Le croqueur d'images
Qui ne connaît pas Hervé Di Rosa, le peintre prolifique de la figuration libre ! Le lien entre son travail et le 9e art est évident et il était intéressant d'approfondir cette filiation... Avec Hervé, le tutoiement est tout de suite de rigueur tout comme le côté ultra débridé de cette interview... Un entretien avec Frédéric Bosser
>>> LIRE L'INTERVIEW... <<< … T'as vu, je viens tout juste d'acheter la troisième intégrale de Tif et Tondu qui vient de paraître. Quelle beauté ! Avec Macherot et Tillieux, Will est un maître pour moi, beaucoup plus que Franquin ou Hergé. Ces derniers sont plus des artisans au niveau du dessin. Il suffit de voir la lourdeur des crayonnés de Franquin… On sent la sueur ! Chez Macherot, Tillieux ou Will, même s'ils ont moins de faciliter à dessiner, leurs petits défauts donnent une richesse inespérée à leurs travaux. C'est ce côté qui me touche en bande dessinée. Regarde-tu du côté des auteurs dits " réalistes " ? Je n'ai jamais été fan de ce genre mis à part quelques Américains comme Alex Ross, Frank Quitely, Bryan Hitch… Là, je suis épaté ! Je vois un vrai décalage avec certains auteurs européens comme Fred Beltran ou Beb Deum. Et je suis attristé quand je regarde les BD réalistes genre " Glénat ". Dans leurs dessins, il y a beaucoup d'effets et très peu de structure ! C'est très maniéré… Je sais pourtant que certains auteurs dans cette lignée, comme Leo, t'intéressent ? Leo, je ne l'ai découvert que l'an dernier. (Rires.) Et j'ai acheté l'ensemble de ses albums… Au début, j'avoue avoir été un peu déconcerté par son dessin, j'y ai trouvé de nombreux défauts tant au niveau graphique que scénaristique et pourtant… il y a quelque chose ! Ce n'est pas le nombre de BD de science-fiction ou d'héroic-fantasy qui manque en ce moment… mais celles-là, j'avoue que j'ai adorées ! Que penses-tu de " cette mode " des autobiographies, autre genre qui inonde les étals des librairies ? Je trouve que là aussi ce genre se " manièrise "... J'aime beaucoup le travail de Blain sur Gus [Dargaud], mais je trouve que lui aussi tend vers ce défaut. Peut-être qu'il y en a trop et que je n'arrive plus à prendre du recul ! Un qui vient de marquer son temps, c'est le Persepolis de Satrapi… Elle, elle a eu la chance de trouver un écho socioculturel. Son livre a aussi très bien marché aux États-Unis. D'ailleurs ma femme, en tant qu'attachée culturelle, a fait venir Marjane Satrapi à Miami pour une tournée de conférences. Elle est très habitée par son truc… et parfois, j'ai un peu décroché… (Rires.) Maintenant, il va être intéressant de voir ce qu'elle va faire. Un auteur de bande dessinée, c'est comme un artiste, il est jugé sur la durée ! À titre personnel, c'est toujours une carrière de manière générale qui m'intéresse. Des auteurs comme Will Eisner, Jack Kirby, Will, Tillieux, Jacques Martin… ont toute mon admiration pour ces raisons… Certes leur oeuvre s'est construite de manière artisanale car ils ne se voyaient pas comme des artistes, mais davantage comme des artisans, mais elle est conséquente ! Tous ont un truc qui les décale des autres… Regarde, je viens de trouver un fascicule de Pepito qui me manquait… Putain, 15 euros qu'ils me l'ont vendu ! D'ailleurs, j'ai une histoire complète de 16 pages de Pepito. Je crois que c'est les seuls originaux de BD que j'ai ! Puisque tu abordes l'âge de pierre de la BD, revenons sur tes premiers émois dans ce domaine… C'était avant tout les journaux de Spirou et Pif. Tintin est venu bien après. Je trouvais que les BD qui s'y trouvaient étaient trop bourgeoises ! J'aimais bien mais je m'y identifiais beaucoup moins. Le seul, peut-être, que j'aimais moins dans Spirou c'était Lucky Luke. Mais je ne suis pas trop western. J'ai toujours aimé le fantastique, genre que je retrouvais avec plaisir dans les histoires de Tif et Tondu, La matière verte, le Réveil de Thoar… Autrement, si j'adorais Buck Danny à cause des avions, j'étais moins fan de La Patrouille des Castors de Mitacq par exemple… Et dans Pif ? J'ai adoré Cézard [Arthur le fantôme], ou la série Dani Futuro… Et j'ai découvert Hugo Pratt. Je ne comprenais pas toujours comment un mec qui dessinait aussi mal pouvait réaliser des histoires aussi fascinantes. C'est par lui que j'ai commencé à regarder Matisse… J'étais tellement surpris par son travail que je le découpais et le collectionnais. J'avais fait la même chose plus jeune avec Kamb, auteur qui a connu son heure de gloire avec 10 centimes, mais surtout Zor et Mlouf [parue dans Vaillant, dessins de Jacques Kamb], une saga qu'il faudrait absolument rééditer aujourd'hui. En les relisant, je me suis aperçu que ces personnages ont influencé mon travail. En parlant de Pratt, je m'étonne que tu aies aimé car nombreux sont les lecteurs de l'époque qui le détestaient, au profit des Rahan et consorts, et qui ne se sont aperçus que bien plus tard du génie de cet homme… Ils disaient la même chose de Mandryka, M le Magicien, Mattioli, ou Nestor le bagnard… Bizarrement, je commence seulement à regarder des auteurs réalistes comme Marcello, l'auteur de Docteur Justice. D'ailleurs tu as travaillé pour Pif… J'ai connu l'équipe rédactionnelle via une affiche pour la Fête de l'Humanité. Puis ils m'ont demandé de travailler pour eux et j'ai dessiné dix strips des Renés. L'expérience a tourné court car j'ai vite compris l'effort qu'il fallait fournir pour réaliser des bandes dessinées. (Rires.) Je ramais dur… En revanche, je me souviens avoir fait un poster et la couverture du numéro anniversaire fêtant les 200 ans de la Révolution en 1989. Je crois qu'elle a été plutôt bien accueillie… Puis Pif s'est arrêté ! J'imagine que Pilote, Métal Hurlant et Charlie sont ensuite arrivés dans ton parcours… Mandryka, Gotlib, etc., que je trouvais à l'étroit dans Pif, sont passés dans Pilote, où je trouvais aussi Fred, Forest, Alexis, Mézières… Puis il y a eu Métal Hurlant, L'Echo des Savanes et Charlie Mensuel. C'est dans ce dernier support que j'ai découvert la BD américaine avec Dick Tracy du génie Chester Gould ou espagnole avec Taxista de Josep Marti [Artefact], un chef-d'oeuvre absolu. Du Dubuffet en puissance ! À propos de BD espagnole, j'adorais Mortadel et Filemon [Adapté de Mortadelo y Filemon de Ibanez] et Captain Trueno [Capitaine Tonnerre en France, de Victor Mora et Miguel Ambrosio Zaragoza dit Ambros], une sorte de faux Prince Vaillant mal dessiné mais baroque avec des robots… Je viens de racheter les intégrales ! Ils appelaient cela, les maga, amusant comme analogie. D’autres lectures ? Les Naufragés du temps dessiné par Gillon sur un scénario de Forest. Ils paraissaient au dos de France Soir pendant les vacances et je me régalais chaque jour. Tous les films de science-fiction sont inspirés de cette série, sans oublier le Valérian de Mézières et Christin. Les hommes à têtes d’animaux, les univers bizarroïdes, etc., tout vient de là. Ils ont tout piqué ! De Paul Gillon, je pourrais aussi citer, Fils de Chine. Une merveille ! Ce qui est amusant, c’est la série de tableaux que tu es en train de faire autour des super-héros… En BD américaine, je suis avant tout fan de ce genre. En même temps que Spirou et Pif, il y avait toujours Strange et Marvel. En matière de BD réaliste, ce sont les plus forts. Il y a dans Jack Kirby ou Steve Ditko puis John Buscema et Le Surfer d’argent, une énergie qu’il n’y a pas ailleurs… Cela rejoint mon travail de peintre. Je travaille toujours plusieurs toiles de front [geste à l’appui il me montre la dizaine de toiles en cours de réalisation qui l’entourent]. Cette énergie, on la retrouve beaucoup aujourd’hui dans les mangas… En 1983, quand je me rends au Japon, je découvre les Tezuka [Hergé japonais], Otomo [Akira], Maruo, Buichi Terasawa [Cobra, Taifu Comics] puis plus tard Kishiro Yukito, l’auteur de Gunnm [Glénat]. J’aime bien aussi le Gon [Casterman] de Tanaka : Quelle belle idée ! Je viens de découvrir Berserk de Miura Kentaro, une BD hyper violente et Kitaro le repoussant chez Cornélius. J’aime ces auteurs qui produisent beaucoup. C’est souvent de là que jaillit le génie ! Le dessin devient une écriture comme avec Hugo Pratt ou Tardi. La violence, est-ce justement une chose difficile à retranscrire en peinture, art que l’on accroche avant tout sur un mur ? En 1977, quand émerge Bazooka, j’ai seize ans — je suis toujours à Sète— et je me dis que ce mouvement symbolise ce que j’ai envie de faire, bien plus que la bande dessinée. Ce mouvement était vraiment le premier à parler de la société qui nous entourait via le rock, la came, les relations sexuelles, les problèmes relationnels entre les êtres, l’homosexualité, etc. J’étais en phase avec eux ! Et puis, contrairement à des Giraud, Jijé ou Hubinon, véritables génies du dessin, j’ai vite compris que je n’étais pas un surdoué du dessin ! Et je ne me voyais pas faire du Tif et Tondu… (Rires.) C’est donc en regardant Bazooka mais aussi Alex Barbier ou Willem dans Charlie Mensuel que je découvre des expériences graphiques nouvelles. Malgré tout, tu fais une tentative en Bande Dessinée… À l’époque, les mouvements abstraits et supportsurface étaient omniprésents dans les galeries et les musées et je ne m’y retrouvais pas. La BD offrait alors un espace où toutes les expériences graphiques étaient possibles. Se côtoyaient Corben, Forest, Will, Druillet, Hubinon… C’est moins le cas maintenant et je pense que cela s’est déplacé vers l’animation et les jeux vidéos. Alors, je me suis pointé dans toutes les rédactions : Métal Hurlant, Charlie, (À Suivre), etc. d’où je me suis fait jeter comme un chien ! (Rires.) Il n’y a que l’ami Georges Wolinski qui m’a pris deux fois quatre pages pour Charlie. Puis, il m’a gentiment dit « Va plutôt voir des galeries car tu n’as pas d’avenir ici ! » C’est aussi à ce moment que je commence avec Robert Combas à réaliser des illustrations pour Marie-Claire et le supplément de Libération, Sandwich. D’ailleurs les originaux réalisés pour ce dernier support, dont de très rares dessins faits à deux mains avec Robert, ont disparu… Un jour, ils vont ressortir ! (Rires.) Mis à part cette mésaventure, j’avoue que j’étais fasciné — et je le reste— par l’imprimé. Je préférais faire des livres que des expositions. D’ailleurs, j’ai été l’un des premiers de la bande à faire un livre [Hervé Di Rosa / Éditions Le Dernier Terrain Vague]. Et je continue de réaliser beaucoup de gravures ou sérigraphies… Cela dit, avec les moyens actuels d’impression, je serais peut-être resté dans ce domaine mais à l’époque, ce n’était vraiment pas ça… Et puis, je dois bien avouer que j’ai très vite trouvé le monde de la BD assez ringard et que je me suis vite introduit dans le monde des galeries ! Il y avait plus besoin de nouveautés… C’est toute la différence avec le monde de la bande dessinée où le travail éditorial fait que les éditeurs sont plus à la recherche du best-seller. Une peinture, c’est un objet unique, que tu dois vendre à une personne. Des peintres méconnus du grand public peuvent vendre des toiles extrêmement chères. Pour revenir aux Américains, quid du mouvement underground ? Bien entendu que je me suis intéressé à celui-ci. En plus de Crumb, je découvre Kim Deitch [Une tragédie américaine, Denoël Graphic], Clay Wilson, Mike Allred [auteur de Madman], Yumi Heo [dessinateur de Moondog]. C’est amusant de constater que ce pays, malgré tous les défauts de son système, est le seul capable d’inventer autant de contre-cultures en BD, cinéma, littérature, etc. Lis ce superbe livre, Art of Time, qui reprend toutes les BD étranges parues de 1900 à 1961. Tu vas découvrir des mecs. Et la nouvelle génération ? Je la découvre dans des revues ou des publications comme Blab !, Justapoz, Drawn and Quaterly, ou les auteurs du collectif Paperade. Ces derniers ont vraiment un lien avec l’art. D’ailleurs, ils ont été exposés à New York chez Jeffrey Diage, galeriste à la mode. Bien entendu, j’ai regardé les Charles Burns puis Daniel Clowes et Chris Ware… la trilogie magique américaine. Chez nous, nous avons les auteurs issus de L’Association : Menu, Killoffer, Sfar, Trondheim… dont nous n’avons pas à rougir ! Pour autant, je ne les lis pas intensément car le côté autobiographie me gave. Pour Art Spiegelman, ça marche ! Je pense que l’on peut parler de soi autrement. Et puis, n’est pas Houellebecq qui veut… On n’a oublié personne… Si… Paul Pope. C’est le seul mec qui me rappelle Forest ! C’est un géant… Et parmi les auteurs plus populaires ? Alan Moore et Jacques Tardi. Tous deux ont amené quelque chose de différent de ce qui se faisait dans le domaine. Alan Moore avec cette capacité à revisiter l’histoire du comics anglosaxon et Tardi avec cet hommage permanent au roman populaire. J’adore ! C’est vraiment très fort… J’aurais pu aussi citer Pichard et son Blanche Epiphanie. Quelles sont les grandes différences entre les comics et la BD européenne ? Elles ne sont pas faites pareillement. Outre- Atlantique, ils peuvent arriver à être une quinzaine de personnes sur une même planche, là où ils seront au maximum deux en Europe. Enki Bilal, un des rares auteurs de BD à être considéré comme un auteur flirtant avec l’art ? Je viens de racheter ses anciens albums parce que les miens étaient un peu abîmés. J’adorais ses premières histoires qui paraissaient dans Pilote et j’ai beaucoup rêvé en les lisant. Maintenant, je ne sais plus trop quoi en penser. Ce n’est pas pour lui jeter la pierre car je suis sûr qu’il fait cela avec sincérité et je n’aime pas critiquer de manière générale, mais je trouve que ce qu’il fait maintenant est assez lourdingue, limite vulgaire… Je préfèrerais acheter une planche de Bottaro que de Bilal ! Et Philippe Druillet ? Lui, c’est différent ! Comme il ne sait pas dessiner, il a acquis un style inimitable très rocambolesque et très baroque. Il est près de l’art brut un peu comme des Adolf Wölfli ou Augustin Lesage. Beaucoup pensent que ce sont des peintres « frustrés » qui ne sont pas allés au bout de leurs démarches en restant dans le monde des petits « Miquets ». Qu’en pensez-vous ? Ce n’est pas le même métier. En art, c’est l’artiste qui est devant et son oeuvre est derrière alors qu’en BD, c’est le contraire ! Le mec qui la fabrique disparaît un peu derrière elle. La mécanique de la perception est différente. Et puis, je ne trouve rien de plus chiant qu’une exposition de planches originales de bande dessinée. Des auteurs comme Schuiten et Peeters ont réfléchi sur des mises en valeur et je trouve cela intéressant. Comme leurs BD, c’était bien foutu ! Je n’interdis pas aux auteurs de BD de faire de la peinture… Mais n’oublions pas qu’une oeuvre de ces auteurs s’ouvre d’abord à toi dans un album donc en impression. Une BD ne vit, à mon avis, que sous forme d’album. Une peinture, il faut la voir, en vrai… Pour moi, des dessins de Pratt ou de Tardi valent beaucoup plus, et de loin, que beaucoup de peintures contemporaines. Même s’il est vrai que certaines planches de Kirby, Mc Cay ou Herriman sont magnifiques. Je ne fais pas de frontières entre les arts. Pratt, tu l’as rencontré lors d’une exposition qui t’était consacrée à Sierre… Chaque année, au coeur du festival de BD, était organisée une exposition avec un artiste ayant des rapports avec la bande dessinée. Je crois qu’Erro aussi y a participé. J’ai aimé me retrouver dans cette ambiance très différente du monde de l’art. J’ai apprécié ce côté simple et artisan des auteurs de BD, à l’opposé de ces grands intellos que je dois me taper au quotidien. Lors d’un dîner organisé, j’ai rencontré Hugo Pratt venu avec sa collaboratrice Patricia Zanotti… Pratt connaissait bien mon travail, ce qui m’avait surpris. C’était une véritable icône à ce moment-là ! Tu ne lis jamais de BD sur internet ? Je sais que Marvel offre la possibilité de voir leurs archives sur ce support mais j’ai du mal à le faire. J’ai besoin d’avoir physiquement le livre entre les mains. Je peux m’arrêter et revenir sur une page, une case… Chaque fois, je m’invente une nouvelle narration. C’est idiot de vouloir introduire l’art ou la littérature avec un grand « L » dans la bande dessinée car ce n’est ni l’un, ni l’autre. C’est une forme d’art à elle seule ! Alan Moore et Jacques Tardi l’ont bien compris. Qu’ils s’essayent, l’un à faire des poèmes ou de la littérature et l’autre à la peinture, pourquoi pas, mais ils doivent alors proposer autre chose ! Cela a été ton cas quand tu as choisi la peinture à la place de la bande dessinée. Je mets toujours des petites histoires dans mes tableaux. D’ailleurs, en ce moment, je peins toute une série avec deux personnages récurrents de facture classique. Mais je ne leur ai pas donné de noms, juste des attributions. Je dis toujours que la grande différence entre une illustration et une peinture, c’est qu’une illustration « illustre » un propos très précis. Un bon illustrateur est capable, en une image, de résumer un livre ou un article. Une peinture produit autant d’histoires que de spectateurs qui vont la regarder. C’est un peu pour cela que je ne veux jamais expliquer mes travaux… J’ai lu aussi que tu disais que l’on en a beaucoup trop dit au sujet de Robert Crumb… Attention, c’est un grand monsieur ! Mais depuis cette exposition au musée Ludwig de Cologne, je trouve étrange de voir les prix atteints par ses dessins dans des galeries branchées. Je me dis toujours : « pourquoi lui et pas d’autres ! ». Je ne comprends pas ! Comme qui ? Kim Deith, Clay Wilson, Griffith… mériteraient cette place. Peut-être que l’art contemporain aime le côté torturé de Crumb montré dans le film de Terry Zwigoff. Cela me fait penser que les mecs qui font de la BD ou de l’illustration sont peut-être trop normaux pour le monde de l’art ! (Rires.) Et des auteurs comme Will Eisner ? Je l’ai rencontré à l’occasion d’une conférence avec Scott Mac Cloud. Je jouais le rôle du regard extérieur. Pour me remercier, il m’a ensuite invité à dîner au Club-house du golf de Fort Lauderdale. J’ai rencontré alors un homme très aigri qui regrettait de ne pas avoir rencontré le même succès que ses contemporains. Tout au long de cette interview tu parles beaucoup de BD populaires sans citer Astérix par exemple… Hé bien, non ! J’aime bien et je trouve le symbole fort mais cela ne m’a jamais beaucoup intéressé. Le génie de Goscinny ne m’a jamais touché. D’ailleurs, je préfère Jean Tabary sur Totoche que sur Iznogoud… Aujourd’hui, je n’arrive pas à lire les Titeuf ou Kid Paddle. Mes enfants adorent ! Je crois que ce n’est pas de ma génération. Pour finir, j’aimerais revenir sur cette phrase sur le support bande dessinée extraite d’une interview avec Vincent Bernière : « La bande dessinée est un mode d’expression heureusement galvaudé et méprisé par les intellectuels. Il faut encourager ce mépris qui le préserve des mainmises. » Je persiste et signe ! Dans la BD, il y a cette possibilité d’être un peu idiot ; il ne faut pas obligatoirement rechercher l’esthétisme comme c’est souvent le cas en art. Tu le fais parce que tu as envie ! Dans la BD, tu retrouves des créneaux d’écritures soit très populaires, soit très marginaux… Je ne me retrouve pas dans la BD pseudo- esthétisante ou pseudo-intellectuelle. J’aime principalement les auteurs capables d’intéresser à la fois les enfants et les grands. J’ai cette même attitude envers mes peintures où les enfants peuvent les trouver sympas et où les adultes vont voir les références. C’est pour cela qu’il faut que cela reste ainsi même si je sens de plus en plus la récupération. J’ai lu que tu disais que Forest était « le maître étalon »… Je ne trouve aucun défaut dans son travail. Il a été un précurseur et un symbole des années 70. Je pense qu’il restera une référence de ces années, au même titre que Guy Peellaert. Je vois souvent l’influence qu’il a pu avoir sur des auteurs comme Moore. Toutes ces allusions aux héros de romans populaires faites dans Mystérieuse, matin, midi et soir, [adaptation de L'Île mystérieuse de Jules Verne] il l’a fait bien avant lui… De la même génération, on peut peut-être citer Fred, l’auteur de Philémon et du Petit Cirque… Là, je me régale ! Je viens de relire cet extrait dans le Pilote consacré à Mai 68 ! Je ne comprends pas comment Philémon et ses autres travaux n’ont pas dépassé davantage les frontières de la bande dessinée. Quand je vois certaines animations japonaises, je me dis qu’il a tout à fait sa place… Tout comme Moebius ? C’est à mon avis l’artiste le plus proche de l’art contemporain par la manière dont il a abordé son travail. Son exposition à la Fondation Cartier était très intéressante… Je ne dirais pas que c’est très esthétique car c’est souvent du vite fait. Mais son oeuvre vit tout le temps, quand il fait du Blueberry, du Moebius, ou quand il vire à l’autobiographie… Blanquet ou Pierre La police ont aussi des approches très « art contemporain ». Ils ne sont pas obsédés que par le beau dessin !
