Un témoignage poignant !
C'est au bar du Terminus Nord, lieu mythique situé face à la Gare du Nord, que nous avons retrouvé ce couple uni dans la vie quotidienne comme professionnelle, pour échanger sur l'intégrale de Marzi fraîchement sortie. Sylvain Savoia n'en pouvait plus d'entendre Sowa lui raconter ses souvenirs d'enfance en Pologne... et ses régulières envies de carpe à Noël (lisez l'interview et vous comprendrez !) alors il lui a demandé de les coucher sur papier. Et comme plus belle marque d'amour, il s'est mis à en faire une bande dessinée. Un très bel acte et un superbe témoignage qui ne nous ont pas laissés insensibles ! Un entretien avec Frédéric Bosser - Photos © C. Lebédinsky pour [dBD]
>>> LIRE L'INTERVIEW... <<<
Qui est à l'origine de ce projet ?
Marzena Sowa : Comme je parlais souvent de mes souvenirs d'enfance, Sylvain m'a incitée à les écrire… À ce moment-là, j'étais loin de penser à devenir une scénariste de bande dessinée. En Pologne, ce support est peu diffusé et je connaissais très peu ses mécanismes.
Vous étiez déjà en couple ou est-ce que c'est ce projet qui vous a réunis ?
Sylvain Savoia : Nous nous connaissions déjà ! Nous nous étions rencontrés par hasard, via des forums internet. À force de converser, nous avons eu envie de nous rencontrer et je suis allé la retrouver à Bordeaux [il habitait à cette époque à Reims] où elle étudiait le français. Marzena Sowa : J'ai toujours aimé écrire et Sylvain m'a offert la possibilité d'être publiée. Sylvain Savoia : Son parcours était à des années lumières du mien. Alors que j'ai dix ans de plus qu'elle, j'avais l'impression en l'écoutant qu'elle en avait vingt ou trente de plus que moi et qu'elle avait vécu dans les années 40-50… (Rires.) De vraies failles intergénérationnelles ! Marzena Sowa : Moi-même, j'ai eu beaucoup de mal au début à parler avec les jeunes de ma génération quand je suis arrivée en France. Mon parcours était si différent des étudiants que je croisais… J'étais et je suis restée beaucoup plus à l'aise avec des personnes plus âgées que moi. Sylvain Savoia : Elle m'a raconté, au détour d'une conversation, une histoire de Noël où les Polonais achètent très souvent une carpe pour le réveillon et pour la garder en vie, ils la mettent dans la baignoire. Je trouvais cela énorme d'imaginer des immeubles remplis de carpes dans les salles de bains ! C'est d'ailleurs la première histoire de Marzi que nous avons publiée dans Spirou.
Est-ce une histoire vraie ?
Marzena Sowa : Sylvain savait que j'avais plein d'autres histoires de ce type à raconter… et m'a incitée à le faire. Alors je me suis mise à écrire tout ce qui me revenait à l'esprit, sans arrière-pensées. Je me disais que ça finirait toujours comme un témoignage pour mes enfants et petits-enfants. C'est vrai que sans l'insistance de Sylvain, j'aurais continué de penser que mon enfance était quelque chose de très banal. Sylvain Savoia : Ce qui a donné lieu au premier album est à la base un long texte d'une soixantaine de pages écrites par Marzena. J'ai pris ce qui pouvait m'intéresser et surtout ce qui pouvait être mis en bandes dessinées avec un début et une fin. Tout est allé très vite puisque Marzena a commencé à écrire vers Noël, que je parlais de ce projet fin janvier à Angoulême avec un directeur de collection de chez Dupuis, pour finir par envoyer en avril les deux premières histoires dessinées.
Marzena, comment sont revenus vos souvenirs : vous vous êtes plongée dans de vieux albums photos, vous avez visionné des documentaires sur ces années-là en Pologne ?
Marzena Sowa : C'est venu assez facilement ! Les premières histoires parlent de la vie quotidienne dans la Pologne de cette époque : les fêtes de Noël, le voisinage, l'organisation des queues pour se ravitailler, la première communion, etc. Après quand ça se politise avec l'état de guerre, Tchernobyl, etc., il a fallu que je sois plus précise. Cela m'a demandé plus de travail. Sans oublier le fait que dès le second tome j'ai beaucoup plus assuré mon rôle de scénariste. Au départ, Sylvain avait tout pris sous son aile… Sylvain Savoia : Marzena est quelqu'un qui apprend très vite ! Elle a acquis une vraie maturité au point de me livrer rapidement des scénarios très construits… tout en me laissant une réelle liberté dans le découpage. Elle me fournit aussi des documents et des livres sur la Pologne. Je m'en inspire sans tomber dans une reconstitution fidèle car j'ai envie de garder liberté et fraîcheur avant d'aborder chacune des histoires.
Vous êtes-vous rendu sur place pour enrichir votre connaissance de ce pays ?
Sylvain Savoia : Entre la première et la deuxième histoire, Marzena m'a emmené là-bas. Je voulais voir les lieux, l'appartement où elle a vécu et où ses parents vivent toujours. Comme ce n'est pas une ville touristique, peu de choses ont changé… Marzena Sowa : Si, ils ont repeint les HLM. (Rires.) Les noms des rues ont changé aussi. Elles ont cessé de porter les noms des généraux russes. Sylvain Savoia : C'est extraordinaire et émouvant de découvrir tout cela ! Ceci dit, ses parents étaient étonnés de me voir faire des photos de leur salle de bain…
Question fondamentale : Est-ce que vous avez hérité du tapis promis à Marzena enfant pour sa future dot ?
Sylvain Savoia : On a failli mais je sais que sa mère s'en est débarrassé récemment… Marzena Sowa : Un jour elle m'appelle pour me dire qu'elle s'était enfin débarrassée de ce tapis. Elle en avait marre de le sortir et de le taper régulièrement pour supprimer les acariens et autres poussières. Cela m'a fait tout drôle quand elle m'a dit cela. Je me suis dit qu'elle n'avait plus d'espoir quant à un futur mariage ! (Rires.)
Vous a-t-elle supprimé certains souvenirs d'enfance ?
Marzena Sowa : Je sais que quand elle a découvert dans une interview que j'étais très attachée à mon Doudou qui était un lapin, et qu'ils l'avaient brulé quand je suis partie en France en 2002, elle a remué ciel et terre pour m'en retrouver un nouveau… Depuis je sais que ce n'est pas un mais deux lapins qui m'attendent là-bas, encore qu'elle m'a dit que cela ressemblait plus à un lièvre qu'un lapin et qu'ils n'avaient pas la même couleur ! J'ai eu beau lui dire que tout cela n'a plus aucun sens, elle a insisté pour le faire. Elle a dû culpabiliser…
Et en raison de la parution dans Spirou, avez-vous supprimé les passages les plus durs ?
Marzena Sowa : Pas spécialement ! Comme nous avons choisi le point de vue d'une enfant, c'est naturellement atténué. Nous ne sommes pas rentrés dans les combats sociaux de cette époque.
RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DE CET ENTRETIEN DANS [dBD]#27
Du fantastique banal…
Tom Tirabosco avait eu les honneurs de l'invitation du [dBD] ancienne formule consacré à ZEP et depuis, il nous tardait de le retrouver dans nos pages. La fin du Monde, un troisième album qu'il signe avec Pierre Wazem était l'occasion rêvée pour le faire ! Et nous n'avons pas hésité à nous déplacer jusqu'au bord du Lac de Genève et non du Lac Léman (les ignares comprendront), pour les rencontrer dans le vaste atelier du premier nommé... Un entretien avec Frédéric Bosser - photo & illustrations © Tirabosco 2008
>>> LIRE L'INTERVIEW... <<< Qui a eu l'initiative de cette troisième retrouvaille ? Pierre Wazem : Au départ, j'avais envie d'écrire une histoire autour de ma maison d'enfance. Mais comme j'ai compris très rapidement que je n'avais pas envie de la dessiner, je l'ai proposé à Tom avec qui j'avais déjà travaillé sur Monroe et sur Week-end avec préméditation. Sébastien Gnaedig de Futuropolis avait bien aimé le travail que nous avions fait sous sa direction sur Week-end [à l'époque il se trouvait encore aux Humanoïdes Associés]. Il nous a tout de suite donné carte blanche pour développer le projet. Qu'est-ce qui a changé avec l'arrivée de Tom ? Pierre Wazem : J'ai eu envie de changer d'orientation dans l'histoire et de l'amener vers des ambiances plus fantastiques. Je l'ai également emmené voir cette maison pendant une après-midi complète, il a fait des photos, je lui ai raconté des anecdotes sur ce lieu, etc. Tom Tirabosco : Après, il y a eu beaucoup d'aller-retour entre nous. J'ai rajouté des éléments qui m'intéressent comme la scène de l'accident du début. Qu'est-ce qui vous plaisait dans cette histoire ? Tom Tirabosco : Le climat et l'ambiance générale. Le voyage intérieur du personnage principal allait enfin me permettre la mise en place d'un univers fantastique. Jusqu'à présent, j'avais seulement effleuré cet aspect dans mes histoires. Là, il est central… Pierre Wazem : Je me suis beaucoup appuyé sur mes influences en littérature japonaise contemporaine où le fantastique est très encré dans le quotidien. Je pense notamment à Murakami ! Tom Tirabosco : En le faisant, j'ai également beaucoup pensé aux écrits de Neil Gaiman, notamment son texte intitulé Coraline. C'est du fantastique assez léger, très nuancé… Pierre Wazem : J'appelle cela le " fantastique banal "… Est-ce que vos expériences communes vous ont servi au moment d'avancer sur cette histoire ? Tom Tirabosco : C'est facile de travailler avec Pierre. Il est à l'écoute de mes demandes tout comme je le suis des siennes… Il sait adapter son univers en fonction de ses collaborateurs, ce qui permet d'avancer de façon assez libre, même si nous avons des sensibilités très différentes. Mais c'est sur nos références communes que nous construisons nos histoires. Sur Monroe, je lui avais demandé une histoire avec une baleine. Et qu'est-ce qu'il me fait… il la trucide après trois pages ! (Rires.) Pierre Wazem : Tu en retrouves sur la fin… (Rires.) Tom Tirabosco : Mais là encore, elles sont toutes mortes ! Pierre Wazem : Et sur La fin du monde, tu m'avais demandé quoi… je ne m'en rappelle plus ? (Rires.) Tom Tirabosco : De me raconter ce que tu avais en toi de plus intime… Un album comme Week-end avec préméditation est construit sur des émotions vécues et intimes et c'est pour cela que c'est un bon livre. Là, l'histoire de Pierre est construite sur ses souvenirs liés à la maison, mais aussi sur la recherche et la perte de la mère, etc. Profitons-en pour faire un résumé de ce livre… Pierre Wazem : C'est l'histoire d'une personne en panne, qui va rechercher les raisons de cet arrêt soudain… Pour cela, elle décide de se rendre dans cette maison familiale. Tout cela