"Guarnido, du chat noir aux drôles de sorcières"
L'annonce d'une exposition rétrospective du travail de Juanjo Guarnido lors du prochain festival de bande dessinée de Saint-Malo, voici l'unique occasion d'interroger dans nos pages ce formidable dessinateur... et de revenir sur un parcours commencé dans des studios d'animation espagnols puis français de Disney-Montreuil avant de se lancer à corps perdu dans l'aventure du 9e art avec le très noir Blacksad et le très grand public Sorcelleries... Un entretien avec Frédéric Bosser / Photos © 2008 C. Lebédinsky
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Juanjo, racontez-nous votre parcours précédent Blacksad, une série arrivée un peu comme un météorite sur la planète BD... (Rires.) Je ne sais pas si je dois prendre le terme de " météorite " comme un compliment !
C'en est un ! Blacksad, je le vois comme un premier album puis une série qui a marqué à jamais le monde du 9e art, et ce à plus d'un titre. Non seulement par sa qualité mais surtout parce qu'on ne l'attendait pas du tout. Vous n'êtes pas de ces jeunes que l'on a vu progresser d'album en album… Mais j'ai toujours dessiné ! Mon plus vieux souvenir d'enfant est celui où je vois mon père me tendre une feuille pour dessiner sur un coin de table. Plus tard, j'ai suivi pendant cinq ans les Beaux-Arts de Grenade et participé à de nombreux fanzines de bandes dessinées. Cependant, même si j'ambitionnais de faire de la bande dessinée, c'est dans l'animation que j'ai fait mes premiers pas professionnels : trois ans à Madrid dans plusieurs studios [dont Lapiz Azul] puis dix ans au studio Disney de Paris. C'est à mi-parcours que j'ai commencé à travailler sur Blacksad.
Quelles ont été vos influences de jeunesse ? Les bandes dessinées de l'époque : Astérix, Tintin, etc. sans oublier les bandes dessinées espagnoles. Je les lisais à la bibliothèque de mon village. Puis j'ai découvert les BD plus adultes : Moebius, Gimenez, Bilal, les comics américains…
Aux Beaux-Arts, avez-vous suivi une formation en bande dessinée ? Non, dans ce domaine, je suis un autodidacte. J'ai appris en regardant les autres. En fait, quand je me suis inscrit, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire plus tard. Je savais juste que j'allais recevoir une formation classique qui allait m'ouvrir sur le monde de l'art sans pour autant m'astreindre à un style ou une période donnée. Malheureusement, ce ne fut pas trop le cas. J'ai bien sûr pratiqué et découvert de nombreuses activités, dont la gravure qui m'a passionné, mais mis à part quelques bons professeurs, la formation classique et technique que j'espérais n'est plus vraiment administrée aux Beaux-Arts.
Revenons sur vos premiers pas à Madrid… Je faisais partie d'un studio sous traitant principalement des productions françaises ou canadiennes. J'ai par exemple travaillé sur plusieurs épisodes de la série Tintin produite par la société Ellipse. Si le storyboard se faisait en France, le lay-out et les feuilles de modèle de quelques épisodes étaient faits chez nous, et l'animation en Corée. Cependant, même si nous avons quasiment tout fait sur les épisodes de L'Île noire, L'Étoile mystérieuse et Le Sceptre d'Ottokar, nous n'avons jamais été crédités au générique.
Est-ce une position difficile à vivre ? C'est dur ! Quand tu vois un bloc de générique où défilent les équipes françaises et que tu ne vois pas ta contribution, c'est assez injuste comme situation…
Dès cette époque, vous essayez quand même de placer vos bandes dessinées ? Je suis allé présenter un dossier en 1992 chez Marvel US mais cela ne s'est pas concrétisé. Puis il y a eu un contact avec Marvel UK avec d'autres auteurs espagnols mais mon dossier a été également renvoyé. Ce sont des épines douloureuses. Après, je me suis dit que si j'avais été pris à ce moment-là, je serais sûrement sur des séries de leur cru et non sur mes propres projets comme Blacksad et aujourd'hui Sorcelleries.
Ce n'est pas plus mal… Mes collègues qui sont restés dans cette voie étaient et sont sûrement plus des auteurs typiques pour une structure comme Marvel. J'étais et je serais resté atypique. Je suis toujours fan de la production américaine de cette époque, des Gil Kane, John Romita, Sienkiewicz, Mazzuchelli, Frank Miller, Mike Zeck… et moins de l'actuelle, excepté Tim Sale. Mais c'est normal car ses histoires sont toujours placées dans le passé !
Et si Marvel venait à vous proposer aujourd'hui de reprendre un personnage que vous aimez ? Je ne pense pas être prêt à me laisser imposer un scénario. On m'a bien proposé une histoire mais c'était sur un personnage qui ne m'intéressait pas du tout…
Est-ce qu'au vu de l'état du marché espagnol, c'était un des seuls moyens de faire de la bande dessinée ? En gros, oui ! Il était toujours possible de faire de la BD d'auteur mais sans pouvoir en vivre vraiment.
Petite revanche : Blacksad est-il édité outre Atlantique ? Oui mais chez une petite maison d'édition, Ibooks. Malheureusement le patron est décédé et la société est dans une impasse, tout comme la série… Alors c'est en standby et cela a refroidi les autres éditeurs potentiels. C'est dommage car nous avons été nommés plusieurs fois aux Eisner Awards et reçu le Prix Harvey en 2005. Pour autant, suite à des problèmes de distribution, nous restons sur de petits chiffres de ventes…
Quid de l'édition japonaise ? Nous sommes présents avec une très belle édition ! Mais là aussi, nous sommes sur de petits réseaux de distribution… [Lors de mon séjour dans ce pays, j'ai essayé de les trouver dans une dizaine de librairies généralistes mais sans succès. Dans les magasins manga, ce n'était même pas la peine d'essayer]. Les deux premiers tomes ont été édités mais cela ne semble pas avoir intéressé beaucoup de lecteurs.
Reprenons le fil de votre parcours… En 1993, le studio Disney France me contacte par le biais d'un ancien collaborateur de Madrid. Il me propose de venir sur Paris pour travailler sur le film Dingo et Max. J'ai été tenté en me disant qu'une expérience de quelques mois en France serait intéressante… mais je ne suis jamais reparti. Maintenant, je suis marié, père de famille, installé dans ce pays. La totale !
Qu'est-ce qui vous a plu dans cette proposition ? Le challenge. Les dix années que j'ai passées dans ce studio sont mémorables. Travailler avec tous ces " grands " professionnels n'a pas de prix. Au départ, j'ai principalement fait du lay-out, ce qui consiste à planifier les scènes en dessinant les décors, la position des personnages, le choix d'éclairage des scènes, la position de la caméra, etc. J'ai fini par demander à suivre une formation d'animateur dispensée par l'Espagnol Sergio Pablos [animateur entre autres de l'éléphant dans Tarzan], formation qui a été complétée plus tard par Dominique Monféry. J'ai même accepté une baisse de salaire… Cela m'a permis de travailler ensuite sur le personnage de la panthère dans Tarzan, puis sur L'Atlantide, Le Livre de la Jungle II, etc.
Le studio Disney France apparaît pour nous autres, amateurs de bande dessinée, comme un formidable vivier à auteurs de bandes dessinées de talent… Nicolas de Crécy m'a précédé, ainsi que Didier Cassegrain. Quand je m'y trouvais, Nicolas Kéramidas, Pierre Alary, Georges Abolin, Virginie Augustin, Didier Poli… étaient aussi là.