… T'as vu, je viens tout juste d'acheter la troisième intégrale de Tif et Tondu qui vient de paraître. Quelle beauté ! Avec Macherot et Tillieux, Will est un maître pour moi, beaucoup plus que Franquin ou Hergé. Ces derniers sont plus des artisans au niveau du dessin. Il suffit de voir la lourdeur des crayonnés de Franquin… On sent la sueur ! Chez Macherot, Tillieux ou Will, même s'ils ont moins de faciliter à dessiner, leurs petits défauts donnent une richesse inespérée à leurs travaux. C'est ce côté qui me touche en bande dessinée.
Regarde-tu du côté des auteurs dits " réalistes " ? Je n'ai jamais été fan de ce genre mis à part quelques Américains comme Alex Ross, Frank Quitely, Bryan Hitch… Là, je suis épaté ! Je vois un vrai décalage avec certains auteurs européens comme Fred Beltran ou Beb Deum. Et je suis attristé quand je regarde les BD réalistes genre " Glénat ". Dans leurs dessins, il y a beaucoup d'effets et très peu de structure ! C'est très maniéré…
Je sais pourtant que certains auteurs dans cette lignée, comme Leo, t'intéressent ? Leo, je ne l'ai découvert que l'an dernier. (Rires.) Et j'ai acheté l'ensemble de ses albums… Au début, j'avoue avoir été un peu déconcerté par son dessin, j'y ai trouvé de nombreux défauts tant au niveau graphique que scénaristique et pourtant… il y a quelque chose ! Ce n'est pas le nombre de BD de science-fiction ou d'héroic-fantasy qui manque en ce moment… mais celles-là, j'avoue que j'ai adorées !
Que penses-tu de " cette mode " des autobiographies, autre genre qui inonde les étals des librairies ? Je trouve que là aussi ce genre se " manièrise "... J'aime beaucoup le travail de Blain sur Gus [Dargaud], mais je trouve que lui aussi tend vers ce défaut. Peut-être qu'il y en a trop et que je n'arrive plus à prendre du recul !
Un qui vient de marquer son temps, c'est le Persepolis de Satrapi… Elle, elle a eu la chance de trouver un écho socioculturel. Son livre a aussi très bien marché aux États-Unis. D'ailleurs ma femme, en tant qu'attachée culturelle, a fait venir Marjane Satrapi à Miami pour une tournée de conférences. Elle est très habitée par son truc… et parfois, j'ai un peu décroché… (Rires.) Maintenant, il va être intéressant de voir ce qu'elle va faire. Un auteur de bande dessinée, c'est comme un artiste, il est jugé sur la durée ! À titre personnel, c'est toujours une carrière de manière générale qui m'intéresse. Des auteurs comme Will Eisner, Jack Kirby, Will, Tillieux, Jacques Martin… ont toute mon admiration pour ces raisons… Certes leur oeuvre s'est construite de manière artisanale car ils ne se voyaient pas comme des artistes, mais davantage comme des artisans, mais elle est conséquente ! Tous ont un truc qui les décale des autres… Regarde, je viens de trouver un fascicule de Pepito qui me manquait… Putain, 15 euros qu'ils me l'ont vendu ! D'ailleurs, j'ai une histoire complète de 16 pages de Pepito. Je crois que c'est les seuls originaux de BD que j'ai !
Puisque tu abordes l'âge de pierre de la BD, revenons sur tes premiers émois dans ce domaine… C'était avant tout les journaux de Spirou et Pif. Tintin est venu bien après. Je trouvais que les BD qui s'y trouvaient étaient trop bourgeoises ! J'aimais bien mais je m'y identifiais beaucoup moins. Le seul, peut-être, que j'aimais moins dans Spirou c'était Lucky Luke. Mais je ne suis pas trop western. J'ai toujours aimé le fantastique, genre que je retrouvais avec plaisir dans les histoires de Tif et Tondu, La matière verte, le Réveil de Thoar… Autrement, si j'adorais Buck Danny à cause des avions, j'étais moins fan de La Patrouille des Castors de Mitacq par exemple…
Et dans Pif ? J'ai adoré Cézard [Arthur le fantôme], ou la série Dani Futuro… Et j'ai découvert Hugo Pratt. Je ne comprenais pas toujours comment un mec qui dessinait aussi mal pouvait réaliser des histoires aussi fascinantes. C'est par lui que j'ai commencé à regarder Matisse… J'étais tellement surpris par son travail que je le découpais et le collectionnais. J'avais fait la même chose plus jeune avec Kamb, auteur qui a connu son heure de gloire avec 10 centimes, mais surtout Zor et Mlouf [parue dans Vaillant, dessins de Jacques Kamb], une saga qu'il faudrait absolument rééditer aujourd'hui. En les relisant, je me suis aperçu que ces personnages ont influencé mon travail.
En parlant de Pratt, je m'étonne que tu aies aimé car nombreux sont les lecteurs de l'époque qui le détestaient, au profit des Rahan et consorts, et qui ne se sont aperçus que bien plus tard du génie de cet homme… Ils disaient la même chose de Mandryka, M le Magicien, Mattioli, ou Nestor le bagnard… Bizarrement, je commence seulement à regarder des auteurs réalistes comme Marcello, l'auteur de Docteur Justice.
D'ailleurs tu as travaillé pour Pif… J'ai connu l'équipe rédactionnelle via une affiche pour la Fête de l'Humanité. Puis ils m'ont demandé de travailler pour eux et j'ai dessiné dix strips des Renés. L'expérience a tourné court car j'ai vite compris l'effort qu'il fallait fournir pour réaliser des bandes dessinées. (Rires.) Je ramais dur… En revanche, je me souviens avoir fait un poster et la couverture du numéro anniversaire fêtant les 200 ans de la Révolution en 1989. Je crois qu'elle a été plutôt bien accueillie… Puis Pif s'est arrêté !
J'imagine que Pilote, Métal Hurlant et Charlie sont ensuite arrivés dans ton parcours… Mandryka, Gotlib, etc., que je trouvais à l'étroit dans Pif, sont passés dans Pilote, où je trouvais aussi Fred, Forest, Alexis, Mézières… Puis il y a eu Métal Hurlant, L'Echo des Savanes et Charlie Mensuel. C'est dans ce dernier support que j'ai découvert la BD américaine avec Dick Tracy du génie Chester Gould ou espagnole avec Taxista de Josep Marti [Artefact], un chef-d'oeuvre absolu. Du Dubuffet en puissance ! À propos de BD espagnole, j'adorais Mortadel et Filemon [Adapté de Mortadelo y Filemon de Ibanez] et Captain Trueno [Capitaine Tonnerre en France, de Victor Mora et Miguel Ambrosio Zaragoza dit Ambros], une sorte de faux Prince Vaillant mal dessiné mais baroque avec des robots… Je viens de racheter les intégrales ! Ils appelaient cela, les maga, amusant comme analogie.
D’autres lectures ?
Ce qui est amusant, c’est la série de tableaux que tu es en train de faire autour des super-héros…
Cette énergie, on la retrouve beaucoup aujourd’hui dans les mangas…
La violence, est-ce justement une chose difficile à retranscrire en peinture, art que l’on accroche avant tout sur un mur ?
Malgré tout, tu fais une tentative en Bande Dessinée…
Pour revenir aux Américains, quid du mouvement underground ?
Et la nouvelle génération ?
On n’a oublié personne…
Et parmi les auteurs plus populaires ?
Quelles sont les grandes différences entre les comics et la BD européenne ?
Enki Bilal, un des rares auteurs de BD à être considéré comme un auteur flirtant avec l’art ?
Et Philippe Druillet ?
Beaucoup pensent que ce sont des peintres « frustrés » qui ne sont pas allés au bout de leurs démarches en restant dans le monde des petits « Miquets ». Qu’en pensez-vous ?
Pratt, tu l’as rencontré lors d’une exposition qui t’était consacrée à Sierre…
Tu ne lis jamais de BD sur internet ?
Cela a été ton cas quand tu as choisi la peinture à la place de la bande dessinée.
J’ai lu aussi que tu disais que l’on en a beaucoup trop dit au sujet de Robert Crumb…
Comme qui ?
Et des auteurs comme Will Eisner ?
Tout au long de cette interview tu parles beaucoup de BD populaires sans citer Astérix par exemple…
Pour finir, j’aimerais revenir sur cette phrase sur le support bande dessinée extraite d’une interview avec Vincent Bernière : « La bande dessinée est un mode d’expression heureusement galvaudé et méprisé par les intellectuels. Il faut encourager ce mépris qui le préserve des mainmises. »
J’ai lu que tu disais que Forest était « le maître étalon »…
De la même génération, on peut peut-être citer Fred, l’auteur de Philémon et du Petit Cirque…
Tout comme Moebius ? C’est à mon avis l’artiste le plus proche de l’art contemporain par la manière dont il a abordé son travail. Son exposition à la Fondation Cartier était très intéressante… Je ne dirais pas que c’est très esthétique car c’est souvent du vite fait. Mais son oeuvre vit tout le temps, quand il fait du Blueberry, du Moebius, ou quand il vire à l’autobiographie… Blanquet ou Pierre La police ont aussi des approches très « art contemporain ». Ils ne sont pas obsédés que par le beau dessin !