sur fond d'ambiance de fin du monde ! J'avais vraiment envie de retranscrire, avec ce monde extérieur, ce qui se passait dans son monde intérieur. C'est une très simple métaphore ! L'introduction de ces animaux qui parlent fait-il partie de ce " fantastique banal " dont vous parlez? Pierre Wazem : Cela fait partie des clés de portes que l'on ouvre et que l'on ferme. Ces éléments animalesques font office de messagers… J'aurais pu tout aussi bien faire parler un arbre… ou une brouette, l'essentiel étant de guider le personnage principal. Tom Tirabosco : Dans ce livre, nous jouons avec un certain nombre de codes du fantastique et du merveilleux. Dans Monroe, nous avions d'ores et déjà travaillé dans cette voie en abordant le genre du " road movie " de façon détournée. Pierre Wazem : Cela m'intéressait de faire de l'anti-genre ! Ce qui peut paraître bizarre dans le livre, elle le dit dans une bulle de fin quand elle découvre que son père est sorti du coma. Alors qu'elle vient de rencontrer une dame qui parle avec les chats sans être plus surprise que cela, de traverser une porte inexistante, de se battre avec des monstres bizarres et de discuter avec son frère mort depuis vingt ans, elle dit : " Alors ça, c'est vraiment étrange ! " (Rires.) Cela donne à mon avis, le ton du bouquin… Retranscrire tout cela en images demande de l'imagination ? Tom Tirabosco : C'est vrai que ce n'est pas évident ! Et qui plus est, c'est un des scénarios de Pierre qui comportait le plus de dialogues… Pierre Wazem : Je confirme ! (Rires.) Tom Tirabosco : Il a fallu que je trouve les bonnes images pour rendre cette histoire la plus passionnante possible… C'est proche d'Alice aux pays des merveilles ou d'un huit clos ! Pierre Wazem : C'est comme si nous prenions le lecteur par la main et que nous lui racontions une histoire ! Est-ce que le regard de l'autre est important ? Tom Tirabosco : Le fait que Pierre soit un auteur complet m'aide au moment du découpage. Il m'a suggéré des trucs et j'ai beaucoup appris à son contact. Pierre Wazem : Attention, je ne suis pas intervenu sans cesse ! Il est indispensable que Tom s'approprie cette histoire pour obtenir le plus bel album possible. C'est vrai qu'au départ, ce n'est pas facile de confier une de vos histoires à un autre… mais quand c'est décidé, il faut que chacun reste dans son domaine, quitte à se parler régulièrement ensuite. Cela permet à chacun de débrider son talent… D'où cette simplification de votre style ? Tom Tirabosco : C'est un aspect que j'avais envie de mettre en route depuis quelques temps. Même si j'ai un dessin sophistiqué et dense, j'ai toujours mis en avant la lisibilité dans mes bandes dessinées. Malgré ce que pensent certains, je ne me considère pas comme un peintre ou un illustrateur qui fait de la bande dessinée. Après, tout est une question de style ! L'important pour un dessinateur est de trouver l'écriture graphique qui corresponde à sa sensibilité… En vous posant cette question, je pensais plutôt à votre style lourd ou tout du moins chargé qui peut gêner parfois la lisibilité d'une planche… Un peu à l'image d'un René Follet qui est un génie du dessin mais dont le travail n'est pas toujours approprié à la narration BD ! Tom Tirabosco : Si cela gêne c'est que c'est raté. C'est vrai que j'estime avoir plus épuré la narration sur cet album. Il y a moins d'éléments visuels superfétatoires. Cet album prolonge les ambiances de L'oeil de la forêt avec la simplicité narrative de Week-end. En cela, il va marquer une étape importante dans mon parcours. Je crois que Pierre a toujours aimé mon dessin même si la manière dont je peux le faire, peut paraître complexe. Pierre Wazem : C'est vrai que je lui ai souvent dit de simplifier et d'être moins dans la rondeur mais plus dans les angles. Est-ce que le choix de la bichromie accentue cette impression ? Tom Tirabosco : Certainement. J'avais envie de me rapprocher ainsi des " comics " américains. Pierre Wazem : Comme on est beaucoup dans le clair-obscur, ce choix me convenait bien… C'est très mélancolique ! Tom Tirabosco : Comme c'était la première fois que je traitais les aplats, il fallait que je fasse des essais avant d'être convaincu. Le résultat a confirmé le fait que chaque récit doit être travaillé de manière différente. La couleur directe sur Monroe se justifiait car nous étions dans les grands espaces, la grande aventure. Avec La fin du monde, nous sommes plus dans la " petite musique ". Pierre Wazem : Et même si nous avions choisi de mettre des couleurs, la palette serait restée très restreinte. Tom, c'est aussi la première fois que vous utilisez l'ordinateur pour faire vos couleurs… Tom Tirabosco : Oui et je travaille de plus en plus avec ce médium. Justement, quels sont vos projets à venir ? Pierre Wazem : En BD, je travaille pour un album à paraître dans la collection Shampoing. C'est une histoire qu'il m'est arrivée à 17 ans où je me suis enfermé durant toute une nuit dans un grand magasin suisse, avec un copain et nous avons fait toutes les conneries possibles et inimaginables ! Ils ont dû perdre deux-trois millions dans l'affaire… (Rires.) Au petit matin, nous avons été attrapés et avons fait de la tôle. Pendant longtemps, je n'arrivais pas à trouver un angle de narration et Lewis a débloqué la situation en me donnant deux-trois conseils… Il devrait sortir d'ici la fin de l'année ou début de l'année suivante. Autrement, je réalise une BD en couleurs, Mars aller-retour, pour Futuropolis. C'est l'histoire d'un gars qui s'ennuie et qui décide de s'isoler. Alors, il a l'idée d'aller sur Mars… C'est complètement farfelu ! Tom Tirabosco : J'ai repris mon vieux projet pour Atrabile où je mêle mes souvenirs d'enfance et mon goût pour la peinture. Une vingtaine de planches sont déjà parues dans Bile Noire et je compte en dessiner encore soixante-dix autres.
Qui a eu l'initiative de cette troisième retrouvaille ?
Pierre Wazem : Au départ, j'avais envie d'écrire une histoire autour de ma maison d'enfance. Mais comme j'ai compris très rapidement que je n'avais pas envie de la dessiner, je l'ai proposé à Tom avec qui j'avais déjà travaillé sur Monroe et sur Week-end avec préméditation. Sébastien Gnaedig de Futuropolis avait bien aimé le travail que nous avions fait sous sa direction sur Week-end [à l'époque il se trouvait encore aux Humanoïdes Associés]. Il nous a tout de suite donné carte blanche pour développer le projet.
Qu'est-ce qui a changé avec l'arrivée de Tom ?
Pierre Wazem : J'ai eu envie de changer d'orientation dans l'histoire et de l'amener vers des ambiances plus fantastiques. Je l'ai également emmené voir cette maison pendant une après-midi complète, il a fait des photos, je lui ai raconté des anecdotes sur ce lieu, etc.
Tom Tirabosco : Après, il y a eu beaucoup d'aller-retour entre nous. J'ai rajouté des éléments qui m'intéressent comme la scène de l'accident du début.
Qu'est-ce qui vous plaisait dans cette histoire ?
Tom Tirabosco : Le climat et l'ambiance générale. Le voyage intérieur du personnage principal allait enfin me permettre la mise en place d'un univers fantastique. Jusqu'à présent, j'avais seulement effleuré cet aspect dans mes histoires. Là, il est central…
Pierre Wazem : Je me suis beaucoup appuyé sur mes influences en littérature japonaise contemporaine où le fantastique est très encré dans le quotidien. Je pense notamment à Murakami !
Tom Tirabosco : En le faisant, j'ai également beaucoup pensé aux écrits de Neil Gaiman, notamment son texte intitulé Coraline. C'est du fantastique assez léger, très nuancé…
Pierre Wazem : J'appelle cela le " fantastique banal "…
Est-ce que vos expériences communes vous ont servi au moment d'avancer sur cette histoire ?
Tom Tirabosco : C'est facile de travailler avec Pierre. Il est à l'écoute de mes demandes tout comme je le suis des siennes… Il sait adapter son univers en fonction de ses collaborateurs, ce qui permet d'avancer de façon assez libre, même si nous avons des sensibilités très différentes. Mais c'est sur nos références communes que nous construisons nos histoires. Sur Monroe, je lui avais demandé une histoire avec une baleine. Et qu'est-ce qu'il me fait… il la trucide après trois pages ! (Rires.)
Pierre Wazem : Tu en retrouves sur la fin… (Rires.)
Tom Tirabosco : Mais là encore, elles sont toutes mortes !
Pierre Wazem : Et sur La fin du monde, tu m'avais demandé quoi… je ne m'en rappelle plus ? (Rires.)
Tom Tirabosco : De me raconter ce que tu avais en toi de plus intime… Un album comme Week-end avec préméditation est construit sur des émotions vécues et intimes et c'est pour cela que c'est un bon livre. Là, l'histoire de Pierre est construite sur ses souvenirs liés à la maison, mais aussi sur la recherche et la perte de la mère, etc.
Profitons-en pour faire un résumé de ce livre…
Pierre Wazem : C'est l'histoire d'une personne en panne, qui va rechercher les raisons de cet arrêt soudain… Pour cela, elle décide de se rendre dans cette maison familiale. Tout cela sur fond d'ambiance de fin du monde ! J'avais vraiment envie de retranscrire, avec ce monde extérieur, ce qui se passait dans son monde intérieur. C'est une très simple métaphore !
L'introduction de ces animaux qui parlent fait-il partie de ce " fantastique banal " dont vous parlez?
Pierre Wazem : Cela fait partie des clés de portes que l'on ouvre et que l'on ferme. Ces éléments animalesques font office de messagers… J'aurais pu tout aussi bien faire parler un arbre… ou une brouette, l'essentiel étant de guider le personnage principal.
Tom Tirabosco : Dans ce livre, nous jouons avec un certain nombre de codes du fantastique et du merveilleux. Dans Monroe, nous avions d'ores et déjà travaillé dans cette voie en abordant le genre du " road movie " de façon détournée.
Pierre Wazem : Cela m'intéressait de faire de l'anti-genre ! Ce qui peut paraître bizarre dans le livre, elle le dit dans une bulle de fin quand elle découvre que son père est sorti du coma. Alors qu'elle vient de rencontrer une dame qui parle avec les chats sans être plus surprise que cela, de traverser une porte inexistante, de se battre avec des monstres bizarres et de discuter avec son frère mort depuis vingt ans, elle dit : " Alors ça, c'est vraiment étrange ! " (Rires.) Cela donne à mon avis, le ton du bouquin…
Retranscrire tout cela en images demande de l'imagination ?