Pour quelles raisons a-t-il fermé alors qu'on le citait comme un des plus performants au monde ? C'était en effet un studio très performant. Cette fermeture correspondait à une politique d'entreprise choisissant d'abandonner la fabrication traditionnelle pour passer à la 3D. Comme j'étais un de ceux qui avaient déjà commencé une autre carrière [deux albums sortis et un en cours], j'ai été un des mieux lotis quand est venue l'heure des licenciements ! Quelques-uns sont partis aux États-Unis, en Australie, à Londres ou ont été engagés dans des studios français, d'autres ont entamé une autre carrière… Un grand gâchis.
Quel est votre bilan de ces années Disney ? C'est comme entrer dans une grande école de commerce ou d'ingénieurs ! Fréquenter toutes ces personnes de talent m'a ouvert sur mon métier. On apprend tout le temps, tous les jours… et tout cela m'a ensuite beaucoup servi pour faire mes albums, même si le découpage n'est pas le même entre le cinéma et la bande dessinée. J'ai aussi eu la chance d'aller deux fois en Californie sur des périodes allant d'un à deux mois, notamment au moment du lancement de Notre-Dame de Paris. C'était une autre planète mais ce n'était pas inintéressant. (Rires.)
Seriez-vous prêt à vous remettre à l'animation ? J'ai récemment repris mon vieux métier pour refaire de l'animation sur un longmétrage, Nocturna, la nuit magique, parce que j'adore faire ça. C'est un artisanat qui se transmet de bouche à oreille. Quand la cassure a eu lieu, je me suis dit que c'était le moment pour franchir le pas et ne faire que de la BD. Ce n'était plus possible de concilier les deux comme ce fut le cas sur les deux premiers albums de Blacksad.
Et comment Blacksad est-il arrivé chez Dargaud ? J'avais connu Canales à Madrid dans un studio d'animation où il était dessinateur. Mais je voyais en lui des capacités en tant que raconteur d'histoires. J'avais découvert parmi ses travaux personnels des BD courtes de Blacksad. Même si nos styles étaient différents, je voyais là déjà tout le potentiel de cette série : un polar animalier très noir. J'ai tout de suite su que c'était le type de personnages que j'avais envie de dessiner et que j'aurais bien aimé créer… moi-même ! (Rires.) Séduit par ma demande, Canales m'a aussitôt proposé de travailler sur un album alors que je pensais plus à de petites histoires, plus compatibles avec nos emplois du temps respectifs. Arguant le potentiel du marché français dans ce domaine, il a fini par me convaincre… et l'aventure Blacksad a commencé !
RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DE CET ENTRETIEN DANS [dBD] N°28
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Choisissez votre camp ! À la suite d'une terrible tragédie (déclenchée par une stupide émission de télé-réalité !), la population américaine se révolte contre l'ensemble des super-héros, bons ou mauvais. Le congrès des États-Unis prend alors une décision radicale : tous les surhumains vont désormais devoir révéler leur identité secrète et suivre une formation spécifique, sous peine d'être considérés comme des hors-la-loi et poursuivis sans états d'âme. Certains, comme Iron Man ou Spider-Man, ne voient pas vraiment d'inconvénient à se plier à la nouvelle législation. Mais pour de nombreux autres, comme Captain America, c'est tout simplement inacceptable car cela les transforme en agents du gouvernement presque ordinaires, alors qu'ils sont depuis toujours au-dessus de toute dimension politique… En un éclair, la nouvelle situation va dresser un véritable mur entre des personnages qui avaient jusque là toujours combattu du même côté de la loi. Inévitablement, les affrontements physiques directs se multiplient, de plus en plus violents. Jusqu'au point de non retour : la mort de l'un des super-héros les plus emblématiques… Si les comics ont véritablement retrouvé ces dernières années une seconde jeunesse après une longue traversée du désert, ils le doivent essentiellement au talent et à l'audace de quelques scénaristes comme Mark Millar, qui a su trouver ici une idée à la fois simple, crédible et d'une implacable efficacité. Elle a d'ailleurs immédiatement séduit plusieurs de ses collègues, et non des moindres, puisque l'on retrouve également dans l'aventure des gens comme Brian Bendis ou J. Michael Straczynski, qui ont tous deux également beaucoup oeuvré au renouvellement du genre, généralement en mettant les super-héros dans des situations aussi déstabilisantes pour eux… que réjouissantes pour le lecteur ! Au niveau du graphisme par contre, rien de révolutionnaire, mais beaucoup d'efficacité et de réalisme (on n'en demande pas plus). C'est le Canadien Steve McNiven qui a signé le premier récit, avant de passer le flambeau à plusieurs autres illustrateurs. Civil War étant un des cycles qui ont le plus fait parler d'eux dans le monde des comics ces dernières années, il est assez logique de le voir intégrer aussi rapidement la prestigieuse collection Marvel Deluxe. Cela irritera peut-être certains fans de la première heure (qui viennent tout juste d'acheter le dernier volume en édition " normale "), mais cela donnera à tous les autres une formidable occasion de rattraper le train en marche, l'intégralité de la saga étant en effet regroupée dans ces trois gros volumes à la présentation soignée (près de 900 pages en tout !). Si elle continue d'être gérée avec intelligence, cette collection Deluxe a tout pour devenir totalement incontournable. Signalons d'ailleurs qu'un autre " néo-classique " va rejoindre cette Pléiade du monde des héros en costumes à la fin du mois de novembre : le cycle de Daredevil écrit par Bendis et mis en images de façon ébouriffante par Maleev… Olivier Maltret
Albums cartonnés environ 320 et 288 pages couleur, t.2 disponible, t.3 le 13 novembre
"Dorison, Van Hamme, une Mangouste comme entrée..."
Entre Jean Van Hamme et Xavier Dorison, nous avons placé bien en évidence sur une table, une Mangouste, fraîchement sortie de son panier... de crabes ! Forcément, entre deux stakhanovistes, elle a été disséquée, décortiquée, analysée, et pour finir, dévorée... Une rencontre organisée par Frédéric Bosser - photos © 2008 C. Lebédinsky
Actualité oblige, parlons de ce premier spin-off de XIII avec un scénario signé Xavier Dorison…
Jean Van Hamme : C'est le premier bon scénario qui était prêt !
Qu'est-ce qui vous a plu dans celui-ci ?
Jean Van Hamme : Son approche. Beaucoup de personnages de la série sont stéréotypés, XIII y compris. L'action l'emportant sur la psychologie, ces personnages avancent dans l'action. La Mangouste ne dérogeant pas à la règle, Xavier en fait un personnage de chair et de sang, avec un passé, une enfance, une morale et la raison qui a fait de lui un tueur professionnel… Il devient un personnage intéressant en soi et donne envie de relire la série. Cela correspond tout à fait aux objectifs de ces one-shots. Nous voulons offrir aux lecteurs des visions différentes sur des passages existants.
Et quel fut votre rôle dans cette élaboration ?
Jean Van Hamme : Principalement des remarques sur les enchaînements dans le corps du récit. Je lui disais aussi quand je ne comprenais pas la situation. C'était plutôt de l'ordre du détail.
Qui a choisi de traiter La Mangouste ?