Héroique Fantaisiste
Très prolifique, Christophe Arleston a pour les deux mois à venir une actualité très riche. Ainsi sortiront en juin, un entretien avec Thierry Bellefroid et un nouveau Trolls de Troy (le 11ème) signé de son complice Jean-Louis Mourier et, en juillet, les tomes 2 des très attendus Conquérants de Troy avec le perfectionniste Ciro Tota et Elixirs du surdoué Varanda. Sans oublier le reste... Un entretien exclusif avec F. Bosser
>>> LIRE L'INTERVIEW... <<< Christophe, tâchons de ne rien oublier de votre multiple actualité et commençons par ce livre d'entretien avec le journaliste belge Thierry Bellefroid… Il émane d'une demande des éditions Soleil qui ont sans doute pensé que j'allais bientôt mourir... Je trouvais cela un peu prématuré mais j'ai joué le jeu malgré tout et ce fut un livre agréable à faire… J'ai découvert en la personne de Thierry Bellefroid un homme charmant. Nous avons discuté de tout et de rien pendant trois jours et le résultat me semble intéressant pour ceux qui se préoccupent des auteurs que nous sommes ! Revenir sur votre carrière à cet instant précis de votre vie, cela vous a fait quel effet ? Je me suis aperçu que j'avais fait pas mal de choses ces quinze dernières années. (Rires.) Je commence à faire partie de l'ancienne génération… En fait, j'ai trouvé cette introspection intéressante car j'estime être à une période charnière de ma carrière… À quel niveau ? Même si je continue mes séries avec le même plaisir, j'ai depuis peu l'envie de nouvelles collaborations, notamment avec des one-shot. C'est pour cela que j'ai créé Les Légendes de Troy par exemple et que je me suis fixé comme challenge d'écrire une pièce de théâtre, un espace que j'ai beaucoup envie de retrouver après mes débuts comme dramaturge radiophonique… Ne serait-ce pas la lassitude qui vous gagne ? Ce qui me plait dans l'écriture, ce sont les dialogues et la mise en scène des personnages, choses finalement très proches du théâtre. Après presque quatrevingt albums, il n'est pas évident de continuer à s'améliorer : le lecteur en demande toujours plus ! Par conséquent, cette parenthèse liée à mon envie de ne plus me démultiplier dans trop de séries me convient bien… Ce qui veut dire que si vous aviez l'idée du siècle, mais qu'elle ne convenait qu'à une longue saga, vous vous interdiriez de la faire ? Une chose est sûre : je ne veux plus me démultiplier ! Mais je change d'avis toutes les cinq minutes et je ne peux pas m'empêcher de mentir… Revenez me voir dans trois mois. (Rires.) Peut-être que je me serai enthousiasmé pour autre chose… Comme pour cette collection sur la cuisine que vous avez dans vos cartons ? Je vois que vous êtes bien renseigné ! C'est vrai que ce domaine me passionne depuis quelque temps, et que j'y réfléchis beaucoup. Ce projet se fera sous forme de BD, un peu à la manière des Japonais, capables de créer une série sur les concours entre boulangers pour faire le meilleur pain possible. Pourquoi ne pas faire cela en France ? J'ai toujours aimé les romans de Manuel Vázquez Montalbán [romancier et journaliste espagnol] capable de te donner une recette de cuisine en plein polar… Ce sera chez Soleil ? Je ne pense pas car ce type de livres n'a pas sa place dans son catalogue… Mourad [Boudjellal] le sait. Cette idée m'ayant été proposée par Jacques Glénat, il y a de fortes chances que cela se fasse chez lui ! Mais pour l'instant, je n'en suis qu'à la réflexion et aucun auteur n'a été contact. Concernant le théâtre, où en êtes-vous ? J'ai écrit une pièce mais elle mérite de mûrir encore ! J'ai commencé a développer deux autres sujets mais comme je n'ai aucune connexion avec ce milieu, rien n'est encore véritablement programmé. C'est comme si je recommençais une nouvelle carrière ! Revenons à la bande dessinée et parlons de ce projet ambitieux que sont Les Légendes de Troy… Ce sera des one-shot avec un auteur différent à chaque fois. Comme je ne voulais pas qu'ils se perdent dans un catalogue, j'ai choisi de les relier à l'univers de Troy et donc à une collection. Le cadre de Troy, qui est très large, est un prétexte. Ce, sans me bloquer dans l'approche graphique qui peut être totalement différente d'un album à l'autre. Où en êtes-vous de ce projet ? Trois albums sont en cours et sont assez avancés. Un avec Nicolas Kéramidas [Tykko des sables], un second avec Eric Hérenguel [Nuit-saffrant] et un troisième avec Dany [Les guerrières de Troy]. Ces albums rejoignent mon envie de m'amuser avec des auteurs dont je suis proche sans m'embarquer dans une longue aventure pour autant. Parlez-nous de ce onzième tome de Trolls de Troy [à paraître en juin] que vous avez réalisé avec votre ami Jean- Louis Mourier… Actualité oblige, il s'intitulera Trollympiades. Cela faisait quelque temps que l'envie d'écrire des Olympiades mettant en scène des Trolls me titillait. (Rires.) … Tout comme ce tome 2 d'une expérience pour l'instant très réussie Lanfeust Quest, un Lanfeust version manga avec un surdoué du dessin, Ludolullabi… Didier Tarquin et moi avions demandé à notre éditeur de nous trouver un Mangaka. Puis finalement nous avons préféré travailler avec un Européen qui avait le talent pour le faire. Ludolullabi connaît bien l'univers de Lanfeust. Nous vérifions que tout reste très cohérent avec l'esprit de cette série mais nous lui laissons une totale liberté. Il est amusant de le voir réinterpréter Lanfeust à sa manière et à la manière manga. Quel en est l'objectif ? Garder le lectorat de la série mère tout en s'adaptant à cette nouvelle génération élevée au manga. L'accueil est au-delà de nos espérances avec une mise en place à 30 000 exemplaires. Nous savons que le deuxième tome va un peu moins bien marcher car l'effet de curiosité va s'estomper mais nous gardons bon espoir. En revanche, grâce à son format, il est clair que nous touchons à l'international. Le tome 1 n'était pas encore sorti que les droits étaient déjà préemptés par Tokyo Pop, très important éditeur aux Etats-Unis. Cela devrait aider " la marque " Lanfeust à se faire connaître dans le monde entier. Si c'est le cas, pourquoi ne pas penser film d'animation ou jeux vidéos, car en cas de succès, la réunion de plus importants budgets sera possible ! Soleil n'avait-il pas essayé de conquérir les Etats-Unis, il y a de cela quelques années ? Pas à ma connaissance ! Par contre, Soleil vient de signer avec Marvel pour de nombreux projets… En parlant de projet, en juillet sort notamment le second tome des Conquérants de Troy, pouvez-vous nous en dire davantage ? Cet album va être d'autant plus chouette que le coloriste du tome 1, Sébastien Lamirand, commence vraiment à maîtriser l'univers de Troy. L'histoire, qui se passe 4 000 ans avant l'histoire de Lanfeust, raconte l'arrivée forcée des colons sur la planète Troy… Ils vont essayer de s'en sortir tout en n'ayant qu'une idée en tête : quitter cette foutue planète ! Pourquoi une si longue attente ? Ciro a eu de graves problèmes familiaux. Il a fallu qu'il prenne en charge ses parents et plus particulièrement son père qui souffrait d'Alzheimer… Où en est la convention de Troy ? Elle est montée à Paris après avoir commencé dans le Sud via un groupe d'étudiants. La première s'est déroulée dans les caves Saint-Sabin, lieu médiéval très sympa mais impossible à ouvrir au public. La seconde a eu lieu au moment de Kultima [Festival des cultures de l'Imaginaire qui se déroule au moment de Japan Expo à Villepinte] dans une ambiance très manga. Le bilan de ces deux expériences est très mitigé et nous cherchons d'ores et déjà un autre lieu. Quel est l'objectif de cette manifestation ? Se marrer… et faire plaisir aux fans. C'est vraiment du " fun " avec les purs et durs… Vous venez de parler de cette convention manga. Est-ce que ces lecteurs sont une nouvelle cible pour vous ? Oui et c'est d'ailleurs pour cela que nous sommes venus pour la première fois à Japan Expo l'année dernière. En comparant cette manifestation à Angoulême, je me suis dit que c'était vraiment là qu'il fallait être. J'ai découvert des dizaines de milliers d'adolescents venus déguisés, consommant des albums, faisant la fête… bref, une vraie énergie. À Angoulême, on voit quoi ? Des collectionneurs sur leurs pliants en train d'attendre leurs dédicaces ! Et puis, la population est de plus en plus vieille… À Japan Expo, c'est un vrai grand public d'ados. Cette année, nous y serons beaucoup plus présents ! Vous n'avez pas reçu une volée de bois vert de la part de ces jeunes venus là surtout pour voir des manga et des quelques Mangakas qui avaient fait le déplacement ? Pas du tout ! Beaucoup connaissent et apprécient Lanfeust… N'avez-vous pas l'impression d'en faire trop autour de Troy ? Non ! Lanfeust n'est qu'un prétexte pour faire plein de choses différentes. Je n'ai franchement pas l'impression de le répéter et ce d'autant que Lanfeust est complètement différent de Trolls de Troy qui lui est différent des Conquérants de Troy… Ce sont, par conséquent, des récits complètement éloignés les uns des autres… Comment réagissez-vous à la surproduction dans le domaine de l'héroic-fantasy ? Quand nous avons entamé Lanfeust avec Didier Tarquin, tout le monde nous est tombé dessus en nous disant que ce genre était obsolète et que cela n'allait jamais marcher. Même Mourad Boudjellal, le patron de Soleil, n'en voulait pas ! Nous n'avons écouté que nos envies du moment. Le public, qui ne se pose pas ce genre de questions, a tout de suite accroché. Il est vrai que cela a engendré beaucoup d'autres séries d'héroic-fantasy mais aucune n'a, pour le moment, rencontré un tel succès… Et pour répondre à ma question ? Il est vrai que pour Soleil cela m'a un peu gonflé car je savais que Mourad demandait aux jeunes qui arrivaient de faire " du Arleston " et " du Tarquin "… un peu comme Monsieur Dupuis a dû faire " du Franquin ". C'est un peu dommage car cela a sûrement empêché certains auteurs de faire ce qui leur plairait davantage… Qu'ils aient accepté de le faire les concernent ! En fait, je ne regarde jamais ce que font les autres. Je me concentre sur ce que j'ai à faire, comment je vais le faire, l'impact que cela a sur les lecteurs et c'est déjà bien suffisant ! Et dès que je ressens une quelconque lassitude, j'arrête ! Est-ce que cette surproduction ne vous a pas été malgré tout préjudiciable ? Je ne crois pas ! La surproduction est partout et pas seulement dans la bande dessinée. En tant que leaders, je pense que nous n'avons pas eu à en souffrir. C'est plus le cas pour les nouveaux venus. Le fan de la première heure va venir chercher " son " Lanfeust puis va avoir à faire des choix… En fait, je n'ai jamais considéré les choses en termes de concurrence… Est-ce que vous regardez des séries comme Donjon, qui vient de fêter ses dix ans chez Delcourt ? Pas plus que cela. J'ai bien dû lire les deux-trois premiers. En fait, je ne suis pas un gros lecteur d'héroic fantasy. C'est paradoxal mais bon… Avant que Didier Tarquin ne me les passe -nous devions être au quatrième tome de Lanfeust-, je n'avais jamais vraiment lu La Quête de l'oiseau du temps de Loisel et Le Tendre [Dargaud], Thorgal de Rosinski et Van Hamme [Lombard], etc. Je savais qu'ils existaient mais sans plus ! Je pense que c'est tant mieux car cela m'évite de me prendre la tête, de comparer, de me mettre la pression… En fait, je ne suis pas un spécialiste des codes de ce genre. Pour moi, ils ne sont que prétexte à raconter une histoire. Si les gens veulent la classer en héroic-fantasy, cela ne me dérange pas ! C'est amusant, à quelques détails près, Sfar et Trondheim, les pères de Donjon, tiennent le même discours… C'est logique après tout ! Les spécialistes vont en général réaliser un truc très pointu… qui ne sera pas du tout accessible au grand public. Je pense que ce qui fait le succès du monde de Troy est que le public est un peu comme moi. Il a envie qu'on lui raconte une histoire qui va lui plaire et lui rappeler les choses qu'il lisait enfant, avec des princesses, des héros, des châteaux, des magiciennes au fond de la forêt, etc. Je n'ai franchement pas l'impression d'écrire du Tolkien… Ce qui veut dire que dans ton public, rares sont les férus d'héroic-fantasy ? Ils ne sont pas majoritaires en tout cas ! Si je devais me contenter que des spécialistes, je ne vendrais pas des centaines de milliers d'albums comme c'est le cas, aujourd'hui. (Rires.) À propos des jeux de rôles, je crois savoir que vous n'étiez pas contents d'un résultat qui vient d'être mis en vente dans le commerce ? Oui, ce fût le cas sur un jeu Troll… Il n'était pas tout à fait au point à sa sortie et nous n'avons pas apprécié que les futurs joueurs doivent télécharger des pages sur internet pour qu'il fonctionne. Que l'on nous explique que c'était chose courante dans le domaine ne nous a pas convaincus. C'est comme si nous vendions une BD et que le lecteur soit obligé d'acheter des autocollants ou des cases ailleurs qu'en librairies pour pouvoir constituer son album ! Mais au final, tout est rentré dans l'ordre. En revanche, avec le jeu Lanfeust d'Atari nous n'avons connu aucun problème ! Ce n'est donc pas une question de contenu ? Non, dans les deux cas nous avons supervisé le scénario et le contenu graphique. Changeons d'univers et parlons de ce deuxième tome d'Elixirs d'Alberto Varanda [en juillet] qui arrive enfin après trois ans d'attente… Je signale que c'est le premier tome 2 d'Alberto. (Rires.) J'espère qu'il va avoir un bon accueil d'autant que je n'étais pas totalement satisfait du premier tome. Pour quelles raisons ? Un tas de mauvaises raisons… Je pense avoir donné davantage de densité aux personnages. Je les ai rendus beaucoup moins caricaturaux, ils commencent à prendre une vraie profondeur et l'histoire me plait mieux ainsi. Aux lecteurs de juger ! Avez-vous été tenté de recommencer le tome un ? Oui, si j'avais eu sous la main un dessinateur capable de le dessiner en six mois. (Rires.) Quelles sont ces " mauvaises raisons " ? Je n'étais tout d'abord pas très bien dans ma propre existence. Et puis, je n'avais pas mesuré que le rythme de travail très lent d'Alberto ne convenait pas à ma manière de fonctionner… Je m'explique : d'habitude je travaille au même rythme que le dessinateur en lui fournissant, sur une période de six à douze mois, des tranches de scénarios de six à huit pages. Cela me permet de travailler au même rythme que lui tout en mûrissant l'histoire… Elle prend de la matière en cours de route. Avec Varanda, nous avons mis presque quatre ans à le faire, au lieu de l'enrichir, je m'y suis perdu… Je pense m'être mieux adapté à sa manière de travailler sur le deuxième tome. Une vraie remise en question… Pour et avec Alberto, mais aussi pour tout le reste de ma production. C'est-à-dire ? C'est aussi le moment où j'ai demandé à une tierce personne de venir juger et critiquer mes scénarios… un peu comme un garde-fou ! Sans oublier de constituer une équipe qui serait le lien entre moi et les éditions Soleil. C'est une chose difficile à accepter et à monter ? Pas du tout. J'ai toujours aimé travailler en collaboration. Pour preuve, les quatre autres séries que je co-scénarise avec d'autres : Léo Loden avec Loïc Nicoloff, Moréa avec Dominique Latil, Le Chant d'Excalibur avec Mélanÿn et Sinbad avec Pierre Alary et Audrey Alwett. Je pourrais en faire de même sur Lanfeust ou sur Trolls de Troy, si je trouve quelqu'un capable de le faire, même si aujourd'hui encore j'aime être seul sur ces deux séries… C'est un vrai plaisir de travailler à deux. Souvent, en quelques heures, tu vas faire ce que tu fais seul en une semaine ! Mais attention, je reste celui qui donne le " La " et qui a le final-cut… Pour autant, je n'ai pas de souci d'ego ; ce qui m'importe, c'est le résultat ! Est-ce que le retour annoncé de Mourad Boudjellal aux affaires bédéphiles après sa parenthèse rugby [il a dirigé et dynamisé le Racing Club de Toulon en faisant venir des stars mondiales de ce sport et en le faisant remonter en division 1] te ravit. J'ai comme l'impression qu'il jouait ce rôle de garde-fou qui vous a manqué ces derniers temps… En ce qui le concerne, ça n'a pas été que le rugby… Il est vrai que cette période correspond au moment où il s'est lancé à corps perdu dans l'organisation de sa propre diffusion avec la structure Delsol, puis dans son partenariat avec Gallimard pour relancer Futuropolis. Du coup, j'ai perdu mon référent dans ma maison Soleil… Mais depuis un ou deux mois, il est très présent et je suis content de ne plus avoir d'éditeur fantôme ! (Rires.) Ce n'est pas pour autant que la petite structure qui depuis s'est montée autour de moi à Aix-en-Provence va s'arrêter. Est-ce que cette structure située à l'atelier Gottferdom ne vous éloigne pas encore plus de la maison mère située à Toulon ? Elle me sert surtout de tampon en m'évitant de m'énerver quand j'ai besoin de certaines choses en urgence… Je ne veux plus gérer les choses en direct avec les gens de Soleil ! Un bilan de Lanfeust Mag ? Le journal est rentable depuis bien longtemps, même si son objectif principal est de pouvoir attirer de nouveaux auteurs, en plus de s'amuser et de faire de l'image pour le groupe Soleil. Les ventes étant stables depuis un bon moment, nous allons tenter une nouvelle expérience à partir de la rentrée pour redynamiser tout cela… Racontez-moi… Tout en gardant une même diffusion pour la revue [40 000 exemplaires pour des ventes autour de 25/28 000 exemplaires en moyenne], nous allons éditer Lanfeust Mag Ultimate, une version concentrée de 64 pages, petit format, " papier-cul " et à deux euros. Ce sera une sorte de best-of du journal principal. Pourquoi tenter cela ? Comme nous stagnons en termes de ventes, nous nous sommes dit que le prix de vente et l'objet étaient peut-être des éléments trop importants pour trouver un public plus jeune. Le tirage sera de 60 à 80 000 exemplaires et nous nous donnons six mois pour réussir ! C'est tout le charme de travailler avec Mourad qui est toujours partant pour une nouvelle aventure. …Aventure qui aurait pu aller encore plus loin si Mourad avait racheté, comme prévu, la filiale BD d'Albin Michel et donc L'Écho des Savanes dont il vous avait demandé d'en être le rédacteur en chef… L'idée m'a titillé l'espace d'une soirée ! Cela m'intéressait surtout de faire partie du comité de rédaction. Mais, Rédacteur en chef, non !
Christophe, tâchons de ne rien oublier de votre multiple actualité et commençons par ce livre d'entretien avec le journaliste belge Thierry Bellefroid… Il émane d'une demande des éditions Soleil qui ont sans doute pensé que j'allais bientôt mourir... Je trouvais cela un peu prématuré mais j'ai joué le jeu malgré tout et ce fut un livre agréable à faire… J'ai découvert en la personne de Thierry Bellefroid un homme charmant. Nous avons discuté de tout et de rien pendant trois jours et le résultat me semble intéressant pour ceux qui se préoccupent des auteurs que nous sommes !
Revenir sur votre carrière à cet instant précis de votre vie, cela vous a fait quel effet ? Je me suis aperçu que j'avais fait pas mal de choses ces quinze dernières années. (Rires.) Je commence à faire partie de l'ancienne génération… En fait, j'ai trouvé cette introspection intéressante car j'estime être à une période charnière de ma carrière…
À quel niveau ? Même si je continue mes séries avec le même plaisir, j'ai depuis peu l'envie de nouvelles collaborations, notamment avec des one-shot. C'est pour cela que j'ai créé Les Légendes de Troy par exemple et que je me suis fixé comme challenge d'écrire une pièce de théâtre, un espace que j'ai beaucoup envie de retrouver après mes débuts comme dramaturge radiophonique…
Ne serait-ce pas la lassitude qui vous gagne ? Ce qui me plait dans l'écriture, ce sont les dialogues et la mise en scène des personnages, choses finalement très proches du théâtre. Après presque quatrevingt albums, il n'est pas évident de continuer à s'améliorer : le lecteur en demande toujours plus ! Par conséquent, cette parenthèse liée à mon envie de ne plus me démultiplier dans trop de séries me convient bien…
Ce qui veut dire que si vous aviez l'idée du siècle, mais qu'elle ne convenait qu'à une longue saga, vous vous interdiriez de la faire ? Une chose est sûre : je ne veux plus me démultiplier ! Mais je change d'avis toutes les cinq minutes et je ne peux pas m'empêcher de mentir… Revenez me voir dans trois mois. (Rires.) Peut-être que je me serai enthousiasmé pour autre chose…
Comme pour cette collection sur la cuisine que vous avez dans vos cartons ? Je vois que vous êtes bien renseigné ! C'est vrai que ce domaine me passionne depuis quelque temps, et que j'y réfléchis beaucoup. Ce projet se fera sous forme de BD, un peu à la manière des Japonais, capables de créer une série sur les concours entre boulangers pour faire le meilleur pain possible. Pourquoi ne pas faire cela en France ? J'ai toujours aimé les romans de Manuel Vázquez Montalbán [romancier et journaliste espagnol] capable de te donner une recette de cuisine en plein polar…
Ce sera chez Soleil ? Je ne pense pas car ce type de livres n'a pas sa place dans son catalogue… Mourad [Boudjellal] le sait. Cette idée m'ayant été proposée par Jacques Glénat, il y a de fortes chances que cela se fasse chez lui ! Mais pour l'instant, je n'en suis qu'à la réflexion et aucun auteur n'a été contact.