Tom Tirabosco : C'est vrai que ce n'est pas évident ! Et qui plus est, c'est un des scénarios de Pierre qui comportait le plus de dialogues…
Pierre Wazem : Je confirme ! (Rires.)
Tom Tirabosco : Il a fallu que je trouve les bonnes images pour rendre cette histoire la plus passionnante possible… C'est proche d'Alice aux pays des merveilles ou d'un huit clos !
Pierre Wazem : C'est comme si nous prenions le lecteur par la main et que nous lui racontions une histoire !
Est-ce que le regard de l'autre est important ?
Tom Tirabosco : Le fait que Pierre soit un auteur complet m'aide au moment du découpage. Il m'a suggéré des trucs et j'ai beaucoup appris à son contact.
Pierre Wazem : Attention, je ne suis pas intervenu sans cesse ! Il est indispensable que Tom s'approprie cette histoire pour obtenir le plus bel album possible. C'est vrai qu'au départ, ce n'est pas facile de confier une de vos histoires à un autre… mais quand c'est décidé, il faut que chacun reste dans son domaine, quitte à se parler régulièrement ensuite. Cela permet à chacun de débrider son talent…
D'où cette simplification de votre style ?
Tom Tirabosco : C'est un aspect que j'avais envie de mettre en route depuis quelques temps. Même si j'ai un dessin sophistiqué et dense, j'ai toujours mis en avant la lisibilité dans mes bandes dessinées. Malgré ce que pensent certains, je ne me considère pas comme un peintre ou un illustrateur qui fait de la bande dessinée. Après, tout est une question de style ! L'important pour un dessinateur est de trouver l'écriture graphique qui corresponde à sa sensibilité…
En vous posant cette question, je pensais plutôt à votre style lourd ou tout du moins chargé qui peut gêner parfois la lisibilité d'une planche… Un peu à l'image d'un René Follet qui est un génie du dessin mais dont le travail n'est pas toujours approprié à la narration BD !
Tom Tirabosco : Si cela gêne c'est que c'est raté. C'est vrai que j'estime avoir plus épuré la narration sur cet album. Il y a moins d'éléments visuels superfétatoires. Cet album prolonge les ambiances de L'oeil de la forêt avec la simplicité narrative de Week-end. En cela, il va marquer une étape importante dans mon parcours. Je crois que Pierre a toujours aimé mon dessin même si la manière dont je peux le faire, peut paraître complexe.
Pierre Wazem : C'est vrai que je lui ai souvent dit de simplifier et d'être moins dans la rondeur mais plus dans les angles.
Est-ce que le choix de la bichromie accentue cette impression ?
Tom Tirabosco : Certainement. J'avais envie de me rapprocher ainsi des " comics " américains.
Pierre Wazem : Comme on est beaucoup dans le clair-obscur, ce choix me convenait bien… C'est très mélancolique !
Tom Tirabosco : Comme c'était la première fois que je traitais les aplats, il fallait que je fasse des essais avant d'être convaincu. Le résultat a confirmé le fait que chaque récit doit être travaillé de manière différente. La couleur directe sur Monroe se justifiait car nous étions dans les grands espaces, la grande aventure. Avec La fin du monde, nous sommes plus dans la " petite musique ".
Pierre Wazem : Et même si nous avions choisi de mettre des couleurs, la palette serait restée très restreinte.
Tom, c'est aussi la première fois que vous utilisez l'ordinateur pour faire vos couleurs…
Tom Tirabosco : Oui et je travaille de plus en plus avec ce médium.
Justement, quels sont vos projets à venir ?
Pierre Wazem : En BD, je travaille pour un album à paraître dans la collection Shampoing. C'est une histoire qu'il m'est arrivée à 17 ans où je me suis enfermé durant toute une nuit dans un grand magasin suisse, avec un copain et nous avons fait toutes les conneries possibles et inimaginables ! Ils ont dû perdre deux-trois millions dans l'affaire… (Rires.) Au petit matin, nous avons été attrapés et avons fait de la tôle. Pendant longtemps, je n'arrivais pas à trouver un angle de narration et Lewis a débloqué la situation en me donnant deux-trois conseils… Il devrait sortir d'ici la fin de l'année ou début de l'année suivante. Autrement, je réalise une BD en couleurs, Mars aller-retour, pour Futuropolis. C'est l'histoire d'un gars qui s'ennuie et qui décide de s'isoler. Alors, il a l'idée d'aller sur Mars… C'est complètement farfelu !
Tom Tirabosco : J'ai repris mon vieux projet pour Atrabile où je mêle mes souvenirs d'enfance et mon goût pour la peinture. Une vingtaine de planches sont déjà parues dans Bile Noire et je compte en dessiner encore soixante-dix autres.
"Dis-moi comment tu dessines et je te dirai qui tu es !"
Jean-Michel Ponzio, admiratif du travail de Paul Gillon, a proposé d'organiser cette rencontre. Profitant de la réédition des Naufragés du Temps chez Glénat, nous avons pu concrétiser cette envie et créer une rubrique que vous retrouverez régulièrement : Face à Face. Elle réunira deux auteurs aux approches identiques mais aux techniques différentes. Une rencontre organisée par Frédéric Bosser - photos © J-L Vallet 2008
>>> LIRE L'INTERVIEW... <<< JM Ponzio : J'ai tenu à vous amener les deux premiers tomes de Genetiks, une série écrite par Richard Mazarano que vous deviez dessiner à l'origine et dont j'ai finalement hérité. Je ne sais pas si vous vous en souvenez ? Paul Gillon : Si, si ! Je me rappelle avoir rencontré cet auteur et nous avons failli travailler ensemble. Mais je lui ai préféré un scénario de Richard Malka, L'Ordre de Cicéron. Comme je trouvais dans le scénario de Richard Mazarano une part encore un peu hasardeuse, je n'ai pas eu envie de me lancer sur cette piste… Merci pour ce cadeau qui va me permettre de voir ce que vous en avez fait. Mais je crois avoir déjà découvert votre travail avec la prépublication du tome 1 du Complexe du Chimpanzé dans Bo-Doï. Je suis curieux de savoir comment vous travaillez… JM Ponzio : Richard Marazano, mon scénariste réalise le story-board, et me donne des indications sur le look des personnages, puis je réunis des acteurs que nous validons et je leur fais jouer des scènes. De cette base de photos, je recompose l'histoire sur mon ordinateur. Paul Gillon : Même si mon travail a l'air relativement photographique, je ne consulte les photos que pour déclencher un sentiment, un geste… Cela vaut surtout pour mes personnages ! Cela ne m'intéresse pas de recopier. J'ai déjà essayé de travailler ainsi mais le résultat s'est révélé grotesque. Je veux que mes personnages aient une réalité et qu'ils vivent. Je tiens à ce que mes visages transposent une émotion… C'est la base de tout ! Êtes-vous sensible à ces débats qui agitent le milieu, concernant les droits à l'image que des photographes revendiquent face à des dessinateurs réalistes ? JM Ponzio : Je suis tout cela de très près et je pense que Paul n'aura jamais de souci de ce côté-là… Ce qu'il retranscrit n'est pas la réalité ! Paul Gillon : Quelle que soit la photo que j'utilise, et même si elle est très nourrie, je vais la reconstruire complètement sauf si le scénario le demande. C'est le cas sur L'Ordre de Cicéron où je vais tâcher de rester fidèle à l'ambiance des tribunaux et respecter l'architecture des lieux. Où trouvez-vous cette documentation ? Paul Gillon : Principalement dans les magazines ! Il m'arrive souvent de découper deux-trois images que je vais classer ensuite dans des pochettes. Elles me serviront ensuite ou pas, comme des sources d'inspirations… JM Ponzio : Moi, je vais créer des dossiers virtuels que je vais ensuite classer sur mon ordinateur. Ce qui fait la force de Paul Gillon, c'est cette capacité à emmagasiner des images avant de les restituer. C'est ce qui me manque et j'ai encore du mal à m'en détacher. Je reste tributaire de mes documents mais c'est un parti pris ! C'est pour cela que ma démarche actuelle est d'être le moins stéréotypé possible quand je fais cela… Je peux par exemple montrer deux filles blondes aux cheveux long et tout faire pour que les lecteurs les reconnaissent et les différencient sans problème. Paul Gillon : À première vue, vous avez une écriture lucide et expérimentée. Je devine des certitudes dans vos choix. Les images ne se contrarient pas, contrairement à ce que je vois souvent sur de jeunes dessinateurs et… de moins jeunes d'ailleurs ! JM Ponzio : Je suis obligé par ma technique de réaliser trois-quatre photos avec mes personnages pour trouver une attitude qui me convienne. Paul Gillon : C'est un travail terrifiant que vous faites là ! JM Ponzio : Oui mais surtout en termes de préparation… Paul Gillon : Et vous dormez quand ? JM Ponzio : Je vous rassure, j'ai un sommeil et un rythme très réguliers. (Rires.) C'est très lourd en amont, environ un mois de préparation. Après, cela me prend moins de temps que pour dessiner de manière classique, une planche complète… Je peux arriver à en faire deux par jour. C'est pour cela que j'arrive à réaliser trois albums par an. Paul Gillon : En tout cas, le résultat est très positif et je ne me force pas en vous disant cela. JM Ponzio : Après c'est tout une cuisine pour arriver au résultat final. Si les personnages existent en vrai, beaucoup d'objets sont conçus en 3D, comme les véhicules ou certains décors qui n'existent pas dans la réalité… Là où cela devient compliqué, c'est notamment sur Le complexe du Chimpanzé quand les personnages sont en scaphandre. J'ai du entièrement reconstituer des scaphandres en vrai, pour capter des informations sur la lumière. En fait seul le casque est en 3D, trop coûteux à réaliser en dur. Paul Gillon : En tout cas, même si je ne sais pas ce que donne l'histoire, le résultat est estimable. JM Ponzio : Sur cette série qui me demande plus de travail, je me maintiens à une planche par jour… Mais ce n'est pas une gageure, de nombreux auteurs ont ce rythme. Paul Gillon : Moi, je ne m'y risquerais pas car cela ne correspond pas du tout à ma mentalité. Pourtant, je passe pour quelqu'un de rapide. (Rires.) RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DE CET ENTRETIEN DANS [dBD] N°26
JM Ponzio : J'ai tenu à vous amener les deux premiers tomes de Genetiks, une série écrite par Richard Mazarano que vous deviez dessiner à l'origine et dont j'ai finalement hérité. Je ne sais pas si vous vous en souvenez ? Paul Gillon : Si, si ! Je me rappelle avoir rencontré cet auteur et nous avons failli travailler ensemble. Mais je lui ai préféré un scénario de Richard Malka, L'Ordre de Cicéron. Comme je trouvais dans le scénario de Richard Mazarano une part encore un peu hasardeuse, je n'ai pas eu envie de me lancer sur cette piste… Merci pour ce cadeau qui va me permettre de voir ce que vous en avez fait. Mais je crois avoir déjà découvert votre travail avec la prépublication du tome 1 du Complexe du Chimpanzé dans Bo-Doï. Je suis curieux de savoir comment vous travaillez… JM Ponzio : Richard Marazano, mon scénariste réalise le story-board, et me donne des indications sur le look des personnages, puis je réunis des acteurs que nous validons et je leur fais jouer des scènes. De cette base de photos, je recompose l'histoire sur mon ordinateur.
