avoir volé des lance-roquettes, Tony Furiani, petit chef teigneux et violent d’une bande de jeunes malfrats, s’empare du Bannis Bar, boîte plutôt glauque, tenue par les Serbes, mais appartenant à Fernando Da Silva, le Big Boss. Bien décidé à prendre la place du chef qu’il pense à l’agonie, Tony entraîne ses hommes au Carpenter Hospital afin de se débarrasser définitivement de l’homme qui règne sur la pègre. Arrêtée par Lily Lafayette, la jeune Brésilienne qui a tiré sur Da Silva pour venger les siens se confie à la jeune policière.
Ces évènements dramatiques font grimper la pression chez les policiers du District 77 et plus particulièrement chez La Fayette, Ash, Bachanan et Murray, les héros principaux de ce polar haletant et original. L’intrigue mouvementée et millimétrée de Jean-Philippe Dugand est découpée avec efficacité, laissant la part belle à l’action. Ce thriller est illustré avec dynamisme par Denys, un jeune auteur qui a eu le courage de choisir la bande dessinée classique, qui exige sueur et nuits blanches. Après seulement quelques albums, il a réussi la performance de pouvoir rivaliser avec les meilleurs auteurs du genre. Une série de pure détente, au réalisme et à la violence impressionnants, comme on en voit peu au catalogue plutôt sage des éditions du Lombard. Henri Filippini
Depuis la parution en 2002 chez Dupuis de Vitesse Moderne, son album sans doute le plus abouti, Blutch semble évoluer vers un style de plus en plus minimaliste, en particulier depuis qu’il publie chez Futuropolis. Après C’était le bonheur en 2005, chronique du quotidien plus griffonnée que dessinée, et La Volupté en 2006, bande dessinée sans cases aux dessins oniriques et aux textes plus que sibyllins, voici La Beauté. L’auteur va jusqu’au bout d’une démarche de plus en plus personnelle qui s’inscrit dans une volonté de déconstruire la bande dessinée mais aussi d’explorer et de mettre en scène les images inconscientes. Cet album, qui ne comporte qu’un seul dessin par page, apparaît comme un pur exercice de graphisme automatique.
Reprenant les mêmes codes que La Volupté — crayonnages volontairement brouillons et couleurs froides — Blutch représente des femmes, nues ou habillées, seules ou avec des enfants, et des couples faisant l’amour ou posant avec des animaux. Pas de textes. Pas de narration non plus. À moins qu’elle existe mais elle reste alors très difficilement accessible. Blutch se fait sans doute plaisir en publiant ce genre d’ouvrage mais le lecteur, lui, se sent frustré et exclu face à tant d’hermétisme. À ce titre, La Beauté, qui tient plus du recueil graphique que de la bande dessinée, est un livre impossible à juger. À réserver aux fans inconditionnels et autres collectionneurs. Virginie François
Alexis, un rapide pitch de Borderline… Alexis Robin : C’est l’histoire d’un romancier en panne d’inspiration qui écrit toute une nuit à la suite d’une soirée arrosée et enfumée. Comme la relecture au petit matin lui plaît, il remet le couvert chacune des nuits suivantes. Quand le bouquin sort, les ennuis commencent…
Comment cela ? Alexis Robin : Il apprend que ce qu’il a pu écrire est réellement arrivé.
Borderline, une BD à haute teneur autobiographique ? Alexis Robin : Forcément un peu ! À la base, je cherchais à raconter l’histoire d’un type à qui il arrivait des choses un peu spéciales. Cet homme ne se souvenait pas au réveil de ce qu’il avait fait la nuit.
De Je veux le prince charmant à Hélène Bruller est une vraie salope, le contraste est plutôt violent. Simple provocation de votre part ?