Concernant le théâtre, où en êtes-vous ? J'ai écrit une pièce mais elle mérite de mûrir encore ! J'ai commencé a développer deux autres sujets mais comme je n'ai aucune connexion avec ce milieu, rien n'est encore véritablement programmé. C'est comme si je recommençais une nouvelle carrière !
Revenons à la bande dessinée et parlons de ce projet ambitieux que sont Les Légendes de Troy… Ce sera des one-shot avec un auteur différent à chaque fois. Comme je ne voulais pas qu'ils se perdent dans un catalogue, j'ai choisi de les relier à l'univers de Troy et donc à une collection. Le cadre de Troy, qui est très large, est un prétexte. Ce, sans me bloquer dans l'approche graphique qui peut être totalement différente d'un album à l'autre.
Où en êtes-vous de ce projet ? Trois albums sont en cours et sont assez avancés. Un avec Nicolas Kéramidas [Tykko des sables], un second avec Eric Hérenguel [Nuit-saffrant] et un troisième avec Dany [Les guerrières de Troy]. Ces albums rejoignent mon envie de m'amuser avec des auteurs dont je suis proche sans m'embarquer dans une longue aventure pour autant.
Parlez-nous de ce onzième tome de Trolls de Troy [à paraître en juin] que vous avez réalisé avec votre ami Jean- Louis Mourier… Actualité oblige, il s'intitulera Trollympiades. Cela faisait quelque temps que l'envie d'écrire des Olympiades mettant en scène des Trolls me titillait. (Rires.)
… Tout comme ce tome 2 d'une expérience pour l'instant très réussie Lanfeust Quest, un Lanfeust version manga avec un surdoué du dessin, Ludolullabi… Didier Tarquin et moi avions demandé à notre éditeur de nous trouver un Mangaka. Puis finalement nous avons préféré travailler avec un Européen qui avait le talent pour le faire. Ludolullabi connaît bien l'univers de Lanfeust. Nous vérifions que tout reste très cohérent avec l'esprit de cette série mais nous lui laissons une totale liberté. Il est amusant de le voir réinterpréter Lanfeust à sa manière et à la manière manga.
Quel en est l'objectif ? Garder le lectorat de la série mère tout en s'adaptant à cette nouvelle génération élevée au manga. L'accueil est au-delà de nos espérances avec une mise en place à 30 000 exemplaires. Nous savons que le deuxième tome va un peu moins bien marcher car l'effet de curiosité va s'estomper mais nous gardons bon espoir. En revanche, grâce à son format, il est clair que nous touchons à l'international. Le tome 1 n'était pas encore sorti que les droits étaient déjà préemptés par Tokyo Pop, très important éditeur aux Etats-Unis. Cela devrait aider " la marque " Lanfeust à se faire connaître dans le monde entier. Si c'est le cas, pourquoi ne pas penser film d'animation ou jeux vidéos, car en cas de succès, la réunion de plus importants budgets sera possible !
Soleil n'avait-il pas essayé de conquérir les Etats-Unis, il y a de cela quelques années ? Pas à ma connaissance ! Par contre, Soleil vient de signer avec Marvel pour de nombreux projets…
En parlant de projet, en juillet sort notamment le second tome des Conquérants de Troy, pouvez-vous nous en dire davantage ? Cet album va être d'autant plus chouette que le coloriste du tome 1, Sébastien Lamirand, commence vraiment à maîtriser l'univers de Troy. L'histoire, qui se passe 4 000 ans avant l'histoire de Lanfeust, raconte l'arrivée forcée des colons sur la planète Troy… Ils vont essayer de s'en sortir tout en n'ayant qu'une idée en tête : quitter cette foutue planète !
Pourquoi une si longue attente ? Ciro a eu de graves problèmes familiaux. Il a fallu qu'il prenne en charge ses parents et plus particulièrement son père qui souffrait d'Alzheimer…
Où en est la convention de Troy ? Elle est montée à Paris après avoir commencé dans le Sud via un groupe d'étudiants. La première s'est déroulée dans les caves Saint-Sabin, lieu médiéval très sympa mais impossible à ouvrir au public. La seconde a eu lieu au moment de Kultima [Festival des cultures de l'Imaginaire qui se déroule au moment de Japan Expo à Villepinte] dans une ambiance très manga. Le bilan de ces deux expériences est très mitigé et nous cherchons d'ores et déjà un autre lieu.
Quel est l'objectif de cette manifestation ? Se marrer… et faire plaisir aux fans. C'est vraiment du " fun " avec les purs et durs…
Vous venez de parler de cette convention manga. Est-ce que ces lecteurs sont une nouvelle cible pour vous ? Oui et c'est d'ailleurs pour cela que nous sommes venus pour la première fois à Japan Expo l'année dernière. En comparant cette manifestation à Angoulême, je me suis dit que c'était vraiment là qu'il fallait être. J'ai découvert des dizaines de milliers d'adolescents venus déguisés, consommant des albums, faisant la fête… bref, une vraie énergie. À Angoulême, on voit quoi ? Des collectionneurs sur leurs pliants en train d'attendre leurs dédicaces ! Et puis, la population est de plus en plus vieille… À Japan Expo, c'est un vrai grand public d'ados. Cette année, nous y serons beaucoup plus présents !
Vous n'avez pas reçu une volée de bois vert de la part de ces jeunes venus là surtout pour voir des manga et des quelques Mangakas qui avaient fait le déplacement ? Pas du tout ! Beaucoup connaissent et apprécient Lanfeust…
N'avez-vous pas l'impression d'en faire trop autour de Troy ? Non ! Lanfeust n'est qu'un prétexte pour faire plein de choses différentes. Je n'ai franchement pas l'impression de le répéter et ce d'autant que Lanfeust est complètement différent de Trolls de Troy qui lui est différent des Conquérants de Troy… Ce sont, par conséquent, des récits complètement éloignés les uns des autres…
Comment réagissez-vous à la surproduction dans le domaine de l'héroic-fantasy ? Quand nous avons entamé Lanfeust avec Didier Tarquin, tout le monde nous est tombé dessus en nous disant que ce genre était obsolète et que cela n'allait jamais marcher. Même Mourad Boudjellal, le patron de Soleil, n'en voulait pas ! Nous n'avons écouté que nos envies du moment. Le public, qui ne se pose pas ce genre de questions, a tout de suite accroché. Il est vrai que cela a engendré beaucoup d'autres séries d'héroic-fantasy mais aucune n'a, pour le moment, rencontré un tel succès…
Et pour répondre à ma question ? Il est vrai que pour Soleil cela m'a un peu gonflé car je savais que Mourad demandait aux jeunes qui arrivaient de faire " du Arleston " et " du Tarquin "… un peu comme Monsieur Dupuis a dû faire " du Franquin ". C'est un peu dommage car cela a sûrement empêché certains auteurs de faire ce qui leur plairait davantage… Qu'ils aient accepté de le faire les concernent ! En fait, je ne regarde jamais ce que font les autres. Je me concentre sur ce que j'ai à faire, comment je vais le faire, l'impact que cela a sur les lecteurs et c'est déjà bien suffisant ! Et dès que je ressens une quelconque lassitude, j'arrête !
Est-ce que cette surproduction ne vous a pas été malgré tout préjudiciable ? Je ne crois pas ! La surproduction est partout et pas seulement dans la bande dessinée. En tant que leaders, je pense que nous n'avons pas eu à en souffrir. C'est plus le cas pour les nouveaux venus. Le fan de la première heure va venir chercher " son " Lanfeust puis va avoir à faire des choix… En fait, je n'ai jamais considéré les choses en termes de concurrence…
Est-ce que vous regardez des séries comme Donjon, qui vient de fêter ses dix ans chez Delcourt ? Pas plus que cela. J'ai bien dû lire les deux-trois premiers. En fait, je ne suis pas un gros lecteur d'héroic fantasy. C'est paradoxal mais bon… Avant que Didier Tarquin ne me les passe -nous devions être au quatrième tome de Lanfeust-, je n'avais jamais vraiment lu La Quête de l'oiseau du temps de Loisel et Le Tendre [Dargaud], Thorgal de Rosinski et Van Hamme [Lombard], etc. Je savais qu'ils existaient mais sans plus ! Je pense que c'est tant mieux car cela m'évite de me prendre la tête, de comparer, de me mettre la pression… En fait, je ne suis pas un spécialiste des codes de ce genre. Pour moi, ils ne sont que prétexte à raconter une histoire. Si les gens veulent la classer en héroic-fantasy, cela ne me dérange pas !
C'est amusant, à quelques détails près, Sfar et Trondheim, les pères de Donjon, tiennent le même discours… C'est logique après tout ! Les spécialistes vont en général réaliser un truc très pointu… qui ne sera pas du tout accessible au grand public. Je pense que ce qui fait le succès du monde de Troy est que le public est un peu comme moi. Il a envie qu'on lui raconte une histoire qui va lui plaire et lui rappeler les choses qu'il lisait enfant, avec des princesses, des héros, des châteaux, des magiciennes au fond de la forêt, etc. Je n'ai franchement pas l'impression d'écrire du Tolkien…
Ce qui veut dire que dans ton public, rares sont les férus d'héroic-fantasy ? Ils ne sont pas majoritaires en tout cas ! Si je devais me contenter que des spécialistes, je ne vendrais pas des centaines de milliers d'albums comme c'est le cas, aujourd'hui. (Rires.)
À propos des jeux de rôles, je crois savoir que vous n'étiez pas contents d'un résultat qui vient d'être mis en vente dans le commerce ? Oui, ce fût le cas sur un jeu Troll… Il n'était pas tout à fait au point à sa sortie et nous n'avons pas apprécié que les futurs joueurs doivent télécharger des pages sur internet pour qu'il fonctionne. Que l'on nous explique que c'était chose courante dans le domaine ne nous a pas convaincus. C'est comme si nous vendions une BD et que le lecteur soit obligé d'acheter des autocollants ou des cases ailleurs qu'en librairies pour pouvoir constituer son album ! Mais au final, tout est rentré dans l'ordre. En revanche, avec le jeu Lanfeust d'Atari nous n'avons connu aucun problème !
Ce n'est donc pas une question de contenu ? Non, dans les deux cas nous avons supervisé le scénario et le contenu graphique.
Changeons d'univers et parlons de ce deuxième tome d'Elixirs d'Alberto Varanda [en juillet] qui arrive enfin après trois ans d'attente… Je signale que c'est le premier tome 2 d'Alberto. (Rires.) J'espère qu'il va avoir un bon accueil d'autant que je n'étais pas totalement satisfait du premier tome.
Pour quelles raisons ? Un tas de mauvaises raisons… Je pense avoir donné davantage de densité aux personnages. Je les ai rendus beaucoup moins caricaturaux, ils commencent à prendre une vraie profondeur et l'histoire me plait mieux ainsi. Aux lecteurs de juger !
Avez-vous été tenté de recommencer le tome un ? Oui, si j'avais eu sous la main un dessinateur capable de le dessiner en six mois. (Rires.)
Quelles sont ces " mauvaises raisons " ? Je n'étais tout d'abord pas très bien dans ma propre existence. Et puis, je n'avais pas mesuré que le rythme de travail très lent d'Alberto ne convenait pas à ma manière de fonctionner… Je m'explique : d'habitude je travaille au même rythme que le dessinateur en lui fournissant, sur une période de six à douze mois, des tranches de scénarios de six à huit pages. Cela me permet de travailler au même rythme que lui tout en mûrissant l'histoire… Elle prend de la matière en cours de route. Avec Varanda, nous avons mis presque quatre ans à le faire, au lieu de l'enrichir, je m'y suis perdu… Je pense m'être mieux adapté à sa manière de travailler sur le deuxième tome.
Une vraie remise en question… Pour et avec Alberto, mais aussi pour tout le reste de ma production.
C'est-à-dire ? C'est aussi le moment où j'ai demandé à une tierce personne de venir juger et critiquer mes scénarios… un peu comme un garde-fou ! Sans oublier de constituer une équipe qui serait le lien entre moi et les éditions Soleil.
C'est une chose difficile à accepter et à monter ? Pas du tout. J'ai toujours aimé travailler en collaboration. Pour preuve, les quatre autres séries que je co-scénarise avec d'autres : Léo Loden avec Loïc Nicoloff, Moréa avec Dominique Latil, Le Chant d'Excalibur avec Mélanÿn et Sinbad avec Pierre Alary et Audrey Alwett. Je pourrais en faire de même sur Lanfeust ou sur Trolls de Troy, si je trouve quelqu'un capable de le faire, même si aujourd'hui encore j'aime être seul sur ces deux séries… C'est un vrai plaisir de travailler à deux. Souvent, en quelques heures, tu vas faire ce que tu fais seul en une semaine ! Mais attention, je reste celui qui donne le " La " et qui a le final-cut… Pour autant, je n'ai pas de souci d'ego ; ce qui m'importe, c'est le résultat !
Est-ce que le retour annoncé de Mourad Boudjellal aux affaires bédéphiles après sa parenthèse rugby [il a dirigé et dynamisé le Racing Club de Toulon en faisant venir des stars mondiales de ce sport et en le faisant remonter en division 1] te ravit. J'ai comme l'impression qu'il jouait ce rôle de garde-fou qui vous a manqué ces derniers temps… En ce qui le concerne, ça n'a pas été que le rugby… Il est vrai que cette période correspond au moment où il s'est lancé à corps perdu dans l'organisation de sa propre diffusion avec la structure Delsol, puis dans son partenariat avec Gallimard pour relancer Futuropolis. Du coup, j'ai perdu mon référent dans ma maison Soleil… Mais depuis un ou deux mois, il est très présent et je suis content de ne plus avoir d'éditeur fantôme ! (Rires.) Ce n'est pas pour autant que la petite structure qui depuis s'est montée autour de moi à Aix-en-Provence va s'arrêter.
Est-ce que cette structure située à l'atelier Gottferdom ne vous éloigne pas encore plus de la maison mère située à Toulon ? Elle me sert surtout de tampon en m'évitant de m'énerver quand j'ai besoin de certaines choses en urgence… Je ne veux plus gérer les choses en direct avec les gens de Soleil !
Un bilan de Lanfeust Mag ? Le journal est rentable depuis bien longtemps, même si son objectif principal est de pouvoir attirer de nouveaux auteurs, en plus de s'amuser et de faire de l'image pour le groupe Soleil. Les ventes étant stables depuis un bon moment, nous allons tenter une nouvelle expérience à partir de la rentrée pour redynamiser tout cela…
Racontez-moi… Tout en gardant une même diffusion pour la revue [40 000 exemplaires pour des ventes autour de 25/28 000 exemplaires en moyenne], nous allons éditer Lanfeust Mag Ultimate, une version concentrée de 64 pages, petit format, " papier-cul " et à deux euros. Ce sera une sorte de best-of du journal principal.
Pourquoi tenter cela ? Comme nous stagnons en termes de ventes, nous nous sommes dit que le prix de vente et l'objet étaient peut-être des éléments trop importants pour trouver un public plus jeune. Le tirage sera de 60 à 80 000 exemplaires et nous nous donnons six mois pour réussir ! C'est tout le charme de travailler avec Mourad qui est toujours partant pour une nouvelle aventure.
…Aventure qui aurait pu aller encore plus loin si Mourad avait racheté, comme prévu, la filiale BD d'Albin Michel et donc L'Écho des Savanes dont il vous avait demandé d'en être le rédacteur en chef… L'idée m'a titillé l'espace d'une soirée ! Cela m'intéressait surtout de faire partie du comité de rédaction. Mais, Rédacteur en chef, non !