Paul Gillon : Même si mon travail a l'air relativement photographique, je ne consulte les photos que pour déclencher un sentiment, un geste… Cela vaut surtout pour mes personnages ! Cela ne m'intéresse pas de recopier. J'ai déjà essayé de travailler ainsi mais le résultat s'est révélé grotesque. Je veux que mes personnages aient une réalité et qu'ils vivent. Je tiens à ce que mes visages transposent une émotion… C'est la base de tout ! Êtes-vous sensible à ces débats qui agitent le milieu, concernant les droits à l'image que des photographes revendiquent face à des dessinateurs réalistes ? JM Ponzio : Je suis tout cela de très près et je pense que Paul n'aura jamais de souci de ce côté-là… Ce qu'il retranscrit n'est pas la réalité ! Paul Gillon : Quelle que soit la photo que j'utilise, et même si elle est très nourrie, je vais la reconstruire complètement sauf si le scénario le demande. C'est le cas sur L'Ordre de Cicéron où je vais tâcher de rester fidèle à l'ambiance des tribunaux et respecter l'architecture des lieux.
Où trouvez-vous cette documentation ? Paul Gillon : Principalement dans les magazines ! Il m'arrive souvent de découper deux-trois images que je vais classer ensuite dans des pochettes. Elles me serviront ensuite ou pas, comme des sources d'inspirations… JM Ponzio : Moi, je vais créer des dossiers virtuels que je vais ensuite classer sur mon ordinateur. Ce qui fait la force de Paul Gillon, c'est cette capacité à emmagasiner des images avant de les restituer. C'est ce qui me manque et j'ai encore du mal à m'en détacher. Je reste tributaire de mes documents mais c'est un parti pris ! C'est pour cela que ma démarche actuelle est d'être le moins stéréotypé possible quand je fais cela… Je peux par exemple montrer deux filles blondes aux cheveux long et tout faire pour que les lecteurs les reconnaissent et les différencient sans problème. Paul Gillon : À première vue, vous avez une écriture lucide et expérimentée. Je devine des certitudes dans vos choix. Les images ne se contrarient pas, contrairement à ce que je vois souvent sur de jeunes dessinateurs et… de moins jeunes d'ailleurs ! JM Ponzio : Je suis obligé par ma technique de réaliser trois-quatre photos avec mes personnages pour trouver une attitude qui me convienne. Paul Gillon : C'est un travail terrifiant que vous faites là ! JM Ponzio : Oui mais surtout en termes de préparation… Paul Gillon : Et vous dormez quand ? JM Ponzio : Je vous rassure, j'ai un sommeil et un rythme très réguliers. (Rires.) C'est très lourd en amont, environ un mois de préparation. Après, cela me prend moins de temps que pour dessiner de manière classique, une planche complète… Je peux arriver à en faire deux par jour. C'est pour cela que j'arrive à réaliser trois albums par an. Paul Gillon : En tout cas, le résultat est très positif et je ne me force pas en vous disant cela. JM Ponzio : Après c'est tout une cuisine pour arriver au résultat final. Si les personnages existent en vrai, beaucoup d'objets sont conçus en 3D, comme les véhicules ou certains décors qui n'existent pas dans la réalité… Là où cela devient compliqué, c'est notamment sur Le complexe du Chimpanzé quand les personnages sont en scaphandre. J'ai du entièrement reconstituer des scaphandres en vrai, pour capter des informations sur la lumière. En fait seul le casque est en 3D, trop coûteux à réaliser en dur. Paul Gillon : En tout cas, même si je ne sais pas ce que donne l'histoire, le résultat est estimable. JM Ponzio : Sur cette série qui me demande plus de travail, je me maintiens à une planche par jour… Mais ce n'est pas une gageure, de nombreux auteurs ont ce rythme. Paul Gillon : Moi, je ne m'y risquerais pas car cela ne correspond pas du tout à ma mentalité. Pourtant, je passe pour quelqu'un de rapide. (Rires.)
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>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< CAUCHEMAR ROCK Le rock'n'roll circus version bande dessinée remonte sur scène. Ouvertement influencé par les Rolling Stones dans l'une des nouvelles de ce second tome [Dégâts maternels], Michel Pirus rend un hommage ravagé à la période faste du célèbre groupe anglais. L'ancien collaborateur de Métal Hurlant réinterprète Mother's little helper avec la même folie qui habita Mick Jagger et sa bande dans les années 60. Les petits remontants de maman sont aussi pervers que les pilules que s'envoient les ados. Qui est le plus mal dans sa peau ? La mère qui s'empiffre d'anxiolytiques pour régler ses problèmes de couple ou sa fille qui avale toutes les pilules qui traînent pour oublier son petit copain plutôt infect ? Tous les protagonistes du premier volet (Hallorave) font leur come-back, certains sous forme de fantôme, mais qu'importe. Vivant ou mort, chacun erre comme un spectre dans cette série noire. Mezzo, avec son trait réaliste un tantinet rétro, tendance underground américain style Burns, réussit à rendre cette zone pavillonnaire très middle class, aussi malsaine que Wisteria Lane dans Desperate Housewives. Le duo de choc a gardé la construction narrative du premier épisode avec une historiette pour chaque protagoniste de plus en plus désespéré. Si l'utilisation systématique de la voix off tend à alourdir l'action, l'ambiance glauque demeure. Mezzo et Pirus créent un univers bien à eux malgré les références abondantes déjà citées à de nombreuses reprises pour Hallorave. De David Linch à Bret Easton Ellis en passant donc par Charles Burns. Frédérique Pelletier Album cartonné 64 pages couleur disponible
CAUCHEMAR ROCK
Le rock'n'roll circus version bande dessinée remonte sur scène. Ouvertement influencé par les Rolling Stones dans l'une des nouvelles de ce second tome [Dégâts maternels], Michel Pirus rend un hommage ravagé à la période faste du célèbre groupe anglais. L'ancien collaborateur de Métal Hurlant réinterprète Mother's little helper avec la même folie qui habita Mick Jagger et sa bande dans les années 60. Les petits remontants de maman sont aussi pervers que les pilules que s'envoient les ados. Qui est le plus mal dans sa peau ? La mère qui s'empiffre d'anxiolytiques pour régler ses problèmes de couple ou sa fille qui avale toutes les pilules qui traînent pour oublier son petit copain plutôt infect ? Tous les protagonistes du premier volet (Hallorave) font leur come-back, certains sous forme de fantôme, mais qu'importe. Vivant ou mort, chacun erre comme un spectre dans cette série noire. Mezzo, avec son trait réaliste un tantinet rétro, tendance underground américain style Burns, réussit à rendre cette zone pavillonnaire très middle class, aussi malsaine que Wisteria Lane dans Desperate Housewives. Le duo de choc a gardé la construction narrative du premier épisode avec une historiette pour chaque protagoniste de plus en plus désespéré. Si l'utilisation systématique de la voix off tend à alourdir l'action, l'ambiance glauque demeure. Mezzo et Pirus créent un univers bien à eux malgré les références abondantes déjà citées à de nombreuses reprises pour Hallorave. De David Linch à Bret Easton Ellis en passant donc par Charles Burns. Frédérique Pelletier
Album cartonné 64 pages couleur disponible
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< DESSINE-MOI LA BEAUTÉ Je ne vous ferai pas l'affront de vous rappeler l'histoire de ce pilote bloqué dans le désert suite à l'avarie de son avion et réveillé par un enfant blond, lui demandant de dessiner un mouton… Je ne reviendrai pas non plus, sur ce même enfant venu d'une petite planète pas plus grande qu'une maison, où une unique fleur habitée par une femme très " émouvante ", pousse par hasard. Une fleur dont il avoue au narrateur, avoir été " trop jeune pour savoir l'aimer " et qu'il va fuir pour aller de planète en planète, recherchant une occupation et une instruction. Rien que d'évoquer tout cela, j'en ai encore des frissons ! Alors s'il y avait bien un album que nous attendions avec impatience à la rédaction, c'est cette adaptation en bande dessinée du Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry par un autre Prince de la BD contemporaine, Joann Sfar. Il fallait une sacrée dose d'inconscient pour s'attaquer à un tel monument de la littérature française. Chacun porte en lui cette histoire et comme l'auteur nous l'a rappelé récemment dans une interview, chacun a en lui " son " histoire avec ce récit. À ceci s'ajoute la difficulté de se détourner des images fortes léguées par l'écrivain lui-même et qui sont connues universellement. Force est de constater que le pari est gagné. Joann a réussi son tour de force et Le Petit Prince est devenu sien ! Sa mise en scène (même si la technique du gaufrier systématique est parfois rébarbative) est vertigineuse et elle amplifie les dialogues écrits au cordeau par Antoine de Saint- Exupéry. Pour ceux qui s'y essayeront ensuite, Sfar a placé la barre très haute… trop haute ? Merci Joann… Frédéric Bosser Album cartonné 116 pages couleur le 5 septembre
DESSINE-MOI LA BEAUTÉ
Je ne vous ferai pas l'affront de vous rappeler l'histoire de ce pilote bloqué dans le désert suite à l'avarie de son avion et réveillé par un enfant blond, lui demandant de dessiner un mouton… Je ne reviendrai pas non plus, sur ce même enfant venu d'une petite planète pas plus grande qu'une maison, où une unique fleur habitée par une femme très " émouvante ", pousse par hasard. Une fleur dont il avoue au narrateur, avoir été " trop jeune pour savoir l'aimer " et qu'il va fuir pour aller de planète en planète, recherchant une occupation et une instruction. Rien que d'évoquer tout cela, j'en ai encore des frissons ! Alors s'il y avait bien un album que nous attendions avec impatience à la rédaction, c'est cette adaptation en bande dessinée du Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry par un autre Prince de la BD contemporaine, Joann Sfar. Il fallait une sacrée dose d'inconscient pour s'attaquer à un tel monument de la littérature française. Chacun porte en lui cette histoire et comme l'auteur nous l'a rappelé récemment dans une interview, chacun a en lui " son " histoire avec ce récit. À ceci s'ajoute la difficulté de se détourner des images fortes léguées par l'écrivain lui-même et qui sont connues universellement. Force est de constater que le pari est gagné. Joann a réussi son tour de force et Le Petit Prince est devenu sien ! Sa mise en scène (même si la technique du gaufrier systématique est parfois rébarbative) est vertigineuse et elle amplifie les dialogues écrits au cordeau par Antoine de Saint- Exupéry. Pour ceux qui s'y essayeront ensuite, Sfar a placé la barre très haute… trop haute ? Merci Joann… Frédéric Bosser
Album cartonné 116 pages couleur le 5 septembre