Quand je choisis mes titres, je fais en sorte de mettre en évidence les faiblesses ou le côté sombre des gens et en particulier des filles. Dans les deux volumes de Je veux le prince charmant, j’explorais le côté un peu «cucul» de toutes les nanas normales qui, à un moment donné, croient au prince charmant. Une illusion qui ne fonctionne que parce l’homme idéal n’existe pas. Pour ce nouvel album, il s’agissait de souligner qu’on a tous été, dans sa vie, le connard ou la salope de quelqu’un.
Dans Je veux le prince charmant, vous n’hésitiez pas à mettre en scène votre relation amoureuse avec Zep, or ce nouvel album commence par le récit d’une rupture, nous nous sommes inquiétés pour vous!
En fait, ce que je décris dans Hélène Bruller est une vraie salopese passe juste avant ma rencontre avec Zep et donc, d’un point de vue chronologique, avant Je veux le prince charmant.
Cela ne vous amusait plus de raconter le quotidien de votre couple ?
Le bonheur ne m’inspire pas. Ce que j’aime ce sont les étapes, les moments-clefs, tout ce qui marque une rupture de sentiments dans l’existence ou une fracture dans la personnalité. C’est pour cette raison que j’ai choisi de raconter cette ancienne histoire d’amour qui, à l’époque, fut assez douloureuse. Après cette relation, c’est comme si j’étais morte puis, petit à petit, je me suis reconstruite.
Blain reprend la saga aux histoires à géométrie variable de son trio d’enfer, Gus, Clem et Gratt, trois copains unis pour le meilleur et l’amitié. Le pire, ils s’en accommodent bien souvent devant une bonne bouteille de bourbon, tout en réglant les problèmes quotidiens à coups de revolver ou de Winchester. Mais que deviennent les « outlaws » quand ils veulent raccrocher et, qu’en plus, ils sont amoureux d’une femme écrivain qui signe des romans de pacotille sur de pseudo-héros du Far West ? Après Sergio Leone à qui le clin d’oeil est évident, comme à John Wayne ou Angie Dickinson dans « Rio Bravo », Blain se paye quelques tours de bicyclettes avec Paul Newman comme dans le film « Butch Cassidy et le Kid ».
Mais, quelles que soient les références cinématographiques de Blain, nous sentons dans cet album, plus encore que dans le premier, son amour, sa passion pour le western des années 50. Dans ces grands espaces, les folles chevauchées dans le désert, les regards noirs de Clem, les couchers de soleil rougeoyants, comme dans ces colts qui tonnent… Gus réussit le tour de force de nous ramener dans un monde mythique dont on nous avait pourtant dit qu’il n’avait jamais existé. Comme le Père Noël ! Blain, lui, il a dessiné la vérité et son « Beau Bandit », qui finit par se prendre à la fois pour Jesse James et Arsène Lupin, il n’a pas fini de bercer nos rêves d’aventures sous le soleil de Tombstone ! Jean-Laurent Truc
Quelle était votre première envie en écrivant Le Grand Autre ?
Je ne fonctionne pas réellement par envie particulière. Je commence par une improvisation, et je vois si une histoire peut prendre forme. Le Grand Autreest un intitulé tiré de la terminologie lacanienne, une partie de la psychanalyse qui m’intéresse mais que je n’ai pas particulièrement eu envie de développer d’une manière consciente. Cependant, dans ce livre, nombreux sont les éléments communs avec Lacan comme «l’objet petit a», «la passe». Réutilisés comme titres de chapitres, ce sont plus des points d’accroche sur le chemin de l’histoire que des clés de compréhension pour le lecteur.