Quatre fines lames
Retrouvez ici, chaque semaine, l'interview d'un des 22 auteurs "indispensables" du dossier Nouvelle Vague publié dans le [dBD] n°25... On ouvre le bal avec le suisse Frédérik Peeters. Suivront, durant tout le mois de juillet, Mathieu Bonhomme, Christian de Metter et Fabien Nury. Questionnaire réalisé par Frédéric Bosser
>>> LIRE L'INTERVIEW DE F. PEETERS... <<< Peeters, le virtuose… Il se dit de lui qu'il sait tout faire. Scénario ou dessin, la palette de Frederik est immense. Pilules bleues est déjà, un album incontournable du 9e art. Nul doute qu'il sera le prochain auteur Suisse, Grand Prix d'Angoulême… Quel fut votre premier contact avec la BD ? Probablement Petzi de Carla Hansen. Quelle est votre formation dans le domaine ? Autodidacte. Pourquoi avoir choisi la bande dessinée comme moyen d'expression ? Il semblerait bien que ce soit elle qui m'ait choisi. Il faudrait pouvoir lui poser la question. Je sais que je fais de la BD depuis que j'ai l'âge d'avoir des souvenirs. Quels sont vos maîtres dans le domaine de la bande dessinée (franco-belge, comics, manga) ? Ni dieu ? , ni maître. Mais de grandes étapes. Tintin dans l'enfance. Moebius et Akira à l'adolescence. Chris Ware et l'underground américain à vingt ans. Dans celui du dessin ou de l'illustration ? Impossible à dire. La grotte Lascaux et la grotte Chauvet, peut-être. Et j'adore les portraits au stylo bille de David Hockney. De la peinture ? Vermeer, par chauvinisme paternel, Hodler et Valloton, par chauvinisme maternel. L'art brut aussi, il y a un magnifique musée installé à Lausanne. Du cinéma ? La comédie classique américano-européenne, Lubitsch, Wilder et Mankiewicz. Les séries B et Z américaines et japonaises des années 60 et 70. Le cinéma d'horreur. Buñuel. Truffaut. C'est impossible à dire. Depuis un moment, je regarde souvent Network de Lumet, Sleuth de Mankiewicz, Trouble in Paradise de Lubitsch. De la littérature ? J'aime beaucoup les grands suisses, Dürrenmatt, Max Frisch. Quelques classiques, Hugo, Dumas, Zweig, Bataille. J'ai beaucoup lu d'américains, Jim Harrison, Brautigan, Fante, Hammett, Auster, Mailer, Bradbury. Dernièrement, les meilleurs livres que j'aie lus sont Habitus de James Flint, Solaris de Stanislas Lem, La peste écarlate de Jack London, ou Le soleil n'est pas pour nous de Léo Malet par exemple. Si vous pouviez prendre à chacun un aspect de son talent, lequel choisiriez-vous ? De tous ces cinéastes, je prendrais avant tout la culture classique. La culture de ma génération est pop et télévisuelle. Je prendrais bien une louche de grande culture classique. Quel fut votre premier dessin paru ? Aucune idée. Je fabriquais des autocollants que je vendais à l'école primaire. Je ne me rappelle pas de mon premier dessin professionnel. Quel regard ou souvenir en gardez-vous ? Le souvenir que mes dessins me donnaient un rôle, un statut social. Si vous aviez à le refaire, comment procèderiez-vous ? Je referais la même chose. Je ne regarde pas en arrière. Quel fut votre premier album paru ? Fromage et confiture, chez Atrabile. Le dernier album paru ? Ruminations, chez Atrabile. Comment voyez-vous votre évolution entre ces deux albums ? Manque de bol, Ruminations est un recueil de vieilles histoires courtes, dont certaines datent de l'époque de ce premier album. Mais la principale différence, c'est que je suis passé du fonctionnement de dilettante passionné à celui de professionnel pressé. Votre album préféré parmi ceux que vous avez dessinés ? Pourquoi ? Lupus 2 et Lupus 4. Parce qu'ils sont les plus proches de ce que j'avais en tête, et que j'ai le souvenir d'un plaisir, d'une liberté et d'une évasion inégalés jusque-là. Votre album le moins abouti ? Pourquoi ? Brendon Bellard, mon deuxième livre chez Atrabile, parce que l'objet final est raté, le format et la couverture ne sont pas adéquats. Auriez-vous aimé connaître l'ambiance de magazines comme Tintin, Spirou puis Métal Hurlant, Pilote… ? Si oui, pensez-vous que cela vous aurait permis de progresser plus vite et d'être davantage motivé au quotidien ? Je ne sais pas si j'aurais géré facilement le travail en groupe, je suis un solitaire, et je ne manque pas de motivation, juste de temps. De toute façon, je ne me pose jamais ce genre de questions, ça ne sert à rien. Si j'avais vécu à cette époque, j'aurais peut-être fini en ermite ou en Jacques Séguéla, allez savoir. Dans vos rêves les plus fous, avec qui aimeriez-vous travailler ? Je n'ai pas une nature de groupie. Mes rêves les plus fous, j'essaie de les intégrer à mes histoires. Votre prochain projet ou parution ? Le sixième et dernier Koma qui paraît aux Humanoïdes Associés en septembre.
Peeters, le virtuose… Il se dit de lui qu'il sait tout faire. Scénario ou dessin, la palette de Frederik est immense. Pilules bleues est déjà, un album incontournable du 9e art. Nul doute qu'il sera le prochain auteur Suisse, Grand Prix d'Angoulême…
Quel fut votre premier contact avec la BD ? Probablement Petzi de Carla Hansen.
Quelle est votre formation dans le domaine ? Autodidacte.
Pourquoi avoir choisi la bande dessinée comme moyen d'expression ? Il semblerait bien que ce soit elle qui m'ait choisi. Il faudrait pouvoir lui poser la question. Je sais que je fais de la BD depuis que j'ai l'âge d'avoir des souvenirs.
Quels sont vos maîtres dans le domaine de la bande dessinée (franco-belge, comics, manga) ? Ni dieu ? , ni maître. Mais de grandes étapes. Tintin dans l'enfance. Moebius et Akira à l'adolescence. Chris Ware et l'underground américain à vingt ans.
Dans celui du dessin ou de l'illustration ? Impossible à dire. La grotte Lascaux et la grotte Chauvet, peut-être. Et j'adore les portraits au stylo bille de David Hockney.
De la peinture ? Vermeer, par chauvinisme paternel, Hodler et Valloton, par chauvinisme maternel. L'art brut aussi, il y a un magnifique musée installé à Lausanne.
Du cinéma ? La comédie classique américano-européenne, Lubitsch, Wilder et Mankiewicz. Les séries B et Z américaines et japonaises des années 60 et 70. Le cinéma d'horreur. Buñuel. Truffaut. C'est impossible à dire. Depuis un moment, je regarde souvent Network de Lumet, Sleuth de Mankiewicz, Trouble in Paradise de Lubitsch.
De la littérature ? J'aime beaucoup les grands suisses, Dürrenmatt, Max Frisch. Quelques classiques, Hugo, Dumas, Zweig, Bataille. J'ai beaucoup lu d'américains, Jim Harrison, Brautigan, Fante, Hammett, Auster, Mailer, Bradbury. Dernièrement, les meilleurs livres que j'aie lus sont Habitus de James Flint, Solaris de Stanislas Lem, La peste écarlate de Jack London, ou Le soleil n'est pas pour nous de Léo Malet par exemple.
Si vous pouviez prendre à chacun un aspect de son talent, lequel choisiriez-vous ? De tous ces cinéastes, je prendrais avant tout la culture classique. La culture de ma génération est pop et télévisuelle. Je prendrais bien une louche de grande culture classique.
Quel fut votre premier dessin paru ? Aucune idée. Je fabriquais des autocollants que je vendais à l'école primaire. Je ne me rappelle pas de mon premier dessin professionnel.
Quel regard ou souvenir en gardez-vous ? Le souvenir que mes dessins me donnaient un rôle, un statut social.
Si vous aviez à le refaire, comment procèderiez-vous ? Je referais la même chose. Je ne regarde pas en arrière.
Quel fut votre premier album paru ? Fromage et confiture, chez Atrabile.
Le dernier album paru ? Ruminations, chez Atrabile.
Comment voyez-vous votre évolution entre ces deux albums ? Manque de bol, Ruminations est un recueil de vieilles histoires courtes, dont certaines datent de l'époque de ce premier album. Mais la principale différence, c'est que je suis passé du fonctionnement de dilettante passionné à celui de professionnel pressé.
Votre album préféré parmi ceux que vous avez dessinés ? Pourquoi ? Lupus 2 et Lupus 4. Parce qu'ils sont les plus proches de ce que j'avais en tête, et que j'ai le souvenir d'un plaisir, d'une liberté et d'une évasion inégalés jusque-là.
Votre album le moins abouti ? Pourquoi ? Brendon Bellard, mon deuxième livre chez Atrabile, parce que l'objet final est raté, le format et la couverture ne sont pas adéquats.
Auriez-vous aimé connaître l'ambiance de magazines comme Tintin, Spirou puis Métal Hurlant, Pilote… ? Si oui, pensez-vous que cela vous aurait permis de progresser plus vite et d'être davantage motivé au quotidien ? Je ne sais pas si j'aurais géré facilement le travail en groupe, je suis un solitaire, et je ne manque pas de motivation, juste de temps. De toute façon, je ne me pose jamais ce genre de questions, ça ne sert à rien. Si j'avais vécu à cette époque, j'aurais peut-être fini en ermite ou en Jacques Séguéla, allez savoir.
Dans vos rêves les plus fous, avec qui aimeriez-vous travailler ? Je n'ai pas une nature de groupie. Mes rêves les plus fous, j'essaie de les intégrer à mes histoires.
Votre prochain projet ou parution ? Le sixième et dernier Koma qui paraît aux Humanoïdes Associés en septembre.
>>> LIRE L'INTERVIEW DE M.BONHOMME... <<< Bonhomme, le surclassé… Trop jeune, Matthieu n’aurait pas dû faire partie de cette liste des 22 mais son talent est tel que nous avons osé le surclasser ! Quelqu’un ose nous contredire ? Quel fut votre premier contact avec la BD ? Je ne sais plus ! J'étais super jeune. Il y a toujours eu des BD à la maison. Du plus loin que je me souvienne, c'est Lucky Luke que je préférais. Je le " lisais " avant même de savoir lire. C'est le premier livre avec lequel j'ai été totalement autonome. Quelle est votre formation dans le domaine ? J'ai fait des écoles d'art, bien sûr. Mais bizarrement pas trop dans le domaine de l'image, ce qui a dû générer beaucoup de frustrations. Dès que j'ai pu, j'ai foncé vers le dessin et la BD avec appétit, voire une faim de loup. Que vous a-t-elle appris ? Qu'est-ce qu'on apprend dans une formation artistique ? À voir, à juger, à déchiffrer, à s'exprimer… Quel que soit le métier, à l'arrivée. Si votre enseignement vous a été délivré par un professionnel, qui était-ce et que vous at- il transmis de fondamental ? Après l'école, j'ai eu la chance de passer pas mal de temps avec Christian Rossi, puis avec Jean-Claude Mézières. Avec eux, j'ai appris ce que l'école d'art ne m'avait pas enseigné -vu qu'à l'époque faire de la BD était une tare : on n'en parlait même pas -c'est à dire tout ce qui a un rapport avec l'idée de narration, de mise en scène, de jeu de personnages, etc.… Des auteurs très exigeants et super pédagogues. Deux héritiers des conseils de Jijé ! Pourquoi avoir choisi la bande dessinée comme moyen d'expression ? Pour le plaisir du dessin d'abord. Et, assez rapidement, c'est l'idée que cela serve à raconter une histoire qui m'a enthousiasmé. Faire exister des évènements et des personnages imaginaires. Quels sont vos maîtres dans le domaine de la bande dessinée (franco-belge, comics, manga) ? Je me suis toujours nourri de franco-belges. On peut citer Peyo, Morris, Hergé, Jean Giraud, Pratt. J'ai découvert ensuite d'où ils venaient et j'ai goûté les Milton Caniff et Alex Raymond… Plus tardivement, j'ai aussi pris ma baffe avec Akira et j'ai commencé à regarder attentivement le manga. Dans celui du dessin ou de l'illustration ? … De la peinture ? Vermeer, Velasquez, Picasso, etc… Du cinéma ? Francis Ford Coppola, Roman Polanski, Stanley Kubrick, Kurosawa… Si vous pouviez prendre à chacun un aspect de son talent, lequel choisiriez-vous ? La classe absolue. Dans la narration, la vision, l'intention sûre et précise. Quel fut votre premier dessin paru ? Un dessin pour l'affiche d'un bal pour une école de commerce. Quel regard ou souvenir en gardez-vous ? C'est la pire " daube " jamais sortie de ma main droite. Si vous aviez à le refaire, comment procèderiez-vous ? Aujourd'hui, je ne le referais même pas. Quel fut votre premier album paru ? Le Marquis d'Anaon, tome 1 chez Dargaud. Le dernier album paru ? Le Marquis d'Anaon, tome 5, toujours chez Dargaud. Comment voyez-vous votre évolution entre ces deux albums ? Une sacrée évolution ! Entre tous les albums du Marquis, mais aussi des autres albums et séries réalisés. Une avancée vers une certaine liberté graphique, des découvertes, la confiance en moi, plus de plaisir, aussi, parfois. Votre album préféré parmi ceux que vous avez dessinés ? Pourquoi ? C'est super dur de répondre à cette question. À chaque fois j'essaie de me donner à fond pour être le plus satisfait possible. J'ai une petite préférence pour les albums dont j'ai aussi écrit le scénario. Une tendresse particulière… Votre album le moins abouti ? Pourquoi ? No comment… Auriez-vous aimé connaître l'ambiance de magazines comme Tintin, Spirou puis Métal Hurlant, Pilote… ? Si oui, pensez-vous que cela vous aurait permis de progresser plus vite et d'être davantage motivé au quotidien ? Oui, j'aurais adoré. Mais même si je n'ai pas vécu ces aventures, j'ai vécu celle (trop courte) du journal Capsule Cosmique. C'était vraiment quelque chose. Ca m'a motivé et fait progresser, énormément. Y compris intérieurement. Dans vos rêves les plus fous, avec qui aimeriez-vous travailler ? Je ne sais pas. Actuellement j'aimerais surtout avoir plus le temps pour écrire et développer de nouveaux projets entièrement perso. Votre prochain projet ou parution ? Bientôt, le prochain Messire Guillaume, le tome 3, qui clôt la première histoire de cette passionnante série !
Bonhomme, le surclassé…
Trop jeune, Matthieu n’aurait pas dû faire partie de cette liste des 22 mais son talent est tel que nous avons osé le surclasser ! Quelqu’un ose nous contredire ?
Quel fut votre premier contact avec la BD ? Je ne sais plus ! J'étais super jeune. Il y a toujours eu des BD à la maison. Du plus loin que je me souvienne, c'est Lucky Luke que je préférais. Je le " lisais " avant même de savoir lire. C'est le premier livre avec lequel j'ai été totalement autonome.
Quelle est votre formation dans le domaine ? J'ai fait des écoles d'art, bien sûr. Mais bizarrement pas trop dans le domaine de l'image, ce qui a dû générer beaucoup de frustrations. Dès que j'ai pu, j'ai foncé vers le dessin et la BD avec appétit, voire une faim de loup.
Que vous a-t-elle appris ? Qu'est-ce qu'on apprend dans une formation artistique ? À voir, à juger, à déchiffrer, à s'exprimer… Quel que soit le métier, à l'arrivée.
Si votre enseignement vous a été délivré par un professionnel, qui était-ce et que vous at- il transmis de fondamental ? Après l'école, j'ai eu la chance de passer pas mal de temps avec Christian Rossi, puis avec Jean-Claude Mézières. Avec eux, j'ai appris ce que l'école d'art ne m'avait pas enseigné -vu qu'à l'époque faire de la BD était une tare : on n'en parlait même pas -c'est à dire tout ce qui a un rapport avec l'idée de narration, de mise en scène, de jeu de personnages, etc.… Des auteurs très exigeants et super pédagogues. Deux héritiers des conseils de Jijé !
Pourquoi avoir choisi la bande dessinée comme moyen d'expression ? Pour le plaisir du dessin d'abord. Et, assez rapidement, c'est l'idée que cela serve à raconter une histoire qui m'a enthousiasmé. Faire exister des évènements et des personnages imaginaires.
Quels sont vos maîtres dans le domaine de la bande dessinée (franco-belge, comics, manga) ? Je me suis toujours nourri de franco-belges. On peut citer Peyo, Morris, Hergé, Jean Giraud, Pratt. J'ai découvert ensuite d'où ils venaient et j'ai goûté les Milton Caniff et Alex Raymond… Plus tardivement, j'ai aussi pris ma baffe avec Akira et j'ai commencé à regarder attentivement le manga.
Dans celui du dessin ou de l'illustration ? …
De la peinture ? Vermeer, Velasquez, Picasso, etc…
Du cinéma ? Francis Ford Coppola, Roman Polanski, Stanley Kubrick, Kurosawa…
Si vous pouviez prendre à chacun un aspect de son talent, lequel choisiriez-vous ? La classe absolue. Dans la narration, la vision, l'intention sûre et précise.
Quel fut votre premier dessin paru ? Un dessin pour l'affiche d'un bal pour une école de commerce.
Quel regard ou souvenir en gardez-vous ? C'est la pire " daube " jamais sortie de ma main droite.
Si vous aviez à le refaire, comment procèderiez-vous ? Aujourd'hui, je ne le referais même pas.
Quel fut votre premier album paru ? Le Marquis d'Anaon, tome 1 chez Dargaud.
Le dernier album paru ? Le Marquis d'Anaon, tome 5, toujours chez Dargaud.
Comment voyez-vous votre évolution entre ces deux albums ? Une sacrée évolution ! Entre tous les albums du Marquis, mais aussi des autres albums et séries réalisés. Une avancée vers une certaine liberté graphique, des découvertes, la confiance en moi, plus de plaisir, aussi, parfois.
Votre album préféré parmi ceux que vous avez dessinés ? Pourquoi ? C'est super dur de répondre à cette question. À chaque fois j'essaie de me donner à fond pour être le plus satisfait possible. J'ai une petite préférence pour les albums dont j'ai aussi écrit le scénario. Une tendresse particulière…
Votre album le moins abouti ? Pourquoi ? No comment…
Auriez-vous aimé connaître l'ambiance de magazines comme Tintin, Spirou puis Métal Hurlant, Pilote… ? Si oui, pensez-vous que cela vous aurait permis de progresser plus vite et d'être davantage motivé au quotidien ? Oui, j'aurais adoré. Mais même si je n'ai pas vécu ces aventures, j'ai vécu celle (trop courte) du journal Capsule Cosmique. C'était vraiment quelque chose. Ca m'a motivé et fait progresser, énormément. Y compris intérieurement.
Dans vos rêves les plus fous, avec qui aimeriez-vous travailler ? Je ne sais pas. Actuellement j'aimerais surtout avoir plus le temps pour écrire et développer de nouveaux projets entièrement perso.