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< INDESTRUCTIBLE HERMANN Du western au polar, le grand Hermann a affronté tous les thèmes en plus de quarante années de carrière, sauf peut-être celui de la piraterie, excepté une série de story-boards réalisés pour le film Pirates de Roman Polanski, excusez du peu. C'est désormais chose faite avec ce diptyque écrit avec fougue par son fils Yves H. La Caroline du sud au début du dix-huitième siècle sert de cadre à cette aventure au classicisme rigoureux. Conrad, jeune aventurier peu scrupuleux, épouse secrètement la blonde Harriet, riche héritière fille de Lord Somerset à la fois planteur et gouverneur tyrannique. Hélas, le rêve d'une vie dorée s'envole avec l'incendie de la propriété, obligeant Conrad à échafauder d'autres plans. Il part à la recherche du trésor fabuleux de Robert Murdoch, le diable des sept mers, qui a croisé sa route quelques années plus tôt. C'est avec délectation que l'on suit les pérégrinations de ce personnage au passé tumultueux assoiffé par l'or. Yves H. écrit un scénario riche en rebondissements, sans jamais tomber dans les clichés d'un genre qui semblait voué depuis des lustres au répétitif. Le dessin d'Hermann est éblouissant d'aisance, riche en personnages secondaires aux trognes inoubliables. Avouez que les pirates d'Hermann ont une autre présence que ceux de certains auteurs branchés qui font les délices de la critique. À noter la publication d'une édition spéciale de cet album présentée sous jaquette avec en prime six hors texte et dessins inédits. Henri Filippini Album cartonné 48 pages couleur septembre
INDESTRUCTIBLE HERMANN
Du western au polar, le grand Hermann a affronté tous les thèmes en plus de quarante années de carrière, sauf peut-être celui de la piraterie, excepté une série de story-boards réalisés pour le film Pirates de Roman Polanski, excusez du peu. C'est désormais chose faite avec ce diptyque écrit avec fougue par son fils Yves H. La Caroline du sud au début du dix-huitième siècle sert de cadre à cette aventure au classicisme rigoureux. Conrad, jeune aventurier peu scrupuleux, épouse secrètement la blonde Harriet, riche héritière fille de Lord Somerset à la fois planteur et gouverneur tyrannique. Hélas, le rêve d'une vie dorée s'envole avec l'incendie de la propriété, obligeant Conrad à échafauder d'autres plans. Il part à la recherche du trésor fabuleux de Robert Murdoch, le diable des sept mers, qui a croisé sa route quelques années plus tôt. C'est avec délectation que l'on suit les pérégrinations de ce personnage au passé tumultueux assoiffé par l'or. Yves H. écrit un scénario riche en rebondissements, sans jamais tomber dans les clichés d'un genre qui semblait voué depuis des lustres au répétitif. Le dessin d'Hermann est éblouissant d'aisance, riche en personnages secondaires aux trognes inoubliables. Avouez que les pirates d'Hermann ont une autre présence que ceux de certains auteurs branchés qui font les délices de la critique. À noter la publication d'une édition spéciale de cet album présentée sous jaquette avec en prime six hors texte et dessins inédits. Henri Filippini
Album cartonné 48 pages couleur septembre
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< DES MENOTTES AUX ALLIANCES ? Youpi ! À l'origine prévue pour ne faire l'objet que d'un diptyque, la formidable série Miss Pas touche s'enrichit d'un troisième volume. La rançon du succès, sans doute, mais qui s'en plaindra ? Dans La vierge du bordel (puis dans Du sang sur les mains), on faisait la connaissance de Blanche et d'Agathe, deux soeurs qui quittaient leur province pour le Paris des années 20. Agathe assassinée, Blanche s'installait au Pompadour, un bordel de renommée mondiale, depuis lequel elle menait son enquête - couronnée de succès - sur le meurtre de sa soeur. Toujours pensionnaire du fameux lupanar, désormais appréciée pour ses " talents spéciaux " (elle domine les clients sans jamais coucher avec eux), notre jeune provinciale rencontre cette fois l'amour en la personne d'un beau et ténébreux fils de famille, Antoine. C'est précisément le moment que choisit sa mère pour débarquer à la capitale... Toujours aussi sophistiqué, le scénario d'Hubert [Boulard, d'ordinaire coloriste, notamment pour Jason et Les Naufragés du temps] délaisse le terreau criminel des premiers tomes pour s'arrêter sur la supposée romance de Blanche, sans rien perdre de son captivant. Rendons d'ailleurs à César ce qui lui revient : c'est d'abord au talent de ce génial touche-à-tout qu'échoit le plébiscite de la série... puis, bien entendu, au dessin de Kerascoët [pseudo du duo Marie Pommepuy et Sébastien Cosset], qui se fait plus sûr et gagne peu à peu en dynamisme. Gageons qu'avec une héroïne d'une telle consistance, cette belle équipe devrait encore nous ensorceler de nombreuses années. Olivier Mimran Album cartonné 48 pages couleur le 19 septembre
DES MENOTTES AUX ALLIANCES ?
Youpi ! À l'origine prévue pour ne faire l'objet que d'un diptyque, la formidable série Miss Pas touche s'enrichit d'un troisième volume. La rançon du succès, sans doute, mais qui s'en plaindra ? Dans La vierge du bordel (puis dans Du sang sur les mains), on faisait la connaissance de Blanche et d'Agathe, deux soeurs qui quittaient leur province pour le Paris des années 20. Agathe assassinée, Blanche s'installait au Pompadour, un bordel de renommée mondiale, depuis lequel elle menait son enquête - couronnée de succès - sur le meurtre de sa soeur. Toujours pensionnaire du fameux lupanar, désormais appréciée pour ses " talents spéciaux " (elle domine les clients sans jamais coucher avec eux), notre jeune provinciale rencontre cette fois l'amour en la personne d'un beau et ténébreux fils de famille, Antoine. C'est précisément le moment que choisit sa mère pour débarquer à la capitale... Toujours aussi sophistiqué, le scénario d'Hubert [Boulard, d'ordinaire coloriste, notamment pour Jason et Les Naufragés du temps] délaisse le terreau criminel des premiers tomes pour s'arrêter sur la supposée romance de Blanche, sans rien perdre de son captivant. Rendons d'ailleurs à César ce qui lui revient : c'est d'abord au talent de ce génial touche-à-tout qu'échoit le plébiscite de la série... puis, bien entendu, au dessin de Kerascoët [pseudo du duo Marie Pommepuy et Sébastien Cosset], qui se fait plus sûr et gagne peu à peu en dynamisme. Gageons qu'avec une héroïne d'une telle consistance, cette belle équipe devrait encore nous ensorceler de nombreuses années. Olivier Mimran
Album cartonné 48 pages couleur le 19 septembre
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< DES GENS ORDINAIRES Paris hiver 1941, dans la capitale française occupée par les troupes allemandes, les Parisiens tentent de survivre aux privations imposées par les restrictions. Charlotte, jeune fille sage dont le père policier à la retraite supporte mal le décès de sa femme, est l'amie de Walter, le jeune soldat allemand. Lucien contraint de commercer avec l'occupant pour aider les siens, Jacqueline amoureuse d'Antoine dont la famille vit dans le luxe, Paul Chalnier dont le but unique est d'amasser de l'argent par tous les moyens, Mercadier le vieil apiculteur ancien militant communiste, sont quelques-uns des protagonistes de ce récit poignant. Philippe Richelle raconte avec pudeur le quotidien d'une population affamée, la détresse de la communauté juive, le cynisme de certains, le silence coupable de la grande majorité des Parisiens. Pierre Wachs, dont le talent est enfin récompensé par une intense activité, signe des images sobres et vraies aux personnages particulièrement soignés. Seul petit regret, la coupure brutale du premier volet de ce diptyque qui laisse le lecteur sur sa faim. Les plus patients d'entre vous pourront attendre la publication de l'inévitable intégrale, afin de savourer cette histoire dans de meilleures conditions. Henri Filippini Album cartonné 64 pages couleur disponible
DES GENS ORDINAIRES
Paris hiver 1941, dans la capitale française occupée par les troupes allemandes, les Parisiens tentent de survivre aux privations imposées par les restrictions. Charlotte, jeune fille sage dont le père policier à la retraite supporte mal le décès de sa femme, est l'amie de Walter, le jeune soldat allemand. Lucien contraint de commercer avec l'occupant pour aider les siens, Jacqueline amoureuse d'Antoine dont la famille vit dans le luxe, Paul Chalnier dont le but unique est d'amasser de l'argent par tous les moyens, Mercadier le vieil apiculteur ancien militant communiste, sont quelques-uns des protagonistes de ce récit poignant. Philippe Richelle raconte avec pudeur le quotidien d'une population affamée, la détresse de la communauté juive, le cynisme de certains, le silence coupable de la grande majorité des Parisiens. Pierre Wachs, dont le talent est enfin récompensé par une intense activité, signe des images sobres et vraies aux personnages particulièrement soignés. Seul petit regret, la coupure brutale du premier volet de ce diptyque qui laisse le lecteur sur sa faim. Les plus patients d'entre vous pourront attendre la publication de l'inévitable intégrale, afin de savourer cette histoire dans de meilleures conditions. Henri Filippini