Parlons justement de ces thèmes…
Ceux développés au fur et à mesure de l’écriture ne viennent pas forcément d’une envie consciente. Il y a bien sûr, comme dans Lucille, le passage de l’adolescence mais ce qui m’intéresse dans cet album est plus général, c’est le passage d’un état à un autre. D’ailleurs, je vais réaliser un deuxième tome de Lucille l’accompagnant vers l’âge adulte. J’avais aussi envie de montrer comment on sort de cet état-là. Ce qui m’intéresse dans l’adolescence, c’est ce moment où les changements se font à la fois d’un point de vue intellectuel, spirituel, moral mais aussi physique. Il y a une adéquation entre ce qui se passe dans ta tête et ce qui se passe dans ton corps. Pour un dessinateur, l’idée de transformation physique est un raccourci visuel très pratique. Je le prends comme une métaphore de la remise en cause du travail artistique qui oblige sans arrêt à modifier, à faire des choix qui t’amènent à changer pour avancer dans le travail. Dans l’adolescence, ce qui m’importe c’est tout ce qui est visible au niveau du corps, et je pense que dans Le Grand Autre, comme dans Lucilleet plus encore que dans mes autres livres, il y a ce rapport au corps. Les grands thèmes, les voilà : l’adolescence et le corps.
Quelle a été votre relation avec votre père, artiste-peintre ? Vous a-t’il enseigné les bases, ou vous êtes-vous contenté de l’observer ?
Il y a eu un peu des deux : je l’ai beaucoup regardé faire, il m’a appris des choses. Je pense qu’ensuite, dans la transmission de père à fils il y a quelque chose d’un peu complexe. Il était tout à la fois heureux que je suive ses pas, et inquiet de me voir pénétrer dans un milieu difficile. Il y avait une espèce de compétition qui l’empêchait de m’inciter à faire de la peinture, parfois très violemment. Je pense aussi que je me suis mis à faire de l’illustration parce que la place de peintre était prise dans la famille, et qu’il m’encourageait plus quand je m’éloignais de son domaine. L’illustration était une espèce de moyen terme entre mon envie de peinture et celle de raconter des histoires, qui a été présente très tôt chez moi.
Le Languedoc est à feu et à sang ! En cette époque troublée les Cathares ont bien des soucis. Pour avoir prôné une religion basée sur la bonté et la volonté de ne plus reconnaître l’autorité du pape, ils finissent généralement sur le bûcher… Ce destin est promis au gentil Guilhem Roché, le jeune héros de cette série. Elève du rebouteux du coin, c’est à la Jésus qu’il soigne. Une petite imposition des mains et c’est la guérison assurée. Et le bon peuple fait la queue devant sa masure… Mais victime d’un trou de mémoire, Guilhem ignore tout de son passé. Et quant il rencontre celui qui se dit être son frère, il le suit sans hésitation, convaincu de sauver celle qu’il aurait aimée dans son « autre » vie. Mais ce n’est qu’un leurre et le pauvre Guilhem va se retrouver dans une sorte de société secrète d’extrémistes qui bouffe du Cathare au petit déjeuner. Ce n’est qu’au dernier moment qu’il va retrouver une grande partie de ses souvenirs et se rappeler comment on tient une épée. Aidé par un mystérieux archer masqué, Guilhem et sa copine ressuscitée s’échappent vers le tome 2. Le mélange est curieux. Si le dessin de Calore est d’un réalisme convaincant, enlevé et précis, le scénario a parfois du mal à faire croire à ce héros amnésique et rédempteur. Il manque de consistance à l’histoire pour qu’on y adhère vraiment. Saupoudrer un scénario à contexte historique de fantastique n’est la pas toujours la clé d’une bonne recette.