Votre prochain projet ou parution ? Bientôt, le prochain Messire Guillaume, le tome 3, qui clôt la première histoire de cette passionnante série !
>>> LIRE L'INTERVIEW DE C.DE METTER... <<< ... à venir
... à venir
>>> LIRE L'INTERVIEW DE F.NURY... <<< ... à venir
Premiers jeux trollympiques
C'est dans son palais d'Eckmül qu'a germé dans le cerveau malade du vénérable (et cruel) Rysta Fuquatou l'idée de créer une race de Trolls enchantés encore plus puissants que les autres afin de pouvoir enfin les vaincre. Pour arriver à ses fins, le diabolique sorcier a besoin des gènes d'une dizaine de Trolls parmi les plus forts. Afin de les sélectionner discrètement avant de les capturer, il a l'idée d'organiser des jeux trollympiques dans le plus grand secret. Toutes les peuplades Trolls se rendent en toute confiance dans la région sauvage des monts Locaces où doivent se dérouler ces premières trollympiades. Waha, Pröfy, Rocken et leurs amis sont bien sûr de la fête. Une fête qui va bien vite se révéler désastreuse pour Rysta Fuquatou. Surfant sur la vague olympique Christophe Arleston signe un scénario délirant où les gags pleuvent au même rythme endiablé que les coups. Mourier nous régale plus que jamais, créant de nouvelles tribus Trolls, toutes plus savoureuses les unes que les autres. Un grand moment dans l'histoire du peuple Troll qui devrait réjouir tous ceux qui suivent les turpitudes de ces personnages gros, velus, cruels et puants... et pourtant si attachants. Henri Filippini
Album souple - 48 pages couleur - sortie en juillet
Quelles sont vos autres lectures BD ? Je suis très bandes dessinées d'aventure : Blueberry, Thorgal, XIII, Largo Winch. Je me souviens encore de cet épisode de Largo qui paraissait en avant-première dans Télé 7 jours. Quand de nouveaux XIII ou Largo Winch paraissent, ce sont vraiment des événements ! Dans les nouvelles séries, j'aime Alpha, IRS, Corda, Vlad, Chinaman, Lady S. Jean Van Hamme, scénariste de nombreuses de ces séries, est pour moi un génie et j'aimerais beaucoup le rencontrer. Je lui dirais aussi tout le bien des premiers tomes de Wayne Shelton...
Connaissez-vous personnellement certains auteurs ? J'ai connu Yves Sente qui est un homme très sympa et j'ai surtout très bien connu Didier Christmann quand il était directeur éditorial chez Dargaud. Il m'a fait découvrir plein de choses et nous sommes ensuite devenus copains.
Je vois que vous avez également des albums des éditions Rombaldi… Oui, j'ai ainsi les collections complètes de Tintin, d'Alix, de Lucky Luke…
Et même de Manara… Oui, pour avoir un peu d'érotisme léger… (Rires.)
Vous ne m'avez pas mentionné l'école Pilote, ses auteurs ne font pas partie de votre univers ? Si, bien évidemment, j'ai tout Astérix. Iznogoud, pour moi, c'est magique. Tout comme Buck Danny. J'aime toutes ces vieilles séries.
Que pensez-vous de la BD aujourd'hui ? Il n'y a pas assez de BD autour du sport à mon goût. La dernière qui m'ait vraiment marqué c'est Eric Castel [Dupuis] de Raymond Reding mais elle date. Je me souviens de l'histoire de ce joueur qui était au PSG et qui partait au Barça. Malheureusement, quand j'ai découvert cette série, son auteur venait de décéder.
Quel est votre style BD de manière générale ? On va dire que je suis très grande aventure. Je n'aime pas les trucs avec des bestioles, ceux qui se passent dans la stratosphère. Pour moi, il faut de bonnes vieilles histoires. J'aime lire en BD l'équivalent des polars ou des westerns que je vais voir au cinéma. En revanche, je suis un lecteur fidèle. Quand je commence une série, je vais au bout, l'éditeur peut compter sur moi ! (Rires.)
Des rêves bédéphiles ? J'aimerais aller à Angoulême voir comment cela se passe de l'intérieur. J'ai été invité une fois au festival de Charleroi avec Pierre Arditi et c'est un très beau souvenir. C'était extraordinaire de voir Spirou avec le Marsupilami à l'entrée de la ville.
Comprenez-vous que le 9e art soit quelque peu dévalorisé par rapport à d'autres milieux artistiques ? Je suis heureux que cet art sorte de l'anonymat car il mérite d'être reconnu. Certains dessinateurs font des choses extraordinaires. Des collections comme Largo ou XIII sont tellement proches de la réalité au niveau du dessin que c'en est bluffant. Je pense qu'aujourd'hui il y a une reconnaissance du milieu de la BD. On en parle dans les journaux alors qu'avant il fonctionnait uniquement par le bouche-à-oreille.
Vous n'avez jamais eu envie de compléter votre collection en achetant des originaux ? Je le ferais certainement si j'avais un grand appartement avec une pièce réservée pour la BD. Avoir des originaux, c'est le nec plus ultra ! En revanche, je suis depuis toujours " très autographe ". C'est une de mes passions. Aux États-Unis, il y a des boutiques dédiées avec des photos dédicacées. Au moment de la coupe du Monde en Amérique en 1994, j'ai découvert une boutique où il avait presque tout et notamment deux photos côte à côte en devanture. L'une représentait Hitler, l'autre Geronimo. Cette dernière valant 80 000 dollars était plus chère que celle d'Hitler qui était autour de 55 000 ! Je me souviens avoir acheté ma première photo encadrée et dédicacée chez ce marchand. C'était une photo des trois astronautes qui avaient marché sur la lune. Ensuite, j'ai collectionné les photos d'acteurs que j'aime -ou des vieux que j'ai aimés tels que Marilyn Monroe, John Wayne, Humphrey Bogart, Clark Gable- et, pour me donner bonne conscience… celles des présidents des États-Unis. Aujourd'hui, à part Bush, je les ai tous jusqu'à Hoover [Président de 1929 à 1933]. Le problème, c'est qu'à partir de certaines dates, il n'y a plus de photo. Il y a également une boutique formidable à New York où je peux trouver des lettres mais elles valent très chers alors je fais des économies et quand je peux… boum, j'achète. Il va falloir que je travaille encore un peu (Rires.).
À propos de Pilote, je vois que vous avez le numéro Spécial Mai 68 ? Oui, j'ai acheté celui avec la couverture Western [Numéro paru avec deux couvertures : l'une signée Cabu, l'autre Giraud]. J'aime découvrir les nouveaux talents.
Que trouve-t-on dans cette seconde bibliothèque dont vous n'avez pas parlé ? J'ai l'ensemble des intégrales de Barbe Rouge que j'adore mais je suis désespéré, le numéro XI est paru depuis très longtemps… je suis certain qu'il y a de quoi faire un numéro XII (Rires.). On y trouve aussi Pin Up de Yann et Berthet, Blek le roc [La BD préférée d'Aimé Jacquet], Murena, Intox, INRI, Bouncer, Blake & Mortimer, Les maîtres le l'orge, La Croix de Cazenac, Le Scorpion, l'Epervier, Les Rochester qui est parfait pour mon côté British. (Rires.).
La collection est donc terminée ? Il me reste une toute petite place dans la bibliothèque, mais à la limite je peux virer la valise qui s'y trouve [geste à l'appui]… J'adore la BD, le problème est qu'il faut avoir de la place pour la stocker ! J'en ai déjà planquées un peu partout chez moi…
Le mot de la fin ? Elle n'a rien à voir avec la BD mais c'est une phrase qui m'a fait beaucoup rire. L'autre jour, j'étais dans un bistro et je vois marqué derrière la caisse " ici c'est comme au PSG, on marque pas, on encaisse ! " (Rires.)…
L'amateur d'art
Partant du principe que la cote des artistes contemporains ne peut rivaliser avec les grands classiques de par leurs raretés [la plupart des toiles sont dans des musées], le professeur Harding met à profit ses connaissances scientifiques pour voyager dans le temps et rencontrer les plus grands peintres du passé comme Rembrandt ou Van Gogh. Malheureusement pour lui, " amateur et collectionneur richissime d'art " ne rime pas spécialement avec " connaisseur de l'histoire de l'art et de son marché ". Résultat, il revient souvent de ses incartades soit bredouille, soit avec de véritables croûtes… Mais force est de constater qu'il ne lâche jamais une affaire et qu'il n'hésite pas à utiliser sa machine pour arriver à ses fins ! Si le duo Adam / Midam signe là son premier album chez Soleil et sa collection Quadrants, (après avoir fait ses preuves et ses gammes sur la série Game over parue chez Dupuis), il n'a aucunement perdu son humour et sa complicité. On sourit beaucoup en suivant ces aventures du Professeur Harding, " la faute " à des dialogues de qualité, à un rythme enlevé et à des histoires de très bonne tenue. Chaque récit [il y en aura en moyenne 4 à 6 par album] profite des non-dits du passé et réinvente une fraction de vie restée méconnue d'un peintre. Une vraie friandise… qui revisite nos connaissances en art ! Frédéric Bosser
Album cartonné - 56 pages couleur - disponible
Un beau bazar
Voilà quelqu'un qui sait dessiner à merveille le désordre. Nous serions presque tenté de ranger le salon de son héroïne, Aude, tellement Camille Jourdy arrive à nous faire toucher du doigt l'anarchie qui règne évidemment dans cette pièce sens dessus dessous mais aussi dans le cerveau embrumé de la nièce de Rosalie Blum. Nous retrouvons donc la mystérieuse épicière du premier tome qui obtient dans ce second volume un rôle plus conséquent. Comme elle l'avait déjà fait dans Une araignée, des tagliatelles et au lit, tu parles d'une vie [Drozophile], l'auteure construit un récit à plusieurs voix qui s'entremêlent autour de personnages médiocres à la fragilité discrète. Tout l'art de Camille Jourdy se trouve justement dans cet exercice d'équilibriste qu'elle réussit parfaitement : donner vie à des gens de peu sans se moquer d'eux, en insufflant un brin de folie à chacun. Dans l'épisode 1, on entrait dans l'existence monotone d'un jeune coiffeur d'une ville de Province qui suit Rosalie Blum dans la rue sans savoir précisément pourquoi. Dans le tome 2, on se retrouve au même moment mais du côté de Rosalie, ce qui fait monter le suspense. La fin de cette trilogie nous apportera le fin mot de cette histoire très originale. Frédérique Pelletier
Album cartonné - 128 pages couleur - disponible
Le code secret de la vie, puisque c'est la mort
Il est probable que Thomas Ott aime chahuter la vision Kafkaïenne du monde. Avec 73304-23- 4153-6-96-8, on peut même dire qu'il tente de prendre cet univers littéraire à son propre jeu en retournant ses codes. Chez Kafka, l'Homme est par nature déboussolé, perdu, face à une société complexe. Plus il cherche et plus il s'égare dans l'absurde des rouages, parfois même dans la folie. Chez Ott, c'est un peu la même chose, sauf que cela ne fonctionne pas du tout de la même manière. C'est ce que découvre le héros de son dernier livre, un bourreau de prison qui retrouve aux pieds de la chaise électrique un morceau de papier, probablement échu de la poche de son dernier travail. Une étrange suite de numéro y est inscrite, sorte de cryptogramme abscons. Sans trop en dévoiler sur l'intrigue, il faut savoir que ces chiffres vont trouver du sens. Mieux, ils vont devenir une sorte de code, une clé, pour naviguer dans la société et s'acheminer vers la réussite, quelle soit amoureuse, humaine ou financière. Or, c'est précisément au sommet du bonheur, après avoir retourné Kafka comme une chaussette, que Thomas Ott le retrouve pour achever son histoire en beauté. Autant dire que si cela n'étonne en rien, le sordide de la conclusion appuie de tout son poids, accouché par une narration muette et un blanc sur noir esthétique et pesant. La virtuosité plastique de Ott saute en une fraction de seconde aux yeux. Mais il faut parcourir un de ses livres en entier pour vraiment en comprendre la perversité. Stéphane Beaujean
Album broché souple - 142 pages n&b - disponible
La fin de l'innocence
Que de références cinématographiques pour cette première collaboration entre le scénariste Appollo [Biotope, Fantômes blancs, La grippe coloniale, etc.] et le dessinateur Stéphane Oiry [Les passe-murailles] ! L'album commence comme un road-movie tragique à la Thelma et Louise, puis glisse vers l'étude de moeurs façon 37°2 de Beineix (sans son aspect charnel néanmoins) avant de se terminer comme un de ces films gore qu'affectionnent les pré-ados. Alors qu'en fin de compte, on est loin de tout ça : si Pauline et Angus (ni l'un ni l'autre n'est majeur) tracent la route dans une voiture volée, c'est parce que ce dernier croit avoir tué le père de sa belle. Les amoureux échouent dans une petite station balnéaire de Vendée. Pauline y trouve un job dans une conserverie, tandis qu'Angus (son vrai prénom, c'est Jean- Christophe) s'ennuie ferme. D'abord fusionnelle, leur relation se heurte peu à peu à la précarité et à la morosité de leur nouvelle situation. D'autant que Pauline refuse de coucher avec son copain, pourtant en proie à un désir intense. Tout va basculer en une nuit, alors que le jeune couple participe à une fiesta impromptue organisée, dans les bois, par un groupe de Hell's Angels locaux. Sobre et efficace, le récit témoigne de la cruauté du passage à l'âge adulte, la brutale disparition des repères familiaux accélérant cette transition. Formellement très abouti, souvent poignant, l'album trouble en renvoyant chaque lecteur à sa propre expérience... humaine, et sentimentale. Olivier Mimran
Album cartonné - 74 pages couleur - disponible
Qui pourra arrêter Lucrèce ?
Depuis que le Dr Bergholm a établi sous le troisième Reich que l'évolution de l'homme le poussait inévitablement au suicide et qu'il a découvert une première génération d'inhumains, la nature a donné naissance à une seconde génération d'inhumains dont la brune terroriste India Allen est l'égérie. Responsable de plus de 100.000 victimes au cours des attentats qu'elle a commis à travers le monde, la belle India est traquée par le photographe de guerre Seb Christie qui inlassablement parvient à déjouer ses projets. Contaminé par le sang d'India Allen, l'intrépide photographe prend conscience que la mystérieuse Lucrèce, guide des inhumains, souhaite se débarrasser de la jeune femme devenue dangereuse. Seb Christie est désormais persuadé qu'il est le seul a pouvoir encore arrêter ceux qui menacent d'exterminer l'évolution de la planète. Stephen Desberg écrit un scénario dynamique et fort, riche en réflexion sur les peurs de l'humain face aux caprices de la nature. Le dessin réaliste de Francis Vallès sert harmonieusement ce récit ambitieux qui devrait séduire les amateurs de thrillers insolites. Henri Filippini
Album cartonné - 48 pages couleur - sortie en juillet
L'amour à mort
Simon est un chercheur passionné, malheureusement pour Anne sa petite amie. Surtout lorsqu'elle décide de le quitter, lassée de l'avoir continuellement sur le dos. L'amour asphyxiant de cet homme inquiète dès les premières pages. Et pourtant ce ne sont que les prémices d'un drame inimaginable. Très librement inspirée de la nouvelle de Georges Langelaan La mouche noire, qui inspira David Cronenberg, La Cellule est donc une bande dessinée particulièrement sombre. La sobriété du dessin et de la mise en scène de Guillaume Long distille rapidement une impression de malaise. Ce trait simple, entièrement au service de la narration, force le lecteur à se concentrer sur la psychologie de ce scientifique qui perd littéralement pied avec la réalité. Le jeune dessinateur prend son temps pour dépeindre le cerveau malade de ce surdoué mais sans jamais verser dans le mélo. Chaque étape de sa folie est consciencieusement décryptée, parfois avec malice d'ailleurs, de manière à rendre crédible la chute fantastique. Ce récit d'une grande intensité fonctionne à la perfection grâce à cette frontière opaque entre le réel et l'irréel. Frédérique Pelletier
Album cartonné - 112 pages couleur - disponible
Une promesse est une promesse
Bouncer, fils de White Elk, a hérité de la charge de gardien des territoires sacrés de la réserve apache de Toro Negro. Cette fonction sera officialisée après un dernier combat avec Oso Loco, le meilleur des guerriers de la tribu. À peine cette formalité accomplie, il apprend que le capitaine Gallagher et le Lieutenant Wild ont envoyé un chariot plein de whisky vers la réserve apache, histoire de saouler les indiens avant de les massacrer. Trop tard ! Il n'arrivera dans la réserve que quelques minutes avant l'attaque et il ne trouvera son salut qu'en s'échappant par la rivière souterraine, indiquée par Sakajawea, la fille de Toro Négro. Remis de ses émotions, il lui fait le serment de massacrer un à un les soldats responsables de cette tuerie… N'est-ce pas la moindre des choses quand on est censé être le gardien de ces territoires ? Que dire de plus que tout ce qui s'est d'ores et déjà dit sur cette mythique série. Que c'est un pur chef-d'oeuvre du 9e art ; que l'approche graphique et la narration de François Boucq sont des modèles du genre -pire, c'est de mieux en mieux- ; que les idées de Jodorowsky sont toujours aussi originales et que les dialogues sont d'une efficacité redoutable. C'est de la bande dessinée comme on aimerait en lire tous les jours. Quoi, vous n'êtes pas encore parti chez votre libraire chercher ce nouveau tome d'un cycle de deux ? Exigeant va ! Frédéric Bosser
Idylle Aquatique
Jeune garçon timide souffrant de scoliose, le héros de ce récit (dont on ignore le nom) suit les conseils de son kiné et se rend chaque mercredi à la piscine, en traînant les pieds, afin d'y pratiquer le dos crawlé. Sa rencontre avec une jolie nageuse brune qui a abandonné la compétition lui permet de prendre goût à ces séances. Entre les deux jeunes gens, la maladresse des premières rencontres cède peu à peu la place à une attirance mutuelle. L'évolution des rapports entre les deux personnages est faite de silences, de regards complices, de gestes simples, qui en disent longs sur leur découverte de l'amour. Lieu unique de cette idylle naissante, la piscine est omniprésente tout au long de ce récit d'une lenteur parfois exaspérante. Bastien Vivès raconte une histoire toute simple dont chaque lecteur est invité à en écrire la fin. Le dessin est à l'image de l'intrigue, minimaliste, ce qui ne l'empêche pas de donner envie d'y rester la lecture terminée. Un exercice de simplicité réussi, une bande dessinée intimiste parfaitement maîtrisée, cependant à déconseiller à ceux qui apprécient les grands espaces et la grande aventure. Henri Filippini
Album cartonné - 144 pages couleur - disponible
Extinctions de lumières
C'est la divine surprise du mois : le transalpin Francesco Ripoli frappe très fort avec un one-shot si remarquable qu'il fait de lui le digne héritier des grands maîtres du fumetto et peut-être plus particulièrement d'Attilio Micheluzzi. Ce natif de Livourne, qui se consacre davantage aux " Arts nobles " que sont la peinture et la sculpture, ne signe pourtant ici que son deuxième album [Le premier, Ilaria Alpi, n'a pas été traduit en France]. Ripoli est donc, malgré ses 37 printemps, un " jeune auteur ". Alors comment expliquer, sinon par le génie, sa science du découpage, l'absolue élégance de son trait et cette impressionnante maîtrise du noir et blanc ? Écrasée par la perfection de sa réalisation, l'histoire - bien que captivante - deviendrait presque accessoire : à la fin du 19e siècle, le Wild West Show du grand Buffalo Bill donne quelques représentations en Italie. Un improbable concours de circonstances provoque la rencontre, fortuite et fugace, de la légende du Far-West avec le Robin des bois local de l'époque, le vieux bandit Domenico Tiburzi. En croisant les destins de deux personnages dont les étoiles ont déjà bien terni, l'auteur raconte la cruelle transition entre la fin d'une époque avide de faits romanesques et l'avènement de l'ère industrielle, au sein de laquelle les héros populaires n'auront plus leur place. La narration est rythmée, les dialogues parfois un peu désuets mais très vivants. Bref ! La réussite est totale, et Ripoli s'affirme incontestablement comme l'une des révélations de l'année. Olivier Mimran
Album cartonné - 96 pages n&b - disponible
Titeuf a déjà " ses " 400 000 amis sur Windows Live depuis avril. Cet engouement est la preuve que Titeuf, véritable phénomène en librairie, l'est désormais aussi sur le net. Pour lui écrire, il suffit d'ajouter Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir à sa liste de contacts pour pouvoir " tchatter " en direct avec votre personnage de BD préféré, 24h sur 24. Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir est un contact virtuel, développé à base d'intelligence artificielle et entraîné à répondre sur des sujets qui lui sont propres, tels que les copains, l'école, les filles, mais aussi la violence ou encore les langues vivantes.