Xavier Dorison : Pas moi ! Même si au départ, je n'étais pas contre. C'est en fait Yves Schlirf [l'éditeur de la série] qui m'a soufflé l'idée. Deux-trois ans avant, après avoir appris que XIII s'arrêtait, je m'étais amusé à lui envoyer deux synopsis… un sur le major Jones et un sur le général Carrington. Puis je n'ai pas eu de nouvelles jusqu'à ce que l'idée des spinoffs soit relancée et qu'Yves me propose non pas un de ces deux personnages, mais celui de La Mangouste. Jean Van Hamme était alors encore assez loin du " process ".
Et comment avez-vous choisi de l'aborder ?
Xavier Dorison : À la base, je mettais en scène son transfert d'une base militaire à son interrogatoire. Durant le trajet, il arrivait à manipuler tout son monde pour obtenir des informations. Mais je n'étais pas convaincu par le résultat et j'ai décidé alors de le mettre de côté. C'est finalement en discutant avec Fabien Nury que le déclic s'est produit. Il m'a conseillé, puisque le sujet m'intéressait, de travailler sur l'éducation de La Mangouste et donc de raconter le processus qui l'amène à devenir un tueur professionnel. Et j'ai soumis un premier séquencier qui a fini sur le bureau de Jean…
Est-ce difficile de travailler sur un personnage qui n'était pas au départ dans vos favoris ?
Xavier Dorison : Pas spécialement ! C'est surtout la parabole qui se cache derrière l'histoire qui m'intéressait. La Mangouste est le récit d'un homme qui a, à la base, toutes les bonnes intentions du monde mais qui va finir très mal… Je voulait raconter comment et pourquoi il allait dériver pour finir tueur professionnel.
Et vous Jean, comment l'accueillez-vous ? Pensez-vous tout de suite à la manière dont vous auriez traité cet épisode ?
Jean Van Hamme : Je n'y ai pas pensé un seul instant ! Il est évident que je ne l'aurais pas traité ainsi, mais à partir du moment où j'accepte de confier ces personnages à d'autres scénaristes, je dois m'attendre à cela. Ce qui m'intéresse surtout, c'est de gommer les potentielles contradictions avec la série principale. Moi, je suis plus dans la mécanique et la plausibilité de l'histoire… Avec ce projet, j'ai affaire à deux types de scénaristes : les expérimentés et de plus jeunes, au fort potentiel mais manquant encore de métier. Pour ces derniers, je m'implique d'avantage… Comme Xavier fait partie de la première catégorie, j'ai surtout lu son projet comme un lecteur extérieur. Le risque quand on travaille sur une aussi longue série est d'oublier d'expliquer certains détails. Ce sont des choses que tu sais mais que tu n'exprimes pas toujours. Un oeil extérieur va savoir te pointer ces manques. Sur mes scénarios, mon épouse joue souvent ce rôle.
Xavier, que vous a appris ce regard extérieur d'un maître ès scénario ?
Xavier Dorison : La pression est plus grande ! Le fait d'être lu par Jean engendre cette situation. La grande force de ses scénarios, c'est la fluidité… Je pèche encore dans ce domaine et Jean m'aide à progresser. Je sais aussi qu'il reste encore un passage de 4-5 pages qu'il n'aime pas pour cette raison, mais il fallait bien arriver à faire tous ces raccordements entre mon histoire et l'ossature de la série principale. Quand Jean me disait ce qui n'allait pas, cela m'aidait à avancer. Et quand on te dit ce qui ne va pas, c'est 90 % de tes problèmes qui sont résolus. Après, comme le dit si bien Jean, tu as tendance à oublier certains détails car ils sont évidents dans ton esprit, ou alors tu les mets " sous le tapis " comme on dit, en espérant que personne ne les remarquera. (Rires.) Avec le regard expérimenté de Jean, c'était difficile ! Il est beaucoup plus pragmatique que moi et je dois apprendre à l'être.
Avez-vous relu l'intégralité des albums de cette série?
Xavier Dorison : Évidemment, même si pour beaucoup, je les connaissais par coeur ! Pour apprendre mon métier, j'ai ouvert des XIII, des Thorgal, des Largo Winch, etc.
Jean Van Hamme : À titre personnel, quand je sais qu'un scénariste travaille sur un spin-off de XIII, je me procure quelques-uns de ses albums. Je cherche à percer ses défauts et à me préparer à gommer tout cela dans ce qu'il va me soumettre. Chez Xavier, je trouvais que si la manière de traiter cet univers était formidable, il y avait malgré tout des petites erreurs dans l'enchaînement des scènes. Alors je m'étais préparé à l'idée de mettre un peu d'huile dans les rouages…
Le côté bavard de Xavier ne vous a pas gêné ?
Jean Van Hamme : Pas plus que cela. Les Blake et Mortimer le sont, ce qui ne les a pas empêchés d'être des succès. Ce qui est très réussi dans le téléfilm XIII que nous venons de voir, ce sont les dialogues. Ils sont brefs et efficaces. C'est également indispensable dans une BD d'action et bien moins dans une BD plus intériorisante ou intimiste. Vous savez, moi aussi j'ai mes défauts !
On dit que vous avez refusé de nombreux auteurs connus, notamment Kraehn ou Desberg…
Jean Van Hamme : Pour certains, les erreurs étaient trop grandes et ce n'était plus des poussières mises sous le tapis comme le dit Xavier, mais des mottes de terre ! (Rires.) Et s'ils ne veulent pas le reconnaître, ce n'est pas la peine d'insister. C'est vrai que sur un tel projet, c'est un luxe ultime. Ce qui me plaît avec les auteurs qui ont terminé les cinq albums sur les treize annoncés [Dorison et Ralph Meyer, Corbeyran et Berthet, Alcante et Boucq, Yann et Henino (l'auteur de Cathargo), Nury et Bonhomme], c'est cette écoute !
Ce rôle de " grand frère " ou de " script-doctor " semble vous plaire…
Jean Van Hamme : C'est une expérience enrichissante et une manière de mettre le pied à l'étrier à de nombreux jeunes qui sont en demande d'apprentissage. J'apprends aussi beaucoup sur mon propre travail.
C'est-à-dire ?
Jean Van Hamme : Tu es obligé d'expliquer comment rouler à vélo, comment trouver son équilibre, trouver la meilleure manière de tenir son guidon, etc. Souvent, les directeurs de collection n'ont pas toujours le temps de jouer ce rôle et on laisse faire les choses. D'où ces bandes dessinées très mauvaises dont on se demande la raison de leur publication.
Est-ce un rôle que vous auriez déjà aimé tenir avant ?
Jean Van Hamme : Il m'est arrivé de donner des cours à l'I.A.D. [Institut des Arts de Diffusion] pour de futurs réalisateurs de cinéma. Cela m'obligeait à réfléchir sur les histoires qu'ils me soumettaient. Et comme il n'y a pas de règles, excepté que le spectateur ou le lecteur ne doit pas s'ennuyer…
Xavier Dorison : Et j'ajouterais qu'il faut éviter de parler pour ne rien dire !
Xavier, auriez-vous été déçu que Jean ne vous fasse aucune remarque ?
Xavier Dorison : Je suis perpétuellement en quête de conseils. C'est pour cela que je suis et que j'ai été un grand consommateur de cours d'écriture ou de livres sur le sujet. La première fois que nous nous sommes vus, il m'a évoqué Largo Winch en me disant : " Tu vois, ce personnage, en tant que dirigeant d'une multinationale, aura toujours des problèmes. C'est donc un excellent sujet pour un scénariste ! " C'est vrai ! Quand tu visionnes la série The Shield, avec cet homme qui est à la fois flic et pourri, tu ne peux qu'avoir des choses à raconter.