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< UN VOYAGE EN SOLITAIRE Après l'adaptation de la nouvelle de Jack London Construire un feu [Vents d'Ouest, 2007], Christophe Chabouté se penche une fois encore sur l'extrême solitude. C'est toujours avec une grande maîtrise des séquences silencieuses que l'auteur de Landru [Vents d'Ouest, 2006] immerge le lecteur dans un incroyable huit clos maritime. Au premier abord, l'histoire de ce quinquagénaire difforme isolé dans un phare semble invraisemblable. Pourtant grâce à son économie de dialogues et ses nombreux gros plans sur les détails d'une vie construite avec trois bouts de ficelle, le dessinateur tisse un conte sur un ermite involontaire d'une rare puissance évocatrice. Tout seul, comme l'appellent les habitants du village voisin qu'on ne verra à aucun moment en 376 pages, n'a jamais mis les pieds sur la terre ferme, mais il voyage certainement d'avantage que bien des villageois grâce aux mots du dictionnaire. Tenu à l'écart de la société par des parents trop honteux d'avoir mis au monde un enfant monstrueux, l'homme vieillit dans sa tour lumineuse, ravitaillé chaque semaine par un marin depuis la mort de son père quinze ans plus tôt. Jusqu'au jour où débarque un autre solitaire sur le chalutier. Cet ex-taulard brise les tabous du cru et ose entrer en contact avec le type à la tête de chou. Pas besoin de sortir les violons pour souligner l'humanisme de ces deux gueules cassées. Il suffit de regarder le visage triste et furieux du pêcheur pour s'apercevoir que la société fabrique ellemême ces exclus. Qui sauve les âmes perdues ? Un étranger atterri là par hasard. Et non les habitants du coin qui ferment yeux, oreilles et bouche de peur de réveiller leurs propres cauchemars. Sans jamais asséner de leçons comme il a pu parfois le faire, notamment dans Pleine Lune ou Purgatoire [Vents d'Ouest, 2001 et 2003], Christophe Chabouté continue son étude dessinée sur la tolérance. Ici pas de méchants visibles, comme le fonctionnaire raciste de Pleine lune. L'ennemi n'existe pas à proprement parler. Il est vaguement incarné par l'autre marin, le patron pêcheur qui a passé des années à déposer les caisses de victuailles devant le phare sans jamais s'interroger sur le sens de cet acte. Mais au final, il s'agit plutôt d'un brave gars, un humain tout simplement que la vie n'a pas confronté à l'enfermement de la prison. Les jugements hâtifs n'ont pas de raison d'être dans ce récit où prime le silence, donc la réflexion. Chacun est face à ses démons intérieurs au cours de ce long voyage en solitaire. D'ailleurs, le bateau effectue de courtes distances tandis que Tout seul s'envole par delà les mers via la pensée. Le calme, la sérénité habite ce personnage qui en forcera plus d'un à regarder son voisin différemment. La laideur physique ne cache pas simplement la beauté de l'âme comme c'est souvent le cas dans les récits mettant en scène des créatures effrayantes. Bizarrement en choisissant à nouveau le noir et blanc, laissé de côté depuis Landru, Christophe Chabouté invente des personnages qui concentrent à eux trois une bonne partie de la complexité de la psychologie humaine. Frédérique Pelletier Album broché 380 pages n & b septembre
UN VOYAGE EN SOLITAIRE
Après l'adaptation de la nouvelle de Jack London Construire un feu [Vents d'Ouest, 2007], Christophe Chabouté se penche une fois encore sur l'extrême solitude. C'est toujours avec une grande maîtrise des séquences silencieuses que l'auteur de Landru [Vents d'Ouest, 2006] immerge le lecteur dans un incroyable huit clos maritime. Au premier abord, l'histoire de ce quinquagénaire difforme isolé dans un phare semble invraisemblable. Pourtant grâce à son économie de dialogues et ses nombreux gros plans sur les détails d'une vie construite avec trois bouts de ficelle, le dessinateur tisse un conte sur un ermite involontaire d'une rare puissance évocatrice. Tout seul, comme l'appellent les habitants du village voisin qu'on ne verra à aucun moment en 376 pages, n'a jamais mis les pieds sur la terre ferme, mais il voyage certainement d'avantage que bien des villageois grâce aux mots du dictionnaire. Tenu à l'écart de la société par des parents trop honteux d'avoir mis au monde un enfant monstrueux, l'homme vieillit dans sa tour lumineuse, ravitaillé chaque semaine par un marin depuis la mort de son père quinze ans plus tôt. Jusqu'au jour où débarque un autre solitaire sur le chalutier. Cet ex-taulard brise les tabous du cru et ose entrer en contact avec le type à la tête de chou. Pas besoin de sortir les violons pour souligner l'humanisme de ces deux gueules cassées. Il suffit de regarder le visage triste et furieux du pêcheur pour s'apercevoir que la société fabrique ellemême ces exclus. Qui sauve les âmes perdues ? Un étranger atterri là par hasard. Et non les habitants du coin qui ferment yeux, oreilles et bouche de peur de réveiller leurs propres cauchemars. Sans jamais asséner de leçons comme il a pu parfois le faire, notamment dans Pleine Lune ou Purgatoire [Vents d'Ouest, 2001 et 2003], Christophe Chabouté continue son étude dessinée sur la tolérance. Ici pas de méchants visibles, comme le fonctionnaire raciste de Pleine lune. L'ennemi n'existe pas à proprement parler. Il est vaguement incarné par l'autre marin, le patron pêcheur qui a passé des années à déposer les caisses de victuailles devant le phare sans jamais s'interroger sur le sens de cet acte. Mais au final, il s'agit plutôt d'un brave gars, un humain tout simplement que la vie n'a pas confronté à l'enfermement de la prison. Les jugements hâtifs n'ont pas de raison d'être dans ce récit où prime le silence, donc la réflexion. Chacun est face à ses démons intérieurs au cours de ce long voyage en solitaire. D'ailleurs, le bateau effectue de courtes distances tandis que Tout seul s'envole par delà les mers via la pensée. Le calme, la sérénité habite ce personnage qui en forcera plus d'un à regarder son voisin différemment. La laideur physique ne cache pas simplement la beauté de l'âme comme c'est souvent le cas dans les récits mettant en scène des créatures effrayantes. Bizarrement en choisissant à nouveau le noir et blanc, laissé de côté depuis Landru, Christophe Chabouté invente des personnages qui concentrent à eux trois une bonne partie de la complexité de la psychologie humaine. Frédérique Pelletier
Album broché 380 pages n & b septembre
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< RUMEURS PROVINCIALES Dans une ville française - certes imaginaire, mais qui n'est pas sans nous rappeler Lyon où réside Denis Falque, dessinateur de la série - un inquiétant serial killer dézingue de jeunes femmes en les étranglant après leur avoir entravé les chevilles par de petites cordelettes… Kelian, jeune flic, est amené à diriger l'enquête. Malheureusement pour lui, il va vite découvrir que certains notables pourraient bien être trempés dans cette sombre affaire. Kelian est en effet un proche de Jean Lestrade, l'influent député-maire de la localité. La conclusion de ce récit en deux tomes entraîne le lecteur à l'opposé d'où il croyait être mené… Comme nous l'a déclaré Didier Convard : " Le Protocole m'est venu à la lecture de plusieurs faits-divers qui ont défrayé la chronique dans les années 85-90. Mais aussi d'affaires survenues dans des villes de province impliquant des personnalités, dont certaines n'ont pas été très exploitées. Souvent, il s'agissait de rumeurs sans réel fondement ; ici, l'histoire débute avec un homme qui tue ! " Nul doute, Convard renoue avec un genre qu'il adore et qu'il maîtrise : le polar de moeurs. Fin manipulateur, il tisse la toile d'une histoire menée avec suspens et rebondissements, et signe un scénario haletant, diablement bien servi par l'efficace graphisme de Falque qui - après Le triangle secret, I.N.R.I. et Hertz - s'est enfin fait un nom. Deux autres diptyques sont déjà annoncés : Le protocole du fou et Le protocole de Dieu, et l'on s'impatiente déjà ! Brieg F. Haslé Album cartonné 56 pages couleurs 1er septembre
RUMEURS PROVINCIALES
Dans une ville française - certes imaginaire, mais qui n'est pas sans nous rappeler Lyon où réside Denis Falque, dessinateur de la série - un inquiétant serial killer dézingue de jeunes femmes en les étranglant après leur avoir entravé les chevilles par de petites cordelettes… Kelian, jeune flic, est amené à diriger l'enquête. Malheureusement pour lui, il va vite découvrir que certains notables pourraient bien être trempés dans cette sombre affaire. Kelian est en effet un proche de Jean Lestrade, l'influent député-maire de la localité. La conclusion de ce récit en deux tomes entraîne le lecteur à l'opposé d'où il croyait être mené… Comme nous l'a déclaré Didier Convard : " Le Protocole m'est venu à la lecture de plusieurs faits-divers qui ont défrayé la chronique dans les années 85-90. Mais aussi d'affaires survenues dans des villes de province impliquant des personnalités, dont certaines n'ont pas été très exploitées. Souvent, il s'agissait de rumeurs sans réel fondement ; ici, l'histoire débute avec un homme qui tue ! " Nul doute, Convard renoue avec un genre qu'il adore et qu'il maîtrise : le polar de moeurs. Fin manipulateur, il tisse la toile d'une histoire menée avec suspens et rebondissements, et signe un scénario haletant, diablement bien servi par l'efficace graphisme de Falque qui - après Le triangle secret, I.N.R.I. et Hertz - s'est enfin fait un nom. Deux autres diptyques sont déjà annoncés : Le protocole du fou et Le protocole de Dieu, et l'on s'impatiente déjà ! Brieg F. Haslé
Album cartonné 56 pages couleurs 1er septembre
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< LA CROISADE OUBLIÉE Menée par les Aragonais en 1270, la neuvième croisade fut pratiquement oubliée par les livres d'Histoire à cause de ses piteux résultats. C'est elle qui sert de cadre à ce superbe récit où le sacré croise le fantastique, la mort flirte avec l'amour. Le noble Gauthier de Flandres rejoint Samarande occupé par Ab'Dul Razim, homme de coeur et chef incontesté des Sarrasins. Alors qu'il s'apprête à combattre le Âa terré dans les profondeurs de la forteresse, la belle Syria d'Arcos est retenue captive par Sarek Pacha, mercenaire hideux, victime d'une maladie incurable. Afin de combattre la folie qui semble s'être emparée des combattants, Gauthier doit récupérer le miroir de Syria offert par la lumière des martyrs, reflet des âmes. Cette superbe fresque historique teintée de surnaturel décrit avec justesse le combat du bien contre le mal, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Jean Dufaux signe un scénario envoûtant, qui transporte le lecteur dans un monde où l'humain côtoie la barbarie. Le dessinateur Philippe Xavier, passionné de comics américains, propose des planches somptueuses dont le dépliant central est le point d'orgue. Mention spéciale au coloriste Jean-Jacques Chagnaud qui impressionne par sa maîtrise des couleurs. Un album rare qui devrait combler amateurs de récits classiques et adeptes d'une certaine modernité dans la mise en page. Henri Filippini Album cartonné 56 pages couleur septembre
LA CROISADE OUBLIÉE
Menée par les Aragonais en 1270, la neuvième croisade fut pratiquement oubliée par les livres d'Histoire à cause de ses piteux résultats. C'est elle qui sert de cadre à ce superbe récit où le sacré croise le fantastique, la mort flirte avec l'amour. Le noble Gauthier de Flandres rejoint Samarande occupé par Ab'Dul Razim, homme de coeur et chef incontesté des Sarrasins. Alors qu'il s'apprête à combattre le Âa terré dans les profondeurs de la forteresse, la belle Syria d'Arcos est retenue captive par Sarek Pacha, mercenaire hideux, victime d'une maladie incurable. Afin de combattre la folie qui semble s'être emparée des combattants, Gauthier doit récupérer le miroir de Syria offert par la lumière des martyrs, reflet des âmes. Cette superbe fresque historique teintée de surnaturel décrit avec justesse le combat du bien contre le mal, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Jean Dufaux signe un scénario envoûtant, qui transporte le lecteur dans un monde où l'humain côtoie la barbarie. Le dessinateur Philippe Xavier, passionné de comics américains, propose des planches somptueuses dont le dépliant central est le point d'orgue. Mention spéciale au coloriste Jean-Jacques Chagnaud qui impressionne par sa maîtrise des couleurs. Un album rare qui devrait combler amateurs de récits classiques et adeptes d'une certaine modernité dans la mise en page. Henri Filippini