Jean-Laurent Truc
Voici les états d’âme d’un trentenaire bien sous tous rapports qui tombe raide dingue d’un cas social. C’est du moins ce que ressent Christophe, très sage cadre dynamique, quand il flashe sur Fleur, jolie mais très « space » jeune femme dont la principale activité dans la boîte est de faire des photocopies. Fleur est une philosophe avec un grand coeur dans lequel il y a de la place pour Christophe, à condition qu’il veuille bien se décoincer de temps à autre, ce à quoi elle va s’employer. Leur histoire est celle d’un grand amour qui dérapera alors qu’il aurait pu être presque parfait. Fleur aime les autres avec sincérité, la vie en général et éventuellement un Christophe qui aimerait bien, lui, malgré la passion, vivre dans les normes. Famille, travail et réussite, brave petite épouse qui serait aussi, par moment, sa maîtresse…
Christophe va se tromper sur toute la ligne. C’est cette authenticité, cette franchise, dans l’histoire signée Bauthian qui amène toute sa force aux relations de ce couple qui va exploser en vol mais en douceur, en constat d’échec. On suit avec tendresse et peut-être nostalgie les hauts et les bas de ces Effleurés, titre de cet album auquel Limousi apporte un trait bien à lui, clair et expressif, teinté d’influences dont le manga n’est pas absent. Le tout est parfaitement maîtrisé par ces deux jeunes auteurs qui ont su construire leur récit à petites touches formant au final un beau roman pour une belle histoire dont seule la chute aurait pu être un brin développée. Mais Fleur est si craquante. Jean-Laurent Truc
Le mythique atelier de Julien de Vaucanson est retrouvé lors de fouilles archéologiques. Parmi les trésors découverts se trouve l’objet de toutes les convoitises, l’inestimable grimoire détaillant la fabrication des automates qui firent la grandeur du duché. Pris de vitesse, Cormor, automate se faisant passer pour un oiseau, se fait barboter le précieux volume par l’abominable Guillaume de la Cour, arnaqueur réputé. La course-poursuite s’engage pour récupérer l’ouvrage avant que l’homme d’affaires sans scrupule ne vende le secret au plus offrant. Grande première, l’univers de Donjon s’ouvre à un des auteurs phares de Soleil !
La galerie des Monsters (réservée à des invités exceptionnels pour un album pouvant se dérouler à n’importe quelle période de la série) s’était jusqu’à présent plutôt tournée vers des dessinateurs à la sensibilité proche du duo Sfar & Trondheim, mais l’arrivée de l’auteur de Luuna démolit les idées reçues. Le choix s’avère excellent, le trait à la fois efficace et humoristique de Kéramidas fait en effet merveille en donnant un style Disney à cet album au rythme très soutenu. Le Grimoire de l’inventeur est annoncé comme la clôture de la trilogie de l’automate, mais prolonge par la même occasion l’histoire de Zénith dont le dernier album, Retour en fanfare, est sorti en novembre dernier. Vouloir expliquer clairement à des néophytes les liens croisés entre les différentes parties devient une véritable sinécure, alors plutôt que de s’embrouiller, conseillons directement la lecture de l’ensemble de Donjon. Christophe Steffan
La bande dessinée sera très présente cette année au Salon du livre de Paris qui se tiendra à la Porte de Versailles du 14 au 19 mars, avec les traditionnelles rencontres avec les auteurs du 9e art sur le stand Escale BD, les séances de dédicaces sur les stands des éditeurs et, pour cette année encore, l’organisation du « speed booking » (rencontres quotidiennes entre de jeunes auteurs et des professionnels de 10h à 12h). Pour la première fois, un espace sera consacré à la bande dessinée venue d’Asie. Sans oublier une très belle exposition autour de l’oeuvre de Philippe Geluck. FB
> www.salondulivreparis.com
Difficile de ne pas raccorder la période allant de 1996 à 2006 qu’ont connue les éditions du Lombard avec la présence active d’Yves Sente… Avant de devenir le scénariste à succès que l’on sait [il est quasi-présent tous les mois dans nos pages depuis trois numéros], il a relevé avec force et intelligence pendant toutes ces années une maison d’édition historique en perdition. Certes ce troisième tome de Le Lombard-Une aventure sans fin par Patrick Gaumer parle de bien d’autres choses en revenant mois après mois sur cette histoire, mais l’ombre de cet homme ne cesse de planer. Ce livre permet de revenir sur ces belles années et de recevoir une leçon de gestion d’entreprise vouée à « l’entertainment ». FB
> Le Lombard-Une aventure sans fin, tome 3, de 1996 à 2006 par Patrick Gaumer, Le Lombard, 296 pages, 38 €, dispo.