Jean Van Hamme : Moi aussi, j'attends toujours des remarques ou des critiques constructives des autres. Mais elles ne viennent pas ! Pourtant, je sais très bien que toutes mes histoires ne sont pas parfaites. Mais il n'y a pas l'ombre d'un éditeur qui ose le faire… alors que je ne demanderais rien d'autre !
L'introuvable parfait Hiver 1310, Guilhem recouvre peu à peu la mémoire, en compagnie de son frère Arnaut et de la belle Nita. Accompagnés par le mystérieux chevalier noir qui protège les " Parfaits ", ils font route vers le château de Nelli où le maître des lieux est pris de folie depuis la condamnation au bûcher de Jean Isarn qu'il soupçonnait d'aimer son épouse. Amoureux de Nita qui est veuve depuis peu du vieux Bertrand d'Olac, les deux frères cherchent à se comprendre malgré des caractères opposés. Guilhem souhaiterait découvrir ce qui s'est passé durant sa longue perte de mémoire, afin de savoir comment et par qui il a acquis ses fabuleux pouvoirs de guérisseur. L'introuvable Parfait Azazaïs est peut-être le seul à pouvoir le lui dire. Le second épisode de cette saga en terres cathares tient toutes les promesses du premier, Makyo et Calore formant une équipe solide, apte de mener à bien ce récit passionnant où la grande et la petite histoire cohabitent harmonieusement. Qui aurait pensé qu'un jour Delcourt, l'éditeur des grandes séries fantastiques, deviendrait le chef de file du renouveau de la bande dessinée historique ? Je suis Cathare est l'un de ses plus beaux fleurons. Henri Filippini
Album cartonné 48 pages couleur disponible
Dethan, sept mouvements !
Le septième tome des Terres d'Horus est l'occasion de revenir sur le parcours atypique d'une auteure qui ne se prédestinait pas du tout à une vie faite de bulles et de cases. Mais l'amour avec le dessinateur Mazan l'a fait rentrer de plain-pied dans cette confrérie. Nous, franchement, nous en sommes ravis... Une rencontre organisée par Frédéric Bosser / Photos © 2008 C. Lebédinsky
Avec ce tome 7 de Sur les terres d'Horus, nous revoilà repartis pour l'Égypte… J'aime l'Histoire mais pas seulement celle avec un grand " H ". Après, je dois bien avouer que j'ai toujours eu un petit faible pour l'Antiquité, les Romains, les Grecs. Quand j'étais gamine, je trouvais que c'était plus facile à comprendre que l'Histoire contemporaine. Et comme c'est très loin de nous, c'est sujet à fantasmes. Quand mes parents m'amenaient découvrir des ruines, j'imaginais tout plein de choses.
Quels types de ruines ? J'ai grandi à Périgueux (en Dordogne), une ancienne ville médiévale où se trouvent de nombreuses ruines antiques : des arènes, la tour d'un temple, etc.
Et l'Égypte dans tout cela ? La première fois que je me suis intéressée à cette culture, c'était lors de mon cursus universitaire. Mon mémoire de Maîtrise s'appuyait sur un roman du XIIIe siècle sur les tribulations imaginaires d'Alexandre le Grand en Egypte. Je dis bien " imaginaires " car ce livre est écrit par un moine qui n'a jamais quitté le sol français. On y trouve aussi bien des animaux fantastiques que des épisodes tirés des légendes celtiques. Quand j'ai signé mon premier album chez Delcourt, Mémoires de Sable, j'ai largement puisé dans cet ouvrage mais comme je n'avais pas toutes les bases, je ne me voyais pas réaliser une BD historique et je me suis laissée aller vers un Orient merveilleux…
Et pour les Terres d'Horus ? Cette série est venue d'une double envie : celle d'une aventure historique se passant dans l'Antiquité et celle de la création d'un personnage principal qui serait une héroïne. Comme sur ce dernier point, il fallait que ce soit plausible, je n'avais pas d'autre choix que de puiser dans l'Egypte ancienne où, contrairement à la civilisation grecque et romaine, les femmes avaient une réelle position sociale.
Votre documentation paraît très bonne. Elle l'est en grande partie grâce à Arnaud Duavre, un égyptologue qui donne des cours à Tours. Je l'ai rencontré lors d'une séance de dédicaces du premier tome. Il m'a transmis sa passion pour cette civilisation qui ne se résume pas qu'à l'art funéraire ou aux pyramides. Moi qui étais plutôt imprégnée par la culture gréco-romaine, j'ai découvert là une civilisation très humaniste et très intéressante à mon goût.
Que vous a apporté Arnaud Duavre ? Je suis venue à lui surtout pour qu'il apporte une véracité à mes histoires. Il me fournit souvent la matière première à mes écrits. Il m'arrive aussi d'aller vers lui quand je cherche une amorce de scénario : pour le tome 7 des Terres d'Horus, je suis partie d'une anecdote véridique, à savoir le vol régulier d'impôts en nature au temple de Carnac à l'époque des prêtres d'Hamoc. Dans les faits, un prêtre a été condamné et sa famille exilée.
Expliquez-nous le propos des Terres d'Horus... Ce sont les aventures d'un trio, devenu duo, composé du Prince Khamouaset, quatrième fils de Ramsès II et grand prêtre de Ptah, d'une jeune scribe qui est mon héroïne, et d'un autre personnage, Iméni, qui meurt dès le deuxième tome… De Khamouaset, on ne connaît pratiquement que son nom et sa durée de vie sur terre, ce qui m'autorise une grande liberté. Ensuite, je vais faire vivre mes personnages dans cet écrin qui peut être policier ou politique, tout en évitant le côté didactique ou sec que peut engendrer ce contexte historique. Je ne cherche pas à faire une leçon d'histoire en faisant vivre ces personnages.
Vous parliez de l'introduction d'une héroïne : est-ce que cela a surpris à l'époque ? Non, pas du tout ! Pourquoi ?
Vous faites partie de la deuxième génération de filles qui débarquaient dans le domaine de la bande dessinée dans les années 2000… Ceci peut expliquer cela ! Je pense que les filles sont plus intéressées par les développements psychologiques des personnages. Enfant, je n'arrivais pas à lire les histoires de Tintin et consort car pour moi, elles étaient principalement destinées aux garçons. Je n'y trouvais que des héros sans passé et sans avenir, confrontés quasiment qu'à de l'action. Les seuls personnages féminins qui existaient étaient pour la plupart à moitié nus, avec un gros flingue et une forte poitrine… Je pense que ma génération a apporté des héroïnes à vécu.
Avez-vous tout de suite visé les huit tomes ? Non. Au départ, je ne comptais en faire que six. Mais comme dessiner des peuples égyptiens a fini par m'ennuyer, j'ai eu envie d'envoyer mes personnages du côté de Babylone. Cela a eu pour conséquence de rajouter deux tomes à mon histoire. Cependant, cela tombait plutôt mal en termes d'époque puisqu'à ce moment-là, cette ville a connu sa pire période, mais j'ai fait avec. Maintenant, je me dis que si je faisais un neuvième volume, ce serait plutôt un oneshot qui interviendrait un quart de siècle plus tard. Mais rassurez-vous, il y aura une vraie fin au huitième tome.