Pour récompenser les internautes de leur fidélité, Titeuf leur propose aujourd'hui de découvrir en exclusivité des planches de son nouvel opus Le sens de la vie [sortie officielle le 28 août]. Vous pouvez aussi découvrir des informations exclusives sur l'actualité de Titeuf grâce au site officiel lancé sur msn.fr (www.titeuf-laBD.com). Ce site proposera notamment une vidéo annonçant l'arrivée du prochain opus de Titeuf, une interview de Zep qui raconte comment lui est venue l'idée d'une des pages du nouvel album, une vidéo de Zep en train de créer une des planches du prochain album et des éléments de personnalisation sur Windows Live Messenger avec des images perso animées et des clins d'oeil… FB
Pure déconne et conte moral !
Avec King David, disons-le tout de go, nous avons affaire à un album totalement rock n'roll ! Antoine Ozanam [déjà scénariste de Slender Fungus, George et moi, Eclipse] nous a concocté un petit bijou de modernité en puisant dans un récit aussi vieux que le Monde : celui du faible qui terrasse le fort, celui du frêle David vainquant l'invincible Goliath. L'originalité narrative de ce copieux one-shot réside dans la transposition imaginée par le scénariste : transcrire l'histoire de David et Goliath dans une époque contemporaine et non biblique, dans le milieu sulfureux des maffieux d'une cité imaginaire, mélange de Harlem (côté ghetto), de Paris (côté banlieues pourries) et de Métropolis (côté surdimensionné) ! Il en résulte un long et jubilatoire récit voyant le jeune David devenir peu à peu le lieutenant préféré du caïd du coin, avant de se révéler gênant pour cause de trop grande popularité auprès des troupes dudit parrain… Trash et parfois gore, le récit d'Ozanam multiplie des scènes d'une grande violence avec de petits moments d'inventivité graphique impressionnante, et privilégie avant tout l'action et le mouvement. Un mouvement parfaitement maîtrisé par le tout jeune Guillaume Singelin qui met en scène une cocasse galerie de portraits aux trognes plus improbables les unes que les autres, et dessine en couleurs crues et directes des personnages qui bondissent, dégainent, sautent et flinguent à tout va ! Pour lecteurs un tant soit peu avertis ! Brieg F. Haslé
Album souple - 144 pages couleur - disponible
Galerie de portraits
Le héros de ce récit, un simple billet de vingt euros retiré, flambant neuf, d'un guichet automatique, va passer de main en main pour finir sa folle course encadré dans l'appartement d'un jeune homme sans argent. Du vigile à la pharmacienne, de la vieille dame au pickpocket, de la femme de ménage au mendiant, de la prostituée au chauffeur de taxi... il sera le héros involontaire des petits drames et des grandes détresses de la vie. À travers ce banal billet de banque, le lecteur pénètre au coeur de l'intimité des secrets du quotidien de ces personnages campés avec soin, souvent accompagné d'un humour grinçant. Grâce à un scénario méticuleusement construit, Emilio Ruiz évoque sa propre vision pas vraiment optimiste de notre société de consommation tout en laissant une place à l'espoir. Le dessin d'Ana Mirallès qui utilise le registre humoristique surprendra les lecteurs de Djinn qui pourraient s'attendre à plus de réalisme. L'ensemble est cependant réjouissant et fait passer un agréable moment. Plus proche d'Aldomovar que de Jean Dufaux, Mano en Mano permet à Ana Mirallès de retrouver le parfum épicé de son Espagne natale. Un peu d'air frais n'a jamais fait de mal à personne, surtout lorsque le talent est au rendez-vous. Henri Filippini
Album cartonné - 48 pages couleur - disponible
Fable médiévale
Alors que le partenaire anglais menace les traditions millénaires de l'Empire céleste en exportant l'opium, le vieux mandarin Fu Zhu Ing (par moments victime d'une douce folie), entend bien continuer à régner sur son domaine comme l'ont toujours fait ses ancêtres. Pressé d'abdiquer en sa faveur par son fils Wei, il est protégé par Yi Non, son garde du corps dont la femme Ji Ang malade et condamnée part combattre à sa place. Une armée de 500 hommes commandée par le général Xao Paï assiège la ville et permet à Wei de renverser son vieux père. C'est ce combat entre les traditions et la tentation du pouvoir que raconte cette fable en cinq mouvements, mêlant la poésie des manga japonais et le dynamisme parfois un peu froid des comics américains. Antoine Ozanam signe un scénario violent au découpage rythmé, inspiré par la technique des manga. Nouveau venu dans le monde de la BD, Tentacle Eye utilise avec habileté sa palette graphique, ce qui lui permet d'obtenir des pages d'une grande lisibilité. Ajoutez à cela une mise en couleur parfaitement maîtrisée, dominée par l'utilisation des rouges et des bleus et vous obtenez un album tout à fait capable de rivaliser avec les meilleures séries étrangères concurrentes. Henri Filippini
Album souple - 144 pages couleur - Disponible
Un monde sans adultes
Yoann, Leïla, Camille, Terry et Dodji, cinq enfants qui ne se connaissaient pas, se réveillent un matin, seuls êtres humains dans la ville désertée par ses habitants et les animaux familiers. Les membres du quintette doivent très vite apprendre à vivre ensemble dans une cité silencieuse qui se révèle rapidement hostile. En partant à la recherche d'autres survivants, ils quittent Fortville à bord d'un bus aménagé en maison. Le hasard va les conduire à Treasure Island, vaste parc d'attractions où une autre bande de gosses s'est aussi réfugiée après avoir vécu une aventure identique à la leur. Saul, aîné et chef du clan des requins, règne sans partage sur le groupe d'enfants. Très vite, Dodji et ses amis découvrent que le leader du clan y instaure de curieux rites, à commencer par une cérémonie de mariages collectifs pour le moins inquiétante. Le scénario de Fabien Vehlmann rebondit astucieusement grâce à un changement radical de décors et à l'arrivée de nouveaux protagonistes. C'est avec le même désir d'en savoir plus sur ces étranges disparitions que nous suivons les jeunes héros. Mais à ce niveau du récit le lecteur sort quelque peu déçu de la lecture de ce troisième épisode. Quelques indices sur l'élément clef de cette série, à savoir l'absence des adultes, auraient été les bienvenus. Ne boudons pourtant pas notre plaisir, d'autant plus que les images de Bruno Gazzotti sont toujours aussi soignées, accompagnées par les couleurs parfaites du studio Cerise. Henri Filippini
Toute première fois
Mais qu'est-ce qui pousse autant de filles à coucher leurs histoires d'amour sur papier ? Ici, il s'agit de la toute première fois de Marianne Eskanazi que certains connaissent peut-être grâce à son blog (http://pouletteaucurry.free.fr/paprika). Tout commence par une banale rencontre estivale au bord de la mer et s'achève par une rupture ordinaire dans un appartement loin des ivresses océanes. Entre les deux, on attend le déclic qui nous accroche, le moment révélateur qui fait basculer une sympathique bluette en bande dessinée autobiographique passionnante. Au final, rien. Cyril aborde Marianne sur la plage, lui prend la main, l'enlace, lui fait l'amour, repart à Paris le même jour, la rappelle, la revoit, la quitte, la rappelle à nouveau etc, etc. En résumé, les clichés s'accumulent sans nous apporter plus que nos propres expériences. Le scénario est désespérément plat, seul le trait délicat de l'illustratrice donne un peu de chair à l'ensemble. On reste presque toujours à la surface des émotions, les faits uniquement étant égrenés. Heureusement, le découpage dynamique évite l'ennui total. On ne peut même pas détester, juste attendre la pincée de curry qui va relever la sauce. Frédérique Pelletier
Album cartonné - 80 pages couleur - disponible
Souvenirs d'une enfance pailletée
Les médias, complices d'une industrie musicale qui cherche à recycler son catalogue, nous rappellent sans cesse que le Disco est de retour… Par extension, tout ce qui était moche hier est devenu " kitchissime ". Mais quand Fred Neidhardt, fier transfuge du Psikopat et de l'Echo, se penche sur l'époque bénie post " trente glorieuses ", c'est moins pour surfer sur une tendance que par pure nostalgie : né en 1966, le trublion semble n'avoir jamais fait le deuil de sa préadolescence. Il en témoigne dans cette suite de saynètes, dans lesquelles il se met en scène à l'âge de treize ans. Nous sommes donc en 1979… le Punk est déjà mort, le Disco (Rhaaa, encore lui !) agonise, Goldorak casse la baraque et Action Joe fait la nique à Big Jim. Le jeune Fred est tiraillé entre cette innocence qu'il sent en sursis et d'étranges pulsions qui le tourmentent depuis la pousse de son premier poil pubien. Bref, de sottises en… grosses bêtises (il s'accuse d'un décès accidentel), il fait simplement son apprentissage de la vie. L'album, qui sent le coco boer à chaque coin de page, se révèle rafraîchissant et émouvant (surtout lorsqu'on est aussi né en 66 -c'est le cas de votre serviteur). Quant à savoir quelles sont les parts d'autobiographie et de fiction… Olivier Mimran
Album cartonné - 128 pages couleur - 4 juin
Des marins, des femmes, des ports
Les grands textes d'auteurs contemporains mettant en scène des marins adaptés en bande dessinée ont actuellement le vent en poupe ! Après le superbe R97. Les hommes à terre de Christian Cailleaux et Bernard Giraudeau [cf. [dBD] n°22], voici un autre récit tout autant indispensable. Se basant sur le roman homonyme de Jean-Claude Izzo paru en 1997 [adapté au cinéma en 2003 par Claire Devers avec dans le rôle principal un certain… Giraudeau !], Clément Belin a eu l'excellente initiative de s'emparer de cette subtile chronique portuaire pour la mettre en images et en couleurs. Sur les quais des docks marseillais, un vieux cargo n'en finit plus de pourrir sur place : L'Aldébaran ne peut plus prendre la mer, saisi par le tribunal de commerce en garantie des dettes impayées par son armateur. Alors que l'essentiel de l'équipage a disparu vers de meilleurs cieux, restent à bord quelques hommes : Abdul Aziz, le capitaine libanais, Diamantis le Grec, son second, et Nedim le Turc qui rêve de rentrer au pays… Abdul et Diamantis ne se décident pas à abandonner ce navire qui n'en finit plus de rouiller, là-bas, " au bout de la digue du large " : toute leur vie est à son bord, même si cela leur a coûté leurs amours disparus. Car c'est bien d'amour - celui des femmes et de la mer - dont parle Izzo. Et, peu à peu, le lecteur découvre les secrets des deux hommes… Clément Belin nous rend attachants ces êtres ancrés dans la vie et dans la ville. Tels les héros des grands auteurs. Brieg F. Haslé
Album cartonné - 90 pages couleur - disponible
Le dessinateur Martin Berthommier est décédé le 13 mai dernier. Né en 1946, cet ancien élève des Arts décoratifs de Paris a débuté comme maquettiste au magazine Record. Il a effectué toute sa carrière au sein du groupe Bayard, assurant le visuel d'un bon nombre de ses titres jeunesse. C'est dans la revue Astrapi dont il avait réalisé la maquette qu'il a créé le chien Touffu, devenu une véritable star auprès des jeunes lecteurs. Il avait également campé Bonnemine dans J'Aime Lire et animait depuis quelques années P'tit Touffu dans Youpi. On lui doit entre autres les maquettes des revues Grain de Soleil, J'Aime la BD, I Love English. Passionné par son métier, Martin Berthommier était un grand amateur de BD dont la chaleur humaine était appréciée par la profession. HF
L'ombre de Conan Doyle
Le célèbre professeur Challenger est furieux lorsqu'il apprend que son confrère, l'égyptologue français Lempereur, va se rendre en Egypte afin de prouver que les Egyptiens de l'Antiquité ont inventé la Montgolfière bien avant l'ère moderne. C'est après un étonnant périple entre Londres et le Caire que le fameux paléontologue anglais retrouve son ami le journaliste Edward Malone en Egypte où il espère bien prouver que les théories fumeuses de son adversaire sont fantaisistes. Ces tribulations servent de point de départ à une fabuleuse aventure qui conduira la petite troupe au coeur d'une peuplade inconnue vivant hors du temps. Après avoir adapté en deux volumes le célèbre Monde perdu d'Arthur Conan Doyle aux éditions Vents d'Ouest, Patrick Deubelbeiss renoue avec les héros imaginés par le père de Sherlock Holmes, qu'il lance dans de nouvelles aventures écrites par Laurence Tramaux. Les dialogues, parfois un peu trop verbeux, ne manquent ni d'humour ni d'imagination et sont illustrés dans un style ligne claire agréable. On regrette cependant parfois la fâcheuse tendance de Patrick Deubelbeiss à trop charger ses images de détails inutiles. Un travail honnête pour amateurs d'aventures exotiques mâtinées de fantastique. Henri Filippini
Muttpop, le fantasque et célèbre fabriquant d'artoys, développe une ligne de Toys en vinyl basés sur les univers de Tchô ! la collec, publiée par les éditions Glénat. Le démarrage de cette collaboration avec les personnages de la bande à Tchô ! sera composé de 5 toys de 7 cm chacun, dans une ligne composée des personnages suivants, Jubbei des ZbluCops, Lou, Malika Secouss, Moko de Bao Battle et Captain Biceps. En sus de l'achat de chaque toy, une pièce sera offerte à l'intérieur de chaque boite. En réunissant les 5 pièces, l'acheteur pourra former un sixième personnage : Titeuf. Les personnages de cette première ligne sont designés par l'artiste Ohm [Bao Battle chez Glénat].
En parallèle à cette édition collector, une édition normale - la série Classico - sortira pour l'occasion, avec plusieurs nuances de gris à la place des couleurs et aussi, une seconde série limitée mais qui reste secrète pour le moment. Si vous avez bien compté cela fera 15 toys différents + 3 Titeuf à collectionner. Ces toys seront vendus dans des boites de ce type avec 20 jouets par boite. Le prix de vente sera de 9 euros par jouet, pour une sortie officielle fin septembre. FB
www.muttpop.com
Hélène Bruller, l'auteure de Je veux un prince charmant et autres contes aux éditions Albin Michel, fait dans l'humanitaire en proposant un très beau sac bio aux couleurs de son héroïne… à savoir elle !
Ceux-ci seront vendus autour de deux euros, sans bénéfices, et dixit l'auteur " juste pour la cause bio, écolo, équitable et le fun ". Les amateurs pourront les trouver et les acquérir à notre siège au 4 rue Dante, 75005 Paris. Tél. : 01 43 54 11 64.