Lancé par Mandryka, Gotlib et Bretécher en 1972, relancé par Albin Michel en 1982, disparu des kiosques depuis décembre 2006, l’Écho des Savanes reviendra à la fin du mois de mars sous les couleurs des éditions Glénat-Vent des Savanes. La rédaction en chef sera assurée par Tronchet (excusez du peu) qui souhaite redonner tout son éclat au mensuel drôle et coquin sans pour autant en bouleverser la formule. Bien que la BD soit plus présente que dans la précédente formule, la partie rédactionnelle demeurera importante. Une bonne nouvelle pour la presse BD… HF
Inscrire le nom de la personne à châtier et avoir en tête son visage suffisent pour tuer cette personne d’une crise cardiaque. Tel est le pouvoir de l’homme qui possède le Cahier de la Mort (littéralement Death Note). Et quand ce cahier tombe entre les mains du taciturne lycéen Light, il fait des dégâts… Suite au succès du manga (400 000 exemplaires vendus), deux films ont été réalisés. Le premier est sorti en DVD le 4 janvier chez Kaze et le second (Death Note, the last name) en salle le 9 janvier. Fort d’un budget de 20 millions de dollars (et de 700 000 spectateurs au Japon en deux semaines) nul doute que ce film devrait conquérir une clientèle française de plus en plus friande de ce genre de création. FB
> Death Note, Kaze, DVD, dispo.
C’est après avoir effectué deux voyages à Belgrade et à Sarajevo qu’Enki Bilal a signé un passionnant BD-reportage dans le numéro du 29 décembre dernier de Libération. Le dessinateur, qui a vécu jusqu’à l’âge de 10 ans en ex-Yougoslavie, propose les portraits de cinq habitants de son pays de naissance, tandis que l’indépendance du Kosovo est d’actualité. Résultat : cinq pages sublimes et qui font réfléchir que se doivent de posséder tous ceux qui apprécient le travail de Bilal. HF
L’exposition de l’un de nos photographes officiels du [dBD], Jean-Luc Vallet, à la bibliothèque Jules-Verne de Pantin, présente trente portraits photo en noir et blanc de dessinateurs de BD. FB
> Portraits pour Traits. Du 8 janvier au 9 février 2008. Bibliothèque Jules-Verne, 73 avenue Edouard Vaillant, Pantin (93).
Métro : Aubervilliers-Pantin-Quatre- Chemins. Renseignements : 01.49.15.45.20.
En marge de son festival de BD, l’association BD Boum, à Blois, s’est régulièrement associée aux Transports urbains du Blésois (TUB) pour demander à des auteurs de bande dessinée de plancher chaque année autour du transport public. Pour résultat, dix-huit récits signés de Philippe Bertrand, Frédéric Bézian, François Boucq, Dupuy & Berbérian, Olivier Supiot, Jean- Philippe Peyraud… Les éditions La Boîte à Bulles viennent d’avoir la bonne idée de les réunir dans un seul et même ouvrage. Cela donne un charmant transport sentimental ! FB
> Transports sentimentaux, collectif, La Boîte à Bulles-Champ libre, 13,90 €, dispo
Pour marquer les 10 ans de la série Sillage, les éditions Delcourt ont décidé de frapper un deuxième grand coup, après la sortie d’un album «collector» du dernier tome enrichi d’un DVD, en proposant au public un autre livre-objet, 1000 Nävis. Ce sont très exactement mille portraits (d’où le titre) inconnus, célèbres ou inédits qui sont proposés au sein de ce pavé de 416 pages. Du plaisir à l’état pur ! Ouf, ils n’ont pas oublié la couverture du DBD consacré à Philippe Buchet ! FB
> 1000 Nävis par Philippe Buchet, Delcourt, 416 pages, 35 €, dispo
À l’occasion d’une exposition au Musée de La Poste à Paris (jusqu’au 15 mars) sur les relations entre l’institution postale et les trois dernières guerres en France (1870, 1914-1918 et 1939-1945), Jacques Tardi a réalisé vingt illustrations inédites en noir et blanc sur ce thème. Ces dessins sont repris dans le catalogue de l’exposition, édité pour l’occasion par Casterman. FB
> Guerre et Poste, l’extraordinaire quotidien des Français en temps de guerre, Casterman, 104 pages, 16,95 €, dispo.