Tous vos récits fonctionnent en diptyque… Par la force des choses ! 46 pages, c'est peu, et si on veut bien développer son histoire, il est nécessaire d'en avoir le double. Et puis cela m'évite de m'embêter.
Comment travaillez-vous vos pages ? C'est du grand n'importe quoi ! (Rires.) Rien n'est jamais complètement écrit de bout en bout. Les premières pages sont toujours très détaillées, les scènes importantes écrites, je connais la fin, et pour tout le reste, c'est en fonction de ce que je vais dessiner ou de l'instant présent. Je cherche à toujours m'étonner, y compris quand j'écris des scénarios pour d'autres. Ainsi, il m'arrive souvent d'intégrer des anecdotes que je découvre en cours de route.
Quand on parle de l'Égypte en bandes dessinées, on pense immédiatement à Jacques Martin et son Alix… J'ai surtout regardé sa série de livres sur les grands sites. Comme ils sont très bien documentés, ils m'ont beaucoup servi, notamment pour l'architecture et la disposition des lieux. Autrement, je ne suis pas une grande lectrice de cette série.
Quels sont pour vous les avantages et les inconvénients d'une documentation très précise ? C'est une possibilité de rêve : la documentation doit me donner l'opportunité d'inventer d'autres choses. Il faut qu'elle serve le récit et lui donne un cadre plausible, comme une logique interne pour que le lecteur reste dans la bulle d'une histoire, car vous pouvez vite être tiré du récit si un détail ne va pas. Si dans un film ou un livre un détail me gêne, je vais quitter le fil de l'histoire. Je suppose que pour les lecteurs de mes albums, c'est pareil… Toutefois, je ne veux pas tomber en esclavage de la documentation ! Il m'est arrivé de rencontrer des auteurs focalisés sur la réalité et l'exactitude des faits. C'est idiot ! N'oublions pas que nous racontons des histoires et que nous ne faisons pas un traité historique.
Vous renforcez néanmoins ce besoin de détails en offrant un glossaire en fin d'album. Cela doit permettre aux lecteurs d'aller plus loin s'ils le souhaitent. C'est surtout en tant qu'amatrice d'Histoire que je fais cela. Je me suis aperçue, lors de séances de dédicaces ou de rencontres, que les gens avaient une vision très fractionnée et réduite de l'Égypte. J'avais envie de tordre le cou à toutes ces idées préconçues !
Lesquelles par exemple ? À mes débuts, dans les années 2000, les gens confondaient encore bien souvent ce qu'ils pouvaient voir dans les films et la réalité des faits. Certaines croyances avaient encore la vie dure comme celle selon laquelle c'étaient des esclaves qui construisaient les pyramides. Ce qui est faux ! En général, c'étaient des paysans. Ils n'étaient peutêtre pas très motivés pour le faire mais ils étaient bel et bien payés. Autre exemple : celui des sacrifices humains lors de funérailles de pharaons. Ils ont peut-être existé mais pas au cours de l'Ancien Empire, qui est la période que je traite. Or souvent, les lecteurs me reprochaient de ne pas aborder ces thèmes dans mes albums. C'est désormais plus rare car les connaissances sur l'Égypte sont aujourd'hui bien meilleures. Il ne faut pas oublier que l'Histoire de ce pays se déroule sur plus de 3 000 ans, et qu'une grande partie de celle-ci est grecque ! Aménophis, Isis, Anubis, etc., bref tous ces noms qui finissent en " is " sont des noms d'origine grecque. D'où l'importance de remettre les choses à leur place. Moi, je suis restée à la période de Ramsès II, sur laquelle la documentation est la plus importante.
Vous êtes-vous rendue sur place pour vous imprégner des ambiances ? Oui, par deux fois. La première fois au Caire et dans ses alentours, avec un sac à dos et sans guide. Et une deuxième fois plus classiquement, avec la descente du Nil jusqu'à Assouan.
Des hurlements dans la lande Pour avoir été tellement galvaudée, l'heroïc-fantasy est devenue un domaine à risque : risque de répétition, de déjà-vu, de déjà dit, de déjà raconté, risque de confusion pour le lecteur, d'ennui et de bâillements. Les héros à gros bras et à grandes épées sont en quelques années devenus légion, là où jadis seul Bragon arpentait l'univers merveilleux de Loisel et Le Tendre aux côtés de Pelisse. Depuis pourtant, quelques oeuvres majeures ont surgit d'entre toutes les hordes de leurs descendants. On citera Lanfeust de Troy et La Complainte des Landes perdues. Créé en 1993 par Jean Dufaux et maître Rosinski, le premier cycle de la Complainte, Sioban, allait rapidement rencontrer un large public, grâce tout autant au pouvoir évocateur du créateur de Thorgal (avec Jean Van Hamme) qu'à la hardiesse de Jean Dufaux, et à l'intensité narrative donnée au récit. Au terme du premier cycle (en 4 tomes), Rosinski passait pourtant la main, abandonnant à d'autres les destinées graphiques de la série. Le pire pouvait être craint ! Ce fut au contraire une excellente surprise, Philippe Delaby s'appropriant avec maestria l'univers tourmenté, tout de panache et de fureur de son prédécesseur, et assurant une véritable continuité entre les deux cycles. Celui des Chevaliers du Pardon, s'inscrit chronologiquement avant celui de Sioban. On y retrouve le personnage de Seamus, alors simple apprenti au service de Sill Valt, figure emblématique de l'Ordre des Chevaliers du Pardon. Ceux-ci se sont fixé pour tâche d'éradiquer les Landes Perdues des moriganes, ces terribles sorcières qui infestent l'île et terrorisent la population. Dans ce nouvel opus, le combat entre l'Ordre et les moriganes se poursuit, enrichi par le surgissement de nouveaux personnages : Sanctus, la jeune sorcière devenue fée, ou le terrifiant Guinéa Lord, formidable incarnation du Diable, de la violence et de la mort… On retrouve là bien sûr toute une base empruntée à la mythologie et aux légendes celtes, à commencer par les fameuses moriganes, dénomination proche de celle des morganes, promptes à envoûter et noyer le marin téméraire… Mais Jean Dufaux a su parfaitement s'approprier cet univers, pour le restituer à sa manière, à travers une lecture plus moderne, un éclairage contemporain qui tient compte tout autant des combats idéologiques du XXème siècle que des travaux de Freud ou de Carl Jung. Dans le même temps, Philippe Delaby dégage le récit de l'imagerie traditionnelle et vétuste du temps. Sous son pinceau et ses encres, décors (les fameuses landes, les côtes, les châteaux), personnages, armes et armures arborent soudainement un relief, une véracité, un poids inusité. Les visages eux aussi prennent une réalité étonnante, exprimant avec justesse la violence, la peur ou la souffrance. En final, derrière les heurts et malheurs que narre la saga, derrière le perpétuel affrontement du bien et du mal qu'elle met en scène, n'est-ce pas l'aventure même de l'humanité - un saisissant et spectaculaire raccourci de son histoire - que la Complainte nous restitue, à travers le crissement des épées, le râle des mourants, le cri des amants, le hurlement du vent dans la lande ? Rodolphe