Si l'opération fonctionne, l'argent gagné servira à en éditer d'autres. Alors sortez branché ! FB
Fort de son succès, l'exposition Dave Mac Kean se prolonge à la galerie BDARTIST(E) jusqu'à fin septembre. En vous rendant sur place vous découvrirez également un livre édité pour l'occasion, Squink, qui rassemble des dessins de Dave McKean organisés autour de 15 chapitres, touchant aussi bien à la musique et au cinéma qu'à l'autoportrait et au rêve. Éxécutés tantôt à la plume, tantôt au pinceau, ils font part des diverses influences de l'artiste. FB
BDARTIST(E), 55 rue Condorcet, 75009 Paris. www.bdartiste.com. 06 80 06 29 95.
Juste avant la parution du nouveau Titeuf [Le Sens de la vie est annoncé le 28 août chez Glénat] Zep, avec la complicité de son épouse Hélène Bruller au scénario, donne une nouvelle impulsion aux Minijusticiers nés dans un ouvrage édité par Hachette en 2003. Outre la série d'animation diffusée sur TFI, les facéties de ces minis-superhéros seront déclinées dès cet été dans une série de mini-albums édités par Hachette Pratique. Superfarceur, Supertomate, Superdoidanlenez, Superboutonneux, Superdendefer et les autres seront déclinés un à un dans de charmants petits albums qui feront le bonheur des jeunes lecteurs, mais aussi de tous ceux qui apprécient le trait inventif et novateur de Zep. HF
La collection de livres BD accompagnés de deux CD des éditions Nocturne s'enrichit de quatre nouveaux titres. Un a retenu plus particulièrement notre attention : celui de JC Chauzy sur un scénario de Jean Songe avec en toile de fond, la vie dissolue de Sonny Boy Williamson. Ce bluesman vedette dans les années 40 aux Etats-Unis qui fut, à sa venue en Europe dans les années 60, une révélation pour la jeune scène anglaise, rock et blues. Pour preuve, il fut ensuite le premier bluesman à se produire et à enregistrer avec Eric Clapton et les Yardbirds. Son oeuvre qui demeure l'une des plus riches de l'histoire du blues est en partie écoutable grâce à cette édition. Ce qui ne vous empêchera pas de regarder les images… entre deux moments de transe ! FB
Sonny Boy Williamson par Chauzy et Jean Songe. Editions Nocturne. Dispo
Plus polyglotte que jamais, Tintin parle désormais le papiamentu, langue officielle des Antilles néerlandaises. C'est l'album L'Affaire Tournesol (Asuntu di Florisol) qui est à l'honneur dans cette traduction qui s'ajoute à une multitude d'autres. Encore un album que devront se procurer les collectionneurs purs et durs qui, plus nombreux qu'on ne le pense, achètent tout ce qui concerne le héros d'Hergé. À noter que cet album est complété par un lexique. HF
L'éditeur italien de Zagor, Tex, Dylan Dog et de bien d'autres héros populaires transalpins vient de lancer Jan Dix, un nouveau personnage, vedette d'une première mini-série de dix fascicules bimestriels. Jan Dix est un critique d'art qui se lance dans des enquêtes liées à la peinture. Imaginé par Carlo Ambrosini, cet investigateur pas comme les autres est le héros de longues histoires de 132 pages illustrées par une solide équipe de dessinateurs, Pasquale del Vecchio, Gabriele Ornigotti, Giulio Camagni, Paolo Bacilieri et bien sûr Carlo Ambrosini. Une excellente idée qui conduit le lecteur de Van Gogh à Rembrandt, de Vermeer à Rousseau. HF
Retrouvez l'actualité de cet éditeur dynamique sur www.sergiobonellieditore.it
La collection BD Bamboo Sport est en passe de réaliser d'aussi bonnes performances que celle consacrée aux métiers. Afin de passer à la vitesse supérieure, l'éditeur qui vient de fêter ses dix ans fait appel à deux stars du sport. Richard Virenque et Stéphane Diagana sont les ambassadeurs de cette opération promotionnelle avec le concours de la chaîne Eurosport. Au rayon des nouveautés notons une nouvelle série consacrée aux Zathlètes par Giga et Bloz, et les suites des Vélo maniacs, de Basket Dunk et des Footmaniacs. HF
Le quotidien Le Monde vient d'avoir l'heureuse idée de rééditer sous forme de seize albums aux dos toilés (proposés avec le journal daté du dimanche-lundi), les fascicules consacrés à l'Histoire de France en bande dessinée [Larousse]. Publiée à l'origine sous forme de 24 livrets de 1976 à 1978, cette série qui connut un grand succès proposait des récits signés Ribera, Coelho,Victor de la Fuente, Manara, Sio, Poïvet, Tacconi, Toppi, Marcello, Ollivier, Maric, Bastian... Voilà une bonne occasion de retrouver de grands auteurs classiques au meilleur de leur art et ce pour un prix dérisoire.
Le premier album est vendu 1,70 € mais il faudra débourser 6,90 € pour obtenir les suivants. Il est curieux que Le Monde, dont les critiques encensent la BD d'auteur, utilise un des sommets de la BD populaire pour agrémenter les week-ends de vacances de ses lecteurs. Notons que cette collection dirigée par Michel de France avait été suivie de séries consacrées aux Grandes Découvertes, au Far-West, à la Chine puis à la Bible. Une réconfortante initiative de la part du Monde pour ceux qui passent du temps sur leurs planches, bien que les auteurs ne semblent pas en avoir été avertis, ce qui serait un comble. HF
C'est avec une belle régularité que Louis Cance apporte chaque trimestre une bienfaisante bouffée de nostalgie aux lecteurs de Hop ! Le numéro 117 offre sa Une à Gallieno Ferri, créateur italien de séries fleuves aux héros mythiques, dont Mister No et Zagor, stars de feux nos Pockets. Ce même numéro invite le belge André H. Beckers, l'américain Sy Barry dessinateur du fameux Fantôme, Marijac le créateur de Coq Hardi. De quoi satisfaire les nostalgiques de toutes les époques et de tous les genres de BD. HF
Hop ! 56 boulevard Lintilhac, 15000 Aurillac. 64 pages, 7,60 €
Créée et dirigée par Christophe Bec [auteur interviewé dans notre dossier du dBD #25], la collection Hanté, éditée par les éditions Soleil, a vu le jour le 25 juin dernier. Partant du constat que la plupart des auteurs de bande dessinée ont tous, un jour ou l'autre, rêvé de raconter une histoire de fantôme ou de maison hantée, l'auteur a demandé à certains d'entre eux de concrétiser cette envie. Pour garder une cohérence à ce projet, il a été décidé de choisir des lieux réels, plus ou moins connus, supposés hantés et attachés à des faits avérés ou des légendes authentiques. Les deux premiers ouvrages de cette collection sont Hanté, un collectif et Mortemer, récit écrit par Valérie Mangin et dessiné par Mario Alberti qui se passe dans une abbaye. Brrrr… FB
Hanté, collectif, et Mortemer de Valérie Mangin et Mario Alberti, Soleil. Sortie le 25 juin, 12,90 €
Depuis sept ans, la ville de Cluses en Haute-Savoie a initié Musiques en Stock, un festival totalement gratuit où les invités sont de jeunes groupes de musique. Mais le concept ne s'est pas arrêté là car il a été décidé, dès la première année, d'instaurer un projet culturel plus global en proposant à d'autres domaines artistiques comme la photographie et… la bande dessinée d'être présents. Cette ouverture se signale dès la signature de l'affiche qui n'est autre que celle du père de Luc Leroi, JC Denis [après Ted Benoit, Margerin, Zep, Dupuy & Berbérian…]. Puis, elle se concrétise par des dédicaces d'auteurs de bande dessinée et se confirme avec la présence, tout au long de ses quatre jours, d'une radio animée par Frank Margerin et Charles Berbérian, en personne. Celle-ci se nomme tout simplement, Radio Lucien ! Alors, si vous passez, en ce début d'été, du côté de la Haute-Savoie, n'hésitez pas à leur faire un petit coucou… (Elle était facile, je sais !) HF Musiques en stock. Du 2 au 5 juillet. Ville de Cluses. Renseignements au 04 50 98 31 79
[26-06-2008] Plus de six mois avant l'ouverture officielle de sa 36ème édition, le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême (FIBD) dévoile -sur son site- une partie du programme des Rencontres Internationales : d'abord, les festivaliers auront droit à un plateau très anglophone puisqu'outre la venue de l'australien Shaun Tan, Prix du meilleur album 2008 pour Là où vont nos pères), sont annoncées les présences de l'immense Daniel Clowes (David Boring, Ghost World etc), d'Adrian Tomine (Les yeux à vif, Blonde Platine), de la "superstar" Chris Ware (Jimmy Corrigan, Quimby, Acme etc), et de James Kochalka (Kissers, American Elf). Sans oublier les britanniques Posy Simmonds (Gemma Bovery) et Melinda Gebbie (Mme Alan Moore, illustratrice de Filles perdues).
Last but not least, l'Afrique du Sud sera également représentée puisque quatre des principaux animateurs du collectif Bittercomix seront de la fête : Joe Daly (Scrublands), Karlien de Villiers (Ma mère était une très belle femme), Joe Dog et Conrad Botes.
[20-06-2008] Comme chaque année, l'ACBD (association des critiques et journalistes de bande dessinée) présente sa sélection des 20 albums qui lui ont semblé les plus "indispensables". Pour ce faire, chaque membre actif de l'association a choisi 10 titres parmi tous ceux publiés depuis novembre dernier. Le dépouillement final a donc dégagé 20 bandes dessinées sur 190, dont voici la liste (présentée dans l'ordre des titres retenus) :
- Spirou : le journal d’un ingénu par Émile Bravo, éditions Dupuis - R97. Les hommes à terre par Christian Cailleaux et Bernard Giraudeau, éditions Casterman - Le combat ordinaire T4 : Planter des clous par Manu Larcenet, éditions Dargaud - Martha Jane Cannary T1 : Les années 1852-1869 par Matthieu Blanchin et Christian Perrissin, éditions Futuropolis - Le journal : une histoire vraie ! par Serge Clerc, éditions Denoël Graphic - La guerre d’Alan T3 par Emmanuel Guibert [d’après Alan Ingram Cope], éditions L’Association, coll. Ciboulette - De Gaulle à la plage par Jean-Yves Ferri, éditions Dargaud, coll. Poisson Pilote - Breakdowns par Art Spiegelman, éditions Casterman - Exit Wounds par Rutu Modan, éditions Actes Sud - L’envolée sauvage T2 : Les autours des palombes par Arno Monin et Laurent Galandon, éditions Bamboo, coll. Angle de vue - Lettres d'Agathe par Nathalie Ferlut, éditions Delcourt, coll. Mirages - Jeronimus T1 : un homme neuf par Jean-Denis Pendanx et Christophe Dabitch, éditions Futuropolis - Le rêve de Meteor Slim par Frantz Duchazeau, éditions Sarbacane - Auto Bio par Cyril Pedrosa, éditions AUDIE - Fluide Glacial - Château l'Attente par Linda Medley, éditions Çà et Là - Amères saisons par Étienne Schréder, éditions Casterman, coll. Écritures - RG T2 : Bangkok-Belleville par Frederick Peeters et Pierre Dragon, éditions Gallimard, coll. Bayou - Le goût du chlore par Bastien Vivès, éditions Casterman, coll. KSTR - Bouncer T6 : La veuve noire par François Boucq et Alexandro Jodorowsky, éditions Les Humanoïdes associés - Les funérailles de Luce par Benoît Springer, éditions Vents d'Ouest, coll. Intégra
L'ACBD précise que cette liste permettra également d'opérer un premier tri pour le Grand Prix de la Critique 2009, qui sera décerné en décembre prochain.
[18-06-2008] Si l'on en croit l'extrait sobrement présenté sur le blog de Manu Larcenet, il semblerait qu'une adaptation animée des Cosmonautes du futur soit en préparation.
Mais que les amateurs des aventures galactico-déjantées de Gildas et Martina ne se réjouissent pas trop vite : si la 2D aurait supposé une certaine fidélité au trait de Larcenet, il n'en est - hélas ? - plus rien avec la 3D. Le résultat, fort léché, évoque davantage une production Pixar que l'univers si particulier mis en place par L.Trondheim (au scénario) et l'auteur du Combat ordinaire.
A suivre... en attendant, voici l'extrait en question (et en anglais)
[16-06-2008] On savait que les japonais étaient fous d'Astro Boy, le petit robot créé par l'immense Osamu Tezuka en 1952. Ils le prouvent une nouvelle fois avec la création d'une fresque murale à son effigie, entièrement réalisée en... tickets de métro !
Pas loin de 138 000 billets (usagés, bien entendu) auront été nécessaires à son exécution. Large de trois mètres, haute de deux, la fresque exalte l'ouverture d'une nouvelle ligne de métro de Tokyo. Outre Tetsuwan Atomu (le nom japonais d'Astro Boy), on y reconnaît -en bas à gauche- Uran, le professeur Ochanomizu et Higeoyaji.
[13-06-2008] Avis aux francilien(ne)s curieux de découvrir à quoi ressemblent leurs auteurs favoris : à l'occasion de la prochaine fête de la musique, le groupe Slumberland (composé à 100% BD de créateurs de BD) se produira en public dans le Vème arrondissement.
Composition : au chant, Fabien Vehlmann (scénariste du Marquis d'Anaon, de Green Manor, de La nuit de l'Inca etc) ; à la basse, Pierre Boisserie (scénariste de La croix de Cazenac, Voyageur, Nova Genesis etc) ; à la guitare, Siro (scénariste du Marteau des sorcières, dessinateur de Polka) et Juanjo Guarnido (dessinateur de Blacksad - illustration en médaillon).
Rendez-vous le 21 juin (20h) devant la librairie Boulevard des bulles, 50 bvd St-Germain - Paris 05
[12-06-2008] L'excellent BDBlog du quotidien Sud Ouest est désormais disponible au téléchargement, au format .pdf. Fort de ses cinq pages, le n°0 - daté (juin 2008) et essentiellement rédigé par Philippe Belhache - propose un agenda, des chroniques, une interview de Guy Delisle, ainsi que des papiers très intéressants consacrés aux derniers albums de Guillaume Bouzard, Tanquerelle et Vanyda Savatier.
La présentation et le contenu, tous deux de qualité, font d'ores et déjà de ce petit webzine gratuit un incontournable. Souhaitons donc long feu à cette sympathique initiative.
Téléchargement direct ICI.
[11-06-2008] L'équipementier Le Coq Sportif propose, sur son site internet, les premières pages de Stix, un manga consacré au jeune n°13 des Chicago Bulls. Dessiné par Tadjah, sur un scénario de Nicolas Digard et Benjamin Richard, le premier volume de cette nouvelle série devrait paraître à la rentrée, aux éditions Kami.
Alors que le manga définitif comptera 160 pages, un exemplaire promotionnel de 60 pages est d'ores et déjà offert dans les boutiques Le Coq Sportif. On peut également en feuilleter les 16 premières pages sur le site de la marque.
[09-06-2008] C'est finalement le réalisateur espagnol Alex De La Iglesia (Le jour de la bête, Crimes à Oxford etc) qui adaptera pour le cinéma "La marque jaune", l'un des plus fameux albums de la série Blake et Mortimer. Longtemps pressenti, James Huth (Brice de Nice, Hellphone) y avait renoncé pour se consacrer à un autre projet d'aptation d'envergure : Lucky Luke, avec Jean Dujardin dans le rôle-titre.
Si l'on en croit le site Dvdrama.com, le casting ne serait pas encore arrêté. De La Iglesia aurait néanmoins déclaré : "pour le rôle d'Olrik, j'imagine bien un Kevin Kline de 40 ans, Jude Law dans le rôle de Blake et Clive Owen dans celui de Mortimer". Sur Premiere.fr, en revanche, il est fait état de Kenneth Branagh (Blake), David Thewlis (Mortimer) et John Malkovich (Olrik). A suivre...
[04-06-2008] 46 ans après sa création et 3 ans après le succès en demi-teinte de son adaptation au cinéma, Iznogoud fait son grand retour dans son format d'origine : la BD ! Mais si Jean Tabary avait repris seul les rennes de la série "Les aventures du grand vizir Iznogoud" (initialement nommée "Les aventures du calife Haroun El Poussah") suite à la disparition de René Goscinny, il passe cette fois le flambeau à une jeune équipe composée de... trois de ses enfants : Muriel et Stéphane se chargent du scénario, tandis que Nicolas s'affranchit du dessin. Le récit, sous-titré "Les mille et unes nuits du Calife", devrait paraître en novembre 2008 aux éditions Tabary.
Jetez un oeil sur les crayonnés de Tabary fils (en cliquant sur l'image pour l'agrandir) et vous constaterez combien son mimétisme graphique est impressionnant.
[03-06-2008] Si vous êtes à Paris le 29 juin, passez donc dans le Xème arrondissement faire acte de solidarité avec les victimes du séisme au Sichuan : Xiao Pan (*) y organisera en effet une ventes d'albums dont l'intégralité des recettes sera reversée à la Croix-rouge. Les auteurs vedettes Benjamin & Lu Ming seront présents, pour une probable séance de dédicace.
Saluons cette excellente initiative qui offre une occasion unique de se montrer généreux tout en découvrant l'incroyable vivacité et la richesse de la BD made in Empire du milieu.
(*) Xiao Pan est une maison d'édition créée par Patrick & Christine Abry en 2006 et spécialisée dans la bande dessinée chinoise. Site : http://www.xiaopan.com/