Le salon d’Angoulême est présidé cette année par son Grand Prix, l’Argentin José Muñoz, dont le nom n’évoque peut-être pas grand-chose aux nouvelles générations. Découvert en France dans les pages de Charlie Mensuel et d’(A Suivre), ce maître du noir et blanc n’est connu aujourd’hui que par un lectorat intellectuel et exigeant. Les éditions Casterman proposent à point nommé trois ouvrages qui permettront de mieux l’apprécier. Conversation avec Muñoz et Sampayo (son scénariste le plus fidèle) conduite par Goffredo Foffi est une monographie richement illustrée qui retrace le parcours de ces deux auteurs exilés en Europe, avec des illustrations nombreuses et souvent inédites. Seconde bonne idée avec la publication de l’intégrale des histoires d’Alack Sinner (plus de 600 pages), signées elles aussi Muñoz et Sampayo, réunies dans deux ouvrages monumentaux qui témoignent de l’exigence graphique et narrative de ces deux grands créateurs. HF
Nicolas Kéramidas nous l’avait annoncé lors d’un passage à Paris dans nos locaux. Un art-book sur son travail était en préparation chez son éditeur. C’est chose fait : il regroupe croquis, esquisses, projets de couvertures, illustrations diverses et variées, produits dérivés… à la gloire de Luuna. À signaler deux planches inédites de Crisse, le scénariste de cette histoire. FB
> Luuna Art Book par Kéramidas, 120 pages couleurs, Soleil, 24,25 €, dispo fin janvier
Véritable homme-orchestre, Greg a été rédacteur en chef de Tintin, scénariste, dessinateur, tout en répondant au courrier des lecteurs et en dirigeant son studio où travaillaient quelques débutants dont Dany, Hermann, Turk, Dupa… excusez du peu ! Les éditions du Lombard publient deux intégrales qui permettent de retrouver deux facettes du talent de ce génial touche-à-tout. Tout d’abord Rock Derby, scénario et dessin de Greg, où l’on suit les premiers exploits de son héros le plus attachant. Un volume à ne pas manquer, bien que le prix de 24 € pour seulement 104 pages soit un peu cher. On applaudit aussi le début de la reprise des aventures de Luc Orient, écrites par Greg et dessinées par le vétéran Eddy Paape, une série de SF classique mais jamais ennuyeuse qui se lit toujours avec un réel plaisir. Ici, le prix de 17 € pour 200 pages (réunissant les quatre premiers épisodes) est plus qu’honnête. HF
Du lever au coucher du soleil, le joueur peut vivre les aventures de son personnage favori en temps réel. Se synchronisant avec l’horloge interne de la DS, ce jeu propose des mini-jeux différents en fonction de l’heure et du jour où la partie est lancée. De plus, Titeuf et Nadia ont chacun leur propre cartouche : bleue pour les garçons, rose pour les filles. Regroupez les deux cartouches en reliant deux DS et vous obtiendrez des bonus, échangerez plein d’objets ou encore débloquerez des jeux originaux. Une prouesse technique que devraient apprécier les « djeun’s » et les moins « djeun’s ». FB
> Les jeux vidéo Le Monde de Titeuf et Le Monde de Nadia sont disponibles uniquement sur Nintendo DS. Déjà en vente. PVP conseillé : 40 €