Les péchés d'Arthur Arthur de Pins est très doué. Ce diable d'homme pourrait se contenter de signer de splendides illustrations dans les pages de papier glacé des plus prestigieux magazines féminins. Mais non, de Pins aime la bande dessinée, l'humour et les accents coquins. Il récidive avec un nouveau volume de ses Péchés Mignons, toujours fripons, jamais complètement cochons. Sont passés au crible dans ce nouvel opus : les expériences homo, le SM soft, les affres de l'épilation, les vertus de la levrette et le savoir-faire des gigolos… Le plus souvent, les planches font mouche, elles nous font sourire et réussissent même à titiller nos sens assoupis au seuil de l'hiver. Côté bémols, certains gags se révèlent peut-être un peu trop répétitifs en jouant sur les mêmes ressorts comiques. Mais surtout, les découpages évoquent un story-board de dessin animé et apparaissent parfois systématiques, à tel point que l'on est content de trouver quelques pleines pages pour aérer l'ensemble. L'album gagnerait à en comporter davantage. Et on reste un peu sur sa faim de ne pas découvrir le dessin de Pins dans toute son ampleur. Patrick Weber
Album cartonné 48 pages couleur le 5 novembre
Désespéré et magnifique Le double suicide de deux jeunes filles amoureuses, ainsi commence cette superbe création de l'Indienne Amruta Patil. Ruth et Kari se jettent du haut d'un toit, la première est sauvée par un filet de sécurité et quitte Smog City sans un regard en arrière, tandis que Kari est sauvée par les égouts de la mégalopole plombée. Elle y traîne son mal de vivre et les souvenirs de son amour toujours vivant. Sur un ton lucide et amer mais néanmoins empreint d'espoir, d'humour et de poésie, cette fille au regard dur et au visage ciselé se livre au fil de ce roman graphique comme dans un journal intime. Elle raconte son quotidien, son travail dans une agence de publicité, univers en décalage total avec son propre univers intérieur, et sa vie (ou plutôt sa survie) dans un appartement surpeuplé, dont elle s'échappe pour la compagnie d'Angel, malade du cancer, de son collègue Lazarus, et des chats qui ont trouvé refuge dans une maison encore épargnée par la folie immobilière, oasis au coeur de la ville. Elle parle de la vie, de l'amour, de la solitude, de la mort. Des dessins bruts aux teintes grises où éclate parfois une multitude de couleurs qui font rayonner ses rêves. Pour cette oeuvre atypique, l'auteure mêle en effet différents styles et techniques (fusain, crayon, aquarelle, photo, collages, textes) pour nous plonger dans l'âme de cette jeune fille rebelle, garçon manqué aux ailes d'ange déchu tatouées sur le dos. Une quête intérieure noire et profonde qui se déclinera en triptyque. À découvrir et à suivre absolument. Muriel Pulicani
Album souple 116 pages N&B et couleur disponible
Une relève bien assurée 2008 sera bien l'année Hellboy puisque le diable aux cornes coupées s'affiche sur tous les fronts : au cinéma, le 29 octobre, avec Hellboy 2 - Les légions d'or maudites (de Guillermo Del Toro), en librairies avec de nouvelles séries dérivées (Hellboy aventures, tirées des Hellboy Animated - Abe Sapien - B.P.R.D : 1946 - Lobster Johnson) et avec la suite de B.P.R.D. Mais avant ces réjouissances paraît l'album qui marque un énorme tournant dans la série mère puisque Mignola, trop accaparé par son héros, y cède ses pinceaux à Duncan Fegredo (Enigma, chez DC/Vertigo). Si les inconditionnels frémissaient à l'annonce de cette passation de pouvoirs, qu'ils se rassurent : l'intérim est carrément brillant ! Le trait de Fegredo s'inspire de celui du maître sans le singer à outrance. Pour le lecteur, l'adaptation est immédiate et on n'a plus qu'à se laisser envoûter une nouvelle fois par un scénario aussi dense qu'érudit et que Mignola signe seul. Il y est question de la Baba Yaga, qui projette de reprendre à Hellboy l'oeil dont il l'a jadis privée. Elle charge un guerrier redoutable, Koscheï l'immortel, d'être le bras de sa vengeance… On assiste alors à un défilé de créatures issues des folklores russe et britannique, l'épisode se déroulant aussi bien en Italie qu'en Angleterre, en Roumanie et dans le 30e monde, sur une période s'étalant de l'an 1645 à nos jours. Mais l'ensemble est trop copieux pour en faire ici le détail, alors… ruez-vous chez votre libraire et régalez-vous sans modération. Olivier Mimran
Album cartonné 192 pages couleur disponible
Un passé très présent Après quinze ans d'absence, Claire retourne à Toulouse. Le come-back s'avère difficile d'autant plus que des rêves étranges viennent perturber son sommeil. Le même jour mais ailleurs, une jeune femme meurt dans des circonstances étranges… Son assassin, qui ne manque pas d'imagination, a mis en scène un véritable rituel chamanique, à la fois obscène et cruel. A priori, les deux histoires n'ont aucun rapport mais il apparaît rapidement qu'elles sont liées. La victime n'est autre que la fille d'un professeur d'université que connaît bien Claire. Il est réputé pour ses travaux ésotériques et ne compte pas que des amis parmi ses collègues. Il traîne même une réputation sulfureuse de transgression et de scandale. Claire va alors se retrouver dans une vieille et sale histoire qu'elle a pourtant essayé d'oublier. Prévu en deux volumes, le récit est dessiné par Pierre Wachs pour le premier tome et par Ersel pour le deuxième. L'intégralité de l'histoire sera publiée en deux mois. L'album apparaît comme une efficace variation sur le thème du polar ésotérique. Un seul regret, le recours permanent aux histoires parallèles dont on comprend trop rapidement qu'elles finiront par se croiser. Patrick Weber
Album cartonné 56 pages couleur 18 novembre
Un trésor de naïveté Des joues toutes roses, de beaux yeux candides, des robes de poupée et des cheveux bien attachés : voici Christine, l'héroïne de cet album, une grande fille sage et studieuse qui vit toujours chez son papa et rêve du prince charmant. Michel, un jeune homme coincé - " né avec le pli du pantalon repassé " ! - se verrait bien dans ce rôle, mais c'est Jean qui gagne le coeur de cette demoiselle trop crédule. Car ledit prince charmant se révèle être un méchant conspirateur, qui, poussé par sa petite amie, n'a pour autre but que de s'emparer d'un parchemin que possède le père de Christine, vieux professeur d'Histoire, et qui leur dévoilera la cachette du trésor des wisigoths. Mais bien sûr, leur plan ne se déroulera pas tout à fait comme prévu… Illustratrice d'ouvrages jeunesse et auteure du pétillant Le rouge vous va si bien, Lucie Durbiano continue de nous séduire par son style léger et ses dessins au trait simple et aux couleurs gaies et lumineuses. Elle nous emmène à la suite de sa charmante ingénue dans une histoire à la fois sentimentale et aventureuse, pleine d'humour, mais qui ne renferme pas vraiment de surprises. Aussi, les lectrices les plus fleur bleue trouveront-elles cette balade délicieusement rafraîchissante, les autres décidément trop naïve. Muriel Pulicani
Album cartonné 106 pages couleur disponible