Album cartonné 56 pages couleur septembre
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< LE PLEIN D'ORDINAIRE Quand Gibrat troque ses pinceaux pour une machine à écrire, il pond... un scénario que son vieux complice Berroyer aurait pu forger à son intention ! Voyez-y un compliment, tant l'association du duo a jadis produit son lot de merveilles. Bref ! Exit Jackie et place au Belge Christian Durrieux (Avel, Mobilis, Benito Mambo), qui met admirablement en images cette nouvelle chronique de la vie ordinaire signée... Gibrat, donc - c'est bien, vous suivez. Ce récit doux-amer s'articule autour d'un jeune quinqua fraîchement viré de la boîte qui l'employait depuis 27 ans. Cerise sur le gâteau, Philippe apprend son licenciement le jour-même de son anniversaire ! Mais ce n'est naturellement pas le magnifique vélo qu'il reçoit en cadeau qui va le consoler. Fraîchement séparé, nouvelle victime de cette satanée mondialisation, l'homme d'habitude dynamique et jovial sombre peu à peu dans la dépression la plus profonde. Il lui faudra tout l'amour de son entourage immédiat et une bonne dose de courage pour sortir la tête de l'eau... Bon, inutile de se raconter des histoires : Les gens honnêtes ne respire pas la joie de vivre. On y frôle même carrément la tragédie. Mais c'est un récit d'une magnifique humanité, et qui ne verse jamais dans l'écueil - si tentant - du misérabilisme. Avec quelques portraits fort bien brossés, de belles envolées lyriques et des dialogues criants de réalisme, nul doute que la série (il s'agit ici d'un premier tome) rencontrera vite le public exigeant qu'elle mérite. Olivier Mimran Album cartonné 64 pages couleur disponible
LE PLEIN D'ORDINAIRE
Quand Gibrat troque ses pinceaux pour une machine à écrire, il pond... un scénario que son vieux complice Berroyer aurait pu forger à son intention ! Voyez-y un compliment, tant l'association du duo a jadis produit son lot de merveilles. Bref ! Exit Jackie et place au Belge Christian Durrieux (Avel, Mobilis, Benito Mambo), qui met admirablement en images cette nouvelle chronique de la vie ordinaire signée... Gibrat, donc - c'est bien, vous suivez. Ce récit doux-amer s'articule autour d'un jeune quinqua fraîchement viré de la boîte qui l'employait depuis 27 ans. Cerise sur le gâteau, Philippe apprend son licenciement le jour-même de son anniversaire ! Mais ce n'est naturellement pas le magnifique vélo qu'il reçoit en cadeau qui va le consoler. Fraîchement séparé, nouvelle victime de cette satanée mondialisation, l'homme d'habitude dynamique et jovial sombre peu à peu dans la dépression la plus profonde. Il lui faudra tout l'amour de son entourage immédiat et une bonne dose de courage pour sortir la tête de l'eau... Bon, inutile de se raconter des histoires : Les gens honnêtes ne respire pas la joie de vivre. On y frôle même carrément la tragédie. Mais c'est un récit d'une magnifique humanité, et qui ne verse jamais dans l'écueil - si tentant - du misérabilisme. Avec quelques portraits fort bien brossés, de belles envolées lyriques et des dialogues criants de réalisme, nul doute que la série (il s'agit ici d'un premier tome) rencontrera vite le public exigeant qu'elle mérite. Olivier Mimran
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< HUIS CLOS Teddy Daniels et Chuck Aule, deux marshals fédéraux se rendent sur Shutter Island, à la fois prison d'État et hôpital psychiatrique. Ils y recherchent Rachel Solando, accusée d'avoir tué ses trois enfants, disparue de ce lieu clos sans laisser la moindre trace. Très vite, les deux hommes se rendent compte qu'ils sont manipulés par le personnel de l'institut qui semble cacher un terrible secret. L'arrivée d'une forte tempête empêche les deux fédéraux de communiquer avec la terre ferme, les contraignant à partager bien des secrets. Adapté d'un roman de Dennis Lehane, ce récit rejoint à juste titre les quatre premiers ouvrages de la collection Rivages/Casterman/noir lancée au printemps dernier. Christian De Metter transcrit avec justesse l'atmosphère pesante régnant dans ce sombre huis clos. Son dessin possède la précision des récits réalisés au lavis après-guerre sans pour autant servir un scénario médiocre. Son adaptation du roman de Dennis Lehane est parfaite, à la fois fidèle à l'oeuvre originale et parfaitement adaptée à la bande dessinée. Shutter Island est le cinquième volume réussi d'une collection dont le succès récompense l'exigence de ses directeurs François Guérif et Matz. Henri Filippini Album cartonné 128 pages couleur septembre
HUIS CLOS
Teddy Daniels et Chuck Aule, deux marshals fédéraux se rendent sur Shutter Island, à la fois prison d'État et hôpital psychiatrique. Ils y recherchent Rachel Solando, accusée d'avoir tué ses trois enfants, disparue de ce lieu clos sans laisser la moindre trace. Très vite, les deux hommes se rendent compte qu'ils sont manipulés par le personnel de l'institut qui semble cacher un terrible secret. L'arrivée d'une forte tempête empêche les deux fédéraux de communiquer avec la terre ferme, les contraignant à partager bien des secrets. Adapté d'un roman de Dennis Lehane, ce récit rejoint à juste titre les quatre premiers ouvrages de la collection Rivages/Casterman/noir lancée au printemps dernier. Christian De Metter transcrit avec justesse l'atmosphère pesante régnant dans ce sombre huis clos. Son dessin possède la précision des récits réalisés au lavis après-guerre sans pour autant servir un scénario médiocre. Son adaptation du roman de Dennis Lehane est parfaite, à la fois fidèle à l'oeuvre originale et parfaitement adaptée à la bande dessinée. Shutter Island est le cinquième volume réussi d'une collection dont le succès récompense l'exigence de ses directeurs François Guérif et Matz. Henri Filippini
Album cartonné 128 pages couleur septembre
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< LE CHOC DES CULTURES C'est une histoire d'hommes, d'amitié improbable au temps des Croisades entre un chevalier chrétien un brin déjanté et un prince musulman idéaliste. Guido qui fuit les siens se retrouve prisonnier du calife Abdu Al Khayr. Au lieu de le faire décapiter, Abdu veut s'en faire un copain envers et contre tout. Flanqués de la jolie soeur du Calife qui a un faible pour Guido, les deux hommes s'embarquent pour un voyage initiatique qui doit les mener à Jérusalem sur le tombeau du Christ puis à La Mecque. En chemin ils vont affronter une série d'épreuves initiatiques à la tonalité assez biblique dans lesquelles chacun réagira en fonction de son éducation. Abdu est de loin le plus sophistiqué, ouvert sur le monde par rapport à un Guido qui en tient une sacrée couche - moine défroqué et hérétique. Il a juré, après avoir trahi celle qu'il aimait, d'aller se repentir sur les lieux saints. Abdu sera son confesseur et son maître à penser. Les deux hommes vont se reconnaître en amitié. Guido fera repentance et sera touché par la grâce divine. Le texte de Marazano n'est pas convenu et ne fait pas dans la facilité. On sent les tensions, le débat et la confrontation entre deux cultures qui ont des connotations très contemporaines. Respect, humilité, reconnaissance, il y a beaucoup d'authenticité dans cette histoire dont Pion assure le dessin avec efficacité et fougue. Jean-Laurent Truc Album cartonné 48 pages couleur disponible
LE CHOC DES CULTURES
C'est une histoire d'hommes, d'amitié improbable au temps des Croisades entre un chevalier chrétien un brin déjanté et un prince musulman idéaliste. Guido qui fuit les siens se retrouve prisonnier du calife Abdu Al Khayr. Au lieu de le faire décapiter, Abdu veut s'en faire un copain envers et contre tout. Flanqués de la jolie soeur du Calife qui a un faible pour Guido, les deux hommes s'embarquent pour un voyage initiatique qui doit les mener à Jérusalem sur le tombeau du Christ puis à La Mecque. En chemin ils vont affronter une série d'épreuves initiatiques à la tonalité assez biblique dans lesquelles chacun réagira en fonction de son éducation. Abdu est de loin le plus sophistiqué, ouvert sur le monde par rapport à un Guido qui en tient une sacrée couche - moine défroqué et hérétique. Il a juré, après avoir trahi celle qu'il aimait, d'aller se repentir sur les lieux saints. Abdu sera son confesseur et son maître à penser. Les deux hommes vont se reconnaître en amitié. Guido fera repentance et sera touché par la grâce divine. Le texte de Marazano n'est pas convenu et ne fait pas dans la facilité. On sent les tensions, le débat et la confrontation entre deux cultures qui ont des connotations très contemporaines. Respect, humilité, reconnaissance, il y a beaucoup d'authenticité dans cette histoire dont Pion assure le dessin avec efficacité et fougue. Jean-Laurent Truc
Album cartonné 48 pages couleur disponible
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< SOUS LE SABLE La catastrophe est imminente. Brüsel sera bientôt enseveli sous des montagnes de sable blanc. Ce scénario cataclysmique déclenché par la mort accidentelle d'un chef de guerre Bugti nous rappelle à chaque instant combien l'équilibre de la planète Terre est fragile. Un simple malentendu culturel peut donc plonger le monde dans le chaos. Schuiten et Peeters n'en finissent pas de nous épater avec leurs fameuses Cités obscures. Et de nous angoisser aussi. Les personnages principaux y sont souvent des scientifiques aguerris capables de sauver cet univers très rectiligne comme de l'anéantir. Là, c'est Mary Von Rathen, " L'enfant penchée " devenue enquêtrice des phénomènes étranges, qui doit remettre de l'ordre dans cette ville sens dessus dessous. Évidemment, elle réussira. L'enjeu de ce diptyque est davantage que la résolution d'une énigme. Il s'agit d'une magistrale digression sur la place du hasard dans la vie. Le fameux effet papillon existe-t-il ? Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? Contrairement au premier volume construit sous forme de suspense, le second volet a beau être une course contre la montre, le temps semble comme suspendu à l'image du restaurateur Maurice aussi léger que le professeur Tournesol dans la vieille pub pour l'huile Fruit d'or. La balade de ce gourmand flottant au-dessus de Brüsel est peut-être un brin longuette, mais c'est une sublime visite de Brüsel laissant éclater l'inventivité de François Schuiten qui a multiplié les plans pour éviter l'ennui. Redoutable. Frédérique Pelletier Album cartonné 120 pages couleur disponible