En route vers le passé ! Marvin et Adèle ont fait une sacrée découverte dans une brocante. Un drôle de téléphone portable qui possède l'étrange propriété de les faire voyager dans le temps. Comment ça marche ? C'est simple, il suffit de taper la destination sur le clavier et hop, voilà qu'ils se retrouvent quelques siècles en arrière ! Après un premier volume prometteur, le trio Zep, Stan et Vince de la bande à Tchô ! se retrouve pour de nouvelles aventures forcément chrono et très peu logiques. Et on en redemande ! Avouez que c'est vraiment sympa de s'offrir un saut dans le temps pour préparer un devoir d'histoire ennuyeux ou pour dénicher la robe qui fera un malheur dans un bal costumé. Ces histoires courtes, à mille lieues des anciennes Cases de l'Oncle Tom, sont hautement réjouissantes, d'autant plus qu'il flotte sur elles un léger parfum de " caca-prout " pré-ado (ah, l'homme des cavernes qui s'oublie sur le tapis !). Un des atouts de l'album réside dans la variété des voyages, parfois lointains comme la préhistoire ou le Versailles de Marie-Antoinette, et quelquefois plus proches, comme le concert de Woodstock. À moins que pour les kids d'aujourd'hui, Woodstock fasse déjà figure de réunion de dinosaures… Patrick Weber
Exquise Mamie sucrée Il s'en passe des choses dans le petit monde de Mamette ! La gentille grand-mère tente de comprendre le fonctionnement de son portable qu'elle a soigneusement omis de sortir de son emballage. Elle poursuit ses dialogues (parfois mouvementés) avec son mari au cimetière et veut donner un coup de pouce à son fiston qui vient de perdre son boulot. Ajoutez à cela la découverte du " fastefoude " et les problèmes du petit Maxou à l'école, et vous vous ferez déjà une meilleure idée des aventures automnales de l'exquise Mamette. Avec intelligence, l'album oscille entre humour et émotion. Nob réussit même à nous faire sourire avec un sujet aussi difficile que l'hôpital. D'accord, Mamette a tendance à abuser des sucreries mais avouez qu'il est difficile d'être raisonnable quand de la crème pâtissière vous tend les bras ! Les deux premiers volumes nous laissaient déjà présager que nous nous trouvions en présence d'une grande série mais cette fois, plus aucun doute n'est permis. Mamette s'affirme comme une de ces héroïnes qui donnent envie d'aimer la vie. Chapeau l'artiste ! Patrick Weber
Témoignages Fuyant la Pologne, l'Allemagne, l'Autriche, la Lituanie, les Pays-Bas ou encore la France, des dizaines de milliers d'enfants juifs ont évité les camps nazis, aidés par leurs familles mais aussi par des anonymes qui les ont cachés au péril de leur vie. Huit de ceux ayant survécu à la tragédie se souviennent avec une étonnante précision de ces années sombres et racontent leurs terribles histoires. Tous ont perdu des frères, des soeurs, des parents, parqués de ghettos en camps de concentration. Réalisé par les éditions Delcourt avec le concours de l'association Yad Layeled France, cet album évoque avec réalisme des faits authentiques d'une rare cruauté. Adaptés avec un grand souci de vérité par Philippe Thirault, ces témoignages poignants d'enfants sauvés ont été mis en images avec sensibilité par une solide équipe de dessinateurs plus ou moins connus qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes : Gabriel Ippoliti, Nathalie Ferlut, Jeanne Puchol, Jean-François Solmon, Stéphane Courvoisier, Chloé Cruchaudet, Séverine Lambour et Alberto Pagliaro. Un seul regret, la brièveté de certaines histoires qui auraient peut-être gagné à être plus développées. Notons la très belle préface du dessinateur Tomi Ungerer et le dossier réalisé par l'historienne Katy Hazan, indispensable pour mieux comprendre cette dérive des fanatismes. Henri Filippini
Album cartonné 72 pages couleur disponible
Mais quelle mouche a donc piqué l'immense Stan Lee ? L'éternel co-créateur des 4 Fantastiques, de Spiderman (parmi bien d'autres superhéros) envisagerait de créer une nouvelle série autour du couple David et Victoria Beckham : "Tout le monde connaît David et Victoria, pas vrai ? Ils sont beaux, talentueux et hauts en couleurs. Et là ça devient très intéressant, imaginez comme ils seraient cool dans une histoire drôle qui ferait d'eux des superhéros !", aurait-il déclaré.
Tout ça est tellement énorme et saugrenu que ça ressemble à une bonne blague. Stan Lee serait-il à ce point en panne d'imagination, ou son grand âge (il est né en 1922) commencerait-il à lui jouer des tours ? A moins que ce ne soit l'image ci-contre qui lui ait donné des idées (extrait d'une pub Pepsi, où l'on découvre les footballeurs Totti, Beckham et Ronaldinho en gladiateurs) ? A suivre... OM source : actustar.com
Voici 50 ans, Peyo dessinait pour la première fois un petit homme bleu dans La Flûte à six trous, une aventure de Johan et Pirlouit publiée par Spirou. On connaît la suite, le triomphe planétaire des aventures des schtroumpfs dont le point d'orgue fut une longue série de dessins animés. Histoire de fêter dignement l'événement, les éditions du Lombard, avec la complicité du studio Peyo, proposent Les schtroumpfeurs de flûte, un album anniversaire inédit signé Luc Parthoens, Thierry Culliford et Jeroen De Coninck, complété par un dossier aux documents inédits. De leur côté, les éditions Dupuis rééditent les trois albums illustrés publiés jadis dans la défunte collection jeunesse Carrousel, réunis dans un coffret vendu 45 euros. Dix mini albums collector reprenant dix aventures marquantes ont également été mis en vente le 24 octobre. De plus, la Monnaie Royale de Belgique a frappé une série de pièces sonnantes et schtroumpfantes d'une valeur de 5 euros mais vendues 25 au profit de l'Unicef, au tirage limité à 25 000 exemplaires. Enfin, la poste belge propose des feuillets de cinq et dix timbres autocollants, présentés dans un mini album de 64 pages de la collection Philabédé, et comprenant une aventure inédite, Le Schtroumpf facteur. Et l'aventure continue... HF
Invité à Bornéo pendant trois semaines afin d'enseigner après des élèves privilégiés d'une école située au sein de la ville de Balikpapan, le dessinateur Troub's (Jean-Marc Troubet) raconte son séjour en Indonésie par le texte et par l'image. La première partie, consacrée à sa présence au sein du complexe Total où se situe l'école, témoigne de la vie à l'occidentale des expatriés français dont les contrats sont de deux années. Il utilise les sept semaines restantes que lui accorde son visa pour remonter en bateau le fleuve Mahakam à la rencontre du chaleureux peuple Dayak. De village en village, il découvre des populations accueillantes, attachées à leurs traditions. Croquis et courtes séquences dessinées restituent avec une émotion contenue ce passionnant périple au coeur d'un monde authentique dont les jours sont comptés. HF
Le Paradis… en quelque sorte, Troub's. Futuropolis. 236 pages. le 6 novembre
Un an après avoir lancé leur département bande dessinée dirigé par Marya Smirnoff, il semblerait que les éditions Robert Laffont abandonnent la publication de nouveaux albums. Malgré quelques bonnes surprises comme Le bois des vierges de Dufaux et Tillier, Les sept cavaliers de Terpant, Les sentinelles de Dorison et Breccia, le catalogue manquait de cohérence. Faire travailler de nombreux Italiens certes excellents mais difficiles à imposer en France (voir le fiasco des Humanoïdes Associés par exemple), lancer Serpieri dans un genre inhabituel, sont peut-être quelques raisons de cet échec. On parle d'une reprise du catalogue par Marya Smirnoff ou encore d'une vente par morceaux des séries les plus intéressantes à d'autres éditeurs. Affaire à suivre... HF
Fugues en Bulles, structure éditoriale fonctionnant comme un collectif d'auteurs, de scénaristes, de coloristes et d'illustrateurs et menée par Étienne M., dessinateur et graphiste, sort ce mois-ci ses premiers albums. Trois ont d'ores et déjà retenu notre attention. Ceux d'Étienne M., La sirène du Gogo Swing, l'histoire d'une plantureuse artiste qu'un tueur en série va tenter d'assassiner, La Flaque de Janpi, mettant en scène un homme face à une flaque d'eau qui cache un drôle d'univers, et enfin, La vibration du monde de Thierry Boulanger, une sublime plongée dans un monde glacé où tout un chacun devient la proie de l'autre. Ce dernier album, malgré ses quelques imperfections (de débutant), révèle un talent brut plus que prometteur, se situant dans la lignée de Chabouté… À suivre de très près ! FB
- La sirène du Gogo Swing par Étienne M. - La Flaque par Janpi - La vibration du monde par Thierry Boulanger. Fugues en Bulle (www.fugues-en-bulles.com)
Auteur de plusieurs ouvrages sur la bande dessinée (dont celui consacré il y a peu à Christophe Arleston aux éditions Soleil), Thierry Bellefroid raconte 20 ans d'Aire Libre, collection emblématique des éditions Dupuis qui leur a permis de sortir de l'image d'éditeur " gros nez " qui leur collait au catalogue depuis toujours. De sa création en 1988 sous l'impulsion de Philippe Vandooren et de Jean Van Hamme à l'arrivée l'an dernier de José-Louis Bocquet, en passant par la crise provoquée par le rachat de Dupuis par Média participations, tout est conté avec justesse, sans jamais tomber dans le règlement de comptes. Bien au contraire, on assiste à la gestation des albums les plus marquants, aux hésitations des auteurs confrontés à la page blanche, à leurs relations parfois tendues avec leurs éditeurs. Un petit regret, l'absence d'illustrations, exceptée la reprise de l'ensemble des couvertures en fin de volume. À lire et à (m')éditer. HF
Le roman d'Aire libre par Thierry Bellefroid, Dupuis, 192 pages brochées, 13 €
C'est en 1948 que l'éditeur et scénariste italien Giovanni Luigi Bonelli a imaginé le personnage de Tex Willer. Ce western créé graphiquement par Aurelio Galleppini (Galep) est un véritable phénomène éditorial de l'autre côté des Alpes. Aujourd'hui encore, les kiosques italiens reçoivent chaque mois la nouveauté avec 110 pages de BD inédites, les collections Tre Stelle, Tutto Tex et Nuova Ristampa publient des rééditions chronologiques, et enfin, les journaux La Repubblica et L'Espresso en proposent une réédition hebdomadaire chronologique en couleur depuis deux ans. Plus d'un million d'exemplaires mensuels sont ainsi diffusés par l'éditeur Sergio Bonelli, fils du créateur du personnage. L'événement est célébré avec la publication de l'épisode du numéro 575 en couleur, sous le crayon de Fabio Civitelli. Un récit nostalgique au cours duquel le héros raconte à ses compagnons une aventure vécue avec sa femme défunte, la belle Lilyth. En prime, un second fascicule couleur de 100 pages rééditant Il Massacro di Goldena, un roman de G.L. Bonelli écrit au début des années 50 et illustré par Aldo Di Gennaro. Le tout pour 270 euros. De quoi faire hurler de douleur ceux qui suivaient en France les aventures de Tex dans les défuntes pockets des éditions Lug. HF
www.sergiobonellieditore.it
Depuis plus de 40 ans, Bob Dylan est une personnalité majeure du folk et du rock aux quatre coins de la planète. De nombreux interprètes ont repris ses chansons, tandis que photographes, peintres, écrivains... ont été inspirés par son oeuvre. C'est au tour de 14 auteurs de bande dessinée de premier plan de s'emparer de ses titres les plus emblématiques. Cet album à la présentation parfaite permet de savourer des pages signées Alfred, Murat, Benoit, McKean, Bramanti, Flao, Götting, Christopher, Bézian, Mattotti, Avril, Smudja et Zep. Tous se sont investis sincèrement dans cette aventure, ce qui n'est pas toujours le cas avec ce type d'ouvrages parfois réalisés de la main gauche. Un bien beau cadeau pour vos amis mélomanes... à moins que vous ne le conserviez pour votre propre plaisir. HF
Bob Dylan Revisited. Collectif. Delcourt. 104 pages. 19,90 €. le 5 novembre
Alors que les auteurs les plus obscurs de la bande dessinée franco-belge connaissent rééditions, intégrales et monographies, des grands noms franco-français demeurent dans l'ombre. Seuls quelques fous amoureux de ces artistes de la BD d'après-guerre se lancent dans l'aventure de la micro édition afin de continuer à faire vivre leur souvenir. Après avoir parlé des Éditions du Regard le mois dernier, c'est au tour des Éditions du Taupinambour d'être placées sous les feux des [dBD]. Malgré des tirages proches de la centaine d'exemplaires, cet éditeur propose des albums cartonnés au dos toilé, à l'impression parfaite et à la présentation soignée. Parmi de nombreux titres, notons Les mirobolantes aventures du professeur Pipe du génial Jean Cézard avec ses 70 pages irrésistibles, ou encore le Grêlé 7/13, héros phare de l'hebdomadaire Vaillant aux exploits signés Roger Lécureux, Christian Gaty et Lucien Nortier. Encore une fois, soyez curieux et savourez. HF
Éditions du Taupinambour, 40 avenue de Reims, 02200 Soissons
Séparés de leurs parents, des milliers d'enfants juifs portant l'étoile jaune et recueillis par de braves gens (qui ont depuis obtenu le titre de " Justes ") ont dû apprendre à mentir, à se cacher, afin d'échapper à la traque menée contre eux par l'occupant allemand. Ce sont les souvenirs parfois pathétiques, souvent émouvants de ces gosses qu'évoquent les récits en bandes dessinées adaptés par Jean-Pierre Guéno et Serge Le Tendre. Algésiras, Lidwine, Lloyd, Sorel, Arnoux, Biancarelli... signent ces trop courtes histoires complétées par de passionnants dossiers. Après l'excellent Paroles de Poilus publié l'an dernier, les éditions Soleil récidivent, prouvant une nouvelle fois qu'elles peuvent aussi aborder avec succès des sujets graves et universels. HF
Paroles d'étoiles - Mémoires d'enfants cachés, 1939-1945. Collectif. Éditions Soleil. 96 pages couleurs. 19,95 €. Dispo
Qui mieux que Thierry Groensteen, le théoricien du 9e art, pouvait écrire un livre sur Edmond Baudoin, l'auteur qui passe les modes et les générations ? Ponctuant ses écrits par des exemples concrets, l'auteur revient sur la place et la position prise par cet artiste originaire de Nice. Celui-ci fut par exemple l'un des premiers à s'attaquer au récit autobiographique… tout en montrant, et c'est là où c'est fort, qu'il s'est finalement peu livré, excepté par bribes ou en oubliant de nombreux détails. Edmond Baudoin est, pour l'avoir côtoyé un petit peu, un charmeur, un homme qui sait parler et comprendre ses contemporains, hommes comme femmes. Pire, il sait le retranscrire à merveille dans son oeuvre et c'est cela qui fait de lui un grand. Après lecture de ses albums et de ce livre, vous en serez intimement persuadés… HF
En chemin avec Baudoin par Thierry Groensteen. Éditions PLG. 144 pages. 22 €. Dispo