SOUS LE SABLE
La catastrophe est imminente. Brüsel sera bientôt enseveli sous des montagnes de sable blanc. Ce scénario cataclysmique déclenché par la mort accidentelle d'un chef de guerre Bugti nous rappelle à chaque instant combien l'équilibre de la planète Terre est fragile. Un simple malentendu culturel peut donc plonger le monde dans le chaos. Schuiten et Peeters n'en finissent pas de nous épater avec leurs fameuses Cités obscures. Et de nous angoisser aussi. Les personnages principaux y sont souvent des scientifiques aguerris capables de sauver cet univers très rectiligne comme de l'anéantir. Là, c'est Mary Von Rathen, " L'enfant penchée " devenue enquêtrice des phénomènes étranges, qui doit remettre de l'ordre dans cette ville sens dessus dessous. Évidemment, elle réussira. L'enjeu de ce diptyque est davantage que la résolution d'une énigme. Il s'agit d'une magistrale digression sur la place du hasard dans la vie. Le fameux effet papillon existe-t-il ? Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? Contrairement au premier volume construit sous forme de suspense, le second volet a beau être une course contre la montre, le temps semble comme suspendu à l'image du restaurateur Maurice aussi léger que le professeur Tournesol dans la vieille pub pour l'huile Fruit d'or. La balade de ce gourmand flottant au-dessus de Brüsel est peut-être un brin longuette, mais c'est une sublime visite de Brüsel laissant éclater l'inventivité de François Schuiten qui a multiplié les plans pour éviter l'ennui. Redoutable. Frédérique Pelletier
Album cartonné 120 pages couleur disponible
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< LELOUCH ACCRO À LA BD À la fois chanteuse de gospel et guide touristique dans la région de Las Vegas, Nelly Washington est une jeune et jolie Noire très pieuse qui mène une vie paisible en compagnie d'Alessandra, sa colocataire. Sa vie bascule lorsqu'elle reçoit un message mystérieux qui lui prédit divers événements qui surviennent peu après. Le président des États-Unis est victime d'un attentat, elle gagne une fortune au poker, rencontre le blond et séduisant Nick Chester... Elle finit par se persuader qu'elle est une nouvelle Jeanne d'Arc dont la mission sacrée est de redonner une meilleure image à l'Amérique. Cette belle histoire bascule dans le sordide dans la seconde partie, cédant la place à un sombre complot dont la naïveté laissera de marbre le lecteur exigeant. Ce que le jeu des acteurs peut rendre crédible au cinéma passe beaucoup moins facilement dans une bande dessinée. C'est le cas pour ce récit trop simpliste, destiné à être prochainement adapté au cinéma. Bernard Swysen, qui a déjà mis en images un autre scénario de Claude Lelouch chez Soleil, opte pour une ligne claire un peu raide qui devrait séduire les amateurs d'une école en sommeil depuis quelques années. Un album qui risque de ne pas résister très longtemps à la vague de nouveautés annoncées pour cette rentrée. Henri Filippini Album cartonné 56 pages couleur disponible
LELOUCH ACCRO À LA BD
À la fois chanteuse de gospel et guide touristique dans la région de Las Vegas, Nelly Washington est une jeune et jolie Noire très pieuse qui mène une vie paisible en compagnie d'Alessandra, sa colocataire. Sa vie bascule lorsqu'elle reçoit un message mystérieux qui lui prédit divers événements qui surviennent peu après. Le président des États-Unis est victime d'un attentat, elle gagne une fortune au poker, rencontre le blond et séduisant Nick Chester... Elle finit par se persuader qu'elle est une nouvelle Jeanne d'Arc dont la mission sacrée est de redonner une meilleure image à l'Amérique. Cette belle histoire bascule dans le sordide dans la seconde partie, cédant la place à un sombre complot dont la naïveté laissera de marbre le lecteur exigeant. Ce que le jeu des acteurs peut rendre crédible au cinéma passe beaucoup moins facilement dans une bande dessinée. C'est le cas pour ce récit trop simpliste, destiné à être prochainement adapté au cinéma. Bernard Swysen, qui a déjà mis en images un autre scénario de Claude Lelouch chez Soleil, opte pour une ligne claire un peu raide qui devrait séduire les amateurs d'une école en sommeil depuis quelques années. Un album qui risque de ne pas résister très longtemps à la vague de nouveautés annoncées pour cette rentrée. Henri Filippini
Album cartonné 56 pages couleur disponible
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< LA RENAISSANCE ÉCLATANTE Raconter une partie de la vie de Léonard de Vinci, tel est l'objectif que se sont lancé deux amoureux de l'histoire avec un grand " H " et de l'histoire de l'art, plus particulièrement. Nous pourrions de loin croire que c'est un truc à la mode qui se fait au cinéma comme récemment la vie d'Édith Piaf portée par Marion Cotillard et prochainement Mesrine et Coluche… mais non ! C'est franchement une envie commune d'un duo d'auteurs (il suffit de lire l'interview des auteurs dans ce même numéro) que l'on croyait à jamais impossible à réunir de nouveau tant leurs emplois du temps sont surchargés… Et pourtant, ils l'ont fait ! Porté par un Gilles Chaillet qui retrouve là une seconde jeunesse (il suffit de voir la double page d'entrée que nous proposons dans cette même revue pour vous en convaincre !), ce récit écrit par un Didier Convard qui lui n'en fini pas de s'améliorer au fil des années, est d'une densité, d'une efficacité et d'un niveau rarement atteint dans le 9e art. Nous sommes littéralement plongés dans cette histoire de " tableau mystère " apporté par François Ier au Père Antoine et dans des déboires rencontrés par Léonard de Vinci, obligé de réduire ses ambitions artistiques faute de budgets de la ville (la guerre coûte chère, mon bon monsieur) et accusé de pédophilie. Sans oublier ses récurrents services rendus comme anatomiste renommé, pour aider à démasquer le responsable de ces meurtres à répétition qui épouvantent les habitants de Milan. Bref, c'est du " costaud "… du travail d'orfèvre et vous allez adorer ! Frédéric Bosser Album cartonné 56 pages couleur le 5 septembre
LA RENAISSANCE ÉCLATANTE
Raconter une partie de la vie de Léonard de Vinci, tel est l'objectif que se sont lancé deux amoureux de l'histoire avec un grand " H " et de l'histoire de l'art, plus particulièrement. Nous pourrions de loin croire que c'est un truc à la mode qui se fait au cinéma comme récemment la vie d'Édith Piaf portée par Marion Cotillard et prochainement Mesrine et Coluche… mais non ! C'est franchement une envie commune d'un duo d'auteurs (il suffit de lire l'interview des auteurs dans ce même numéro) que l'on croyait à jamais impossible à réunir de nouveau tant leurs emplois du temps sont surchargés… Et pourtant, ils l'ont fait ! Porté par un Gilles Chaillet qui retrouve là une seconde jeunesse (il suffit de voir la double page d'entrée que nous proposons dans cette même revue pour vous en convaincre !), ce récit écrit par un Didier Convard qui lui n'en fini pas de s'améliorer au fil des années, est d'une densité, d'une efficacité et d'un niveau rarement atteint dans le 9e art. Nous sommes littéralement plongés dans cette histoire de " tableau mystère " apporté par François Ier au Père Antoine et dans des déboires rencontrés par Léonard de Vinci, obligé de réduire ses ambitions artistiques faute de budgets de la ville (la guerre coûte chère, mon bon monsieur) et accusé de pédophilie. Sans oublier ses récurrents services rendus comme anatomiste renommé, pour aider à démasquer le responsable de ces meurtres à répétition qui épouvantent les habitants de Milan. Bref, c'est du " costaud "… du travail d'orfèvre et vous allez adorer ! Frédéric Bosser
Album cartonné 56 pages couleur le 5 septembre
>>> LIRE LA CHRONIQUE... <<< LES RÊVERIES DU PROMENEUR SOLITAIRE Un soir, un cadre japonais revient chez lui avec une réplique de la première ampoule fabriquée par Edison. Le lendemain, ce même homme s'achète des socques traditionnels en bois, abandonnant quelques heures à peine ses chaussures en cuir. Ce quadra sans nom lâche progressivement le stress de Tokyo grâce à des promenades de rêveur solitaire. Il emprunte des chemins de traverse à quelques encablures des avenues aux immeubles ultra modernes de la capitale nipponne pour s'extasier devant des petites échoppes d'antan, des fêtes insolites ou des maisonnettes en bois. Comme à son habitude, Jiro Taniguchi joue la carte de la mise en images nonchalante, surtout quand il s'associe à l'écrivain Masayuki Kusumi que les lecteurs français ont découvert récemment via Le gourmet solitaire [Casterman, 2005]. dans cet autre manga, Le promeneur est construit de plusieurs historiettes simples mais non simplettes qui montrent que ce sont également ces petits riens du quotidien qui rendent la vie si forte. En épicurien invétéré, le dessinateur japonais le plus adulé des bobos parisiens nous fait toucher du doigt l'universalisme de la nostalgie. Bien qu'un brin répétitives, ces huit promenades laissent en bouche le goût sucré de l'enfance. Ah la madeleine de Proust ! Frédérique Pelletier Album broché 72 pages n & b septembre
LES RÊVERIES DU PROMENEUR SOLITAIRE
Un soir, un cadre japonais revient chez lui avec une réplique de la première ampoule fabriquée par Edison. Le lendemain, ce même homme s'achète des socques traditionnels en bois, abandonnant quelques heures à peine ses chaussures en cuir. Ce quadra sans nom lâche progressivement le stress de Tokyo grâce à des promenades de rêveur solitaire. Il emprunte des chemins de traverse à quelques encablures des avenues aux immeubles ultra modernes de la capitale nipponne pour s'extasier devant des petites échoppes d'antan, des fêtes insolites ou des maisonnettes en bois. Comme à son habitude, Jiro Taniguchi joue la carte de la mise en images nonchalante, surtout quand il s'associe à l'écrivain Masayuki Kusumi que les lecteurs français ont découvert récemment via Le gourmet solitaire [Casterman, 2005]. dans cet autre manga, Le promeneur est construit de plusieurs historiettes simples mais non simplettes qui montrent que ce sont également ces petits riens du quotidien qui rendent la vie si forte. En épicurien invétéré, le dessinateur japonais le plus adulé des bobos parisiens nous fait toucher du doigt l'universalisme de la nostalgie. Bien qu'un brin répétitives, ces huit promenades laissent en bouche le goût sucré de l'enfance. Ah la madeleine de Proust ! Frédérique Pelletier
Album broché 72 pages n & b